N° 2946 du Canard Enchaîné – 13 Avril 1977
N° 2946 du Canard Enchaîné – 13 Avril 1977
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Giscard, Zaïroi des quoi ?
Avril 1977: pendant que la France encaisse crises et déboires, VGE se rêve stratège et part jouer les chefs de guerre en Afrique. Le Canard croque une “Opération Zaïre” faite de ponts aériens, de postures martiales… et surtout de démentis acrobatiques: pas de conseillers, seulement des “instructeurs”, voire des “stagiaires” déjà sur place. Entre Mobutu, Hassan II, Sadate et l’ombre des affaires du Dahomey, la politique étrangère devient safari médiatique. À lire: quand l’Élysée camoufle, Le Canard allume.
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Transall, tambours et démentis
Quand VGE part en safari géopolitique
La France de 1977 n’a déjà pas la tête au beau fixe. Crise, inflation, municipalités qui tanguent, majorité qui se découvre des bleus un peu partout et, au milieu, un président jeune et pressé qui cherche le bon angle de caméra. Quand l’intérieur ressemble à une salle d’attente, on fait souvent semblant d’avoir rendez-vous avec l’Histoire, sur un autre continent.
C’est là que les deux textes se répondent comme deux coups de sifflet dans le même brouillard: d’un côté, Gabriel Macé met en scène le VGE “spécialiste des attaques-surprises” qui joue à la guerre sans vouloir salir son costume; de l’autre, “La Mare aux canards” le montre faisant “le pont” pour Pâques entre Le Caire, Rabat et le Zaïre, avec dans les bagages ce que l’on appelle, selon l’humeur, des “conseillers”, des “instructeurs” ou des “stagiaires”. Le même personnage, trois étiquettes: la diplomatie, parfois, c’est du rayon charcuterie.
La surprise, version aérolargage
Macé raconte la mécanique du pouvoir comme un numéro de prestidigitation: un jour, un remaniement par “Barre-Joffre” (la blague militaire sur l’économiste en uniforme), le lendemain, une annonce d’“Opération Zaïre” et le tout servi aux journalistes avec un sourire de chef d’état-major qui feint de découvrir la carte. Le principe est simple: on assomme le public à coups de “surprises” pour qu’il n’ait plus l’énergie de compter les casseroles.
Sauf qu’en 1977, l’Afrique n’est pas un décor exotique pour discours en surplomb, c’est un champ de bataille de la guerre froide, une zone d’influences, et un terrain où les vieilles habitudes françaises ont tendance à revenir au galop, même quand elles prétendent marcher à pas feutrés. Alors Macé charge: l’Élysée clame que la France n’intervient pas, puis explique qu’elle n’a pas de “conseillers militaires” mais seulement des “instructeurs” déjà sur place depuis des mois. La nuance est délicieuse: ce ne sont pas des soldats, ce sont des professeurs… qui enseignent en treillis.
Conseillers sans conseil
Le papier, non signé, pousse la moquerie encore plus loin: ces “conseillers” seraient arrivés du Maroc où ils étaient en “stage” depuis six mois. Donc, si l’on suit la logique, la France n’envoie personne… elle envoie des gens qui étaient déjà là. Le démenti devient une forme d’architecture: on construit un mur de mots (“aucun conseiller”) et on laisse dépasser, par la fenêtre, une photo de types en uniforme à Kolwezi. C’est l’art du camouflage rhétorique: quand la réalité insiste, on lui répond avec une note de service.
Et derrière le jeu de vocabulaire, il y a la question qui pique: pourquoi cette agitation? Officiellement, il s’agit d’aider un allié (Mobutu) face à une rébellion. Officieusement, l’article rappelle l’évidence matérielle: au Katanga, du cuivre, du cobalt, du manganèse… Les minerais ont cette propriété magique: ils transforment une “affaire intérieure” en “grand enjeu international”. On jurerait un sortilège de géologue.
Le pont de Pâques, ou l’art de marcher sur les œufs… sans les casser
“Giscard a fait le pont” résume tout: l’Élysée passe d’une poignée de main à une autre, entre chefs d’État (Sadate, Hassan II), pendant qu’on organise un pont aérien, des livraisons, des annonces graduées, comme une mayonnaise diplomatique montée à la seringue. Et pendant ce temps-là, VGE prépare un discours musclé à Dakar contre “l’ingérence soviéto-cubaine” et la mollesse américaine: posture virile garantie, sans se priver de l’ombre portée des réseaux, des mercenaires et des opérations grises que le titre promet aussi côté Dahomey.
La charge du dessin (et du style)
Le dessin de Lap, relayé par Macé est une épingle bien placée: VGE, confortablement assis, lance à la télé sa petite confession de chasseur de grands fauves. La politique étrangère y devient une passion personnelle, un hobby de prestige: on ne “gère” plus une crise, on “se fait” une expédition. L’Afrique, dans ce théâtre satirique, sert à regonfler un blason, à donner du lustre, à faire taire les moqueries parisiennes en les couvrant d’un bruit de moteurs: Transall, DC-8, communiqués, démentis, re-démentis.
Au fond, ces textes décrivent la même maladie: l’État adore les grands mots (“raison d’État”, “non-intervention”, “solidarité”), mais il ne résiste pas à l’envie de bricoler des opérations à l’arrière-boutique. Et quand ça se voit, il invente une nouvelle catégorie humaine: le conseiller qui n’est pas conseiller, l’instructeur qui ne conseille pas, le stagiaire qui apprend en pleine guerre. Le tout pour éviter une seule phrase, trop simple et trop vraie: “Oui, nous sommes dedans.”





