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N° 2981 du Canard Enchaîné – 14 Décembre 1977

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Peyrefitte part en chasse contre les « ânes », par Serge Richard

En 1977, Peyrefitte rêve d’une Justice “nouveau style” : moins de juges, plus d’administrateurs, et une magistrature priée de marcher au sifflet. Le Canard démonte cette réforme à la seringue : on n’améliore pas l’indépendance en “injectant” des fonctionnaires et en chassant les magistrats syndiqués comme du gibier politique. Entre querelles de corps, coups de menton au Sénat et protestations “vert mais juste”, l’article raconte une époque où “réformer” ressemble furieusement à “dresser”.

Couac ! propose ses canards de 3 façons au choix

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Canard au naturel
Canard en chemise

Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

Cette pochette cadeau assure aussi une conservation optimale du journal : un papier au PH neutre limitant la dégradation des vieux journaux sur la durée.

Décliné en 4 pochettes originales (5€)
Pochette offerte pour toutes éditions d’un prix supérieur à 59€
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Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

Plexi transparent (30€) servant de fond, plus discret mais élégant il permet aussi la vision de la dernière page du journal.
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Magistraque : quand la Justice se met au pas… de l’oie

1977 : l’époque où l’on confond « réformer » et « dresser »

À la fin des années 70, la France vit sur un drôle de cocktail : crise économique (le “nouveau normal” avant que le mot n’existe), peur du terrorisme importé et domestique, et tentation permanente d’un État qui se rassure en serrant les boulons. Dans ce décor, Alain Peyrefitte, académicien en costume de Garde des Sceaux, apparaît dans l’article comme un ministre persuadé d’être assiégé… au point de voir, derrière chaque porte de la Chancellerie, un magistrat “rouge” prêt à lui faire trébucher la République avec une agrafeuse.

Serge Richard s’amuse d’emblée de cette paranoïa administrative : Peyrefitte se sentirait “cerné” par le Syndicat de la Magistrature, jusque chez les “portes” du ministère. On n’est plus dans la séparation des pouvoirs, mais dans la séparation des nerfs.

La grande trouvaille : remplacer le juge par le gestionnaire

Le cœur de la charge est là : le projet prêté à Peyrefitte (concocté par Pierre Mayer) ressemble à une réforme au vocabulaire chic et à l’intention très simple. “Changer tout”, oui… en changeant surtout les gens. Injection massive de fonctionnaires, objectif affiché : atteindre une magistrature à dominante d’“administrateurs civils” (le papier parle même d’un équilibre délirant type 75/25), et, tant qu’à faire, faire remonter les chefs de juridiction de la Chancellerie plutôt que du terrain.

Traduction canardeuse : quand le juge résiste, on ne discute pas, on le dilue. Ce n’est plus une Justice indépendante, c’est une Justice “relookée” version organigramme, où la robe finit par ressembler à un uniforme de bureau : col amidonné, tampon en bandoulière, et sourire réglementaire.

Le titre “MAGISTRAQUE” prend alors tout son sens : la justice devient une affaire de style, comme si l’impartialité se réglait à la gomina.

Chasse aux “ânes”, tir au pigeon, et guerre des chapelles

Le texte décrit Peyrefitte en chasseur de “juges rouges”, lançant une battue politique sous prétexte de morale publique. Sauf que la scène tourne vite au vaudeville institutionnel : on croise Étienne Dailly jouant les porte-voix au Sénat, des sorties au lance-flammes contre les syndicats, et des magistrats qui répondent par des gestes symboliques très “vert mais juste”.

Le meilleur gag, c’est cette protestation venue de Rennes : au lieu d’écrire à l’Élysée ou à Matignon, la section locale du Syndicat de la Magistrature s’adresse au… secrétaire perpétuel de l’Académie française, rappelant que l’homme qui distribue les sermons judiciaires est aussi un “immortel”. Et de réclamer, en somme, qu’on lui retire l’immunité poétique. Le Canard tient là une jolie image : un ministre qui veut policer les juges, et des juges qui veulent désacraliser le ministre. Chacun sa chasse.

Le fond : une Justice priée de marcher droit

Derrière la blague, l’article vise un réflexe bien daté, mais jamais vraiment mort : quand l’époque s’énerve, on demande à la Justice d’être “efficace”, et l’efficacité devient vite un synonyme de docilité. Peyrefitte, présenté comme vexé, raillé, désavoué sur ses textes, se rattraperait sur la mise au pas des “corporations” et la reprise en main du récit : plus de “magistrature syndiquée”, moins de voix dissonantes, et une Chancellerie qui pilote au cordeau.

Le Canard épingle aussi cette zone trouble où police, parquet, barbouzeries d’hier et nostalgies de l’ordre se croisent. Le portrait du “magistrat-flic” fait office d’épouvantail comique : on ne juge plus, on exécute, avec la tentation de confondre instruction et opération.

Conclusion : la réforme au gourdin, c’est encore une matraque

Ce que raconte Serge Richard, c’est une réforme-punition : au lieu de corriger des dysfonctionnements, on règle des comptes. Et au passage, on abîme l’idée même de justice, cette drôle de bête qui ne peut pas être “modernisée” comme un service des impôts, parce que sa valeur n’est pas la vitesse… mais la distance.

Peyrefitte voudrait “changer le style” : le Canard répond que le style, ici, c’est surtout l’époque qui dérape, en confondant l’État de droit avec un État “très droit”. Et quand on commence à traiter les juges d’ânes, on finit souvent entouré de braves gens qui braient en chœur.