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N° 2983 du Canard Enchaîné – 28 Décembre 1977

N° 2983 du Canard Enchaîné – 28 Décembre 1977

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Votes en contrebandepar Nicolas Brimo

Décembre 1977 : à quelques mois des législatives, Le Canard publie la preuve d’un trafic de votes des Français de l’étranger “orchestré au plus haut niveau”. Depuis Libreville, on fait circuler 1 650 demandes d’inscription et 1 650 procurations… en blanc, livrées à des relais de la majorité. Et quand le journal appelle un directeur du Quai d’Orsay dont le nom figure sur le télex, le démenti se termine en formule diplomatique brute : « Monsieur, je vous emmerde ! » La démocratie, version valise.

Couac ! propose ses canards de 3 façons au choix

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Canard au naturel
Canard en chemise

Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

Cette pochette cadeau assure aussi une conservation optimale du journal : un papier au PH neutre limitant la dégradation des vieux journaux sur la durée.

Décliné en 4 pochettes originales (5€)
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Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

Plexi transparent (30€) servant de fond, plus discret mais élégant il permet aussi la vision de la dernière page du journal.
Plexi noir (35€) servant de fond, il met en valeur la teinte et le format du journal, s’harmonisant parfaitement avec les encres noires de la page.

Votes en contrebande
Quand le Quai d’Orsay confond urne et malle diplomatique

Décembre 1977 : la campagne se fait… au tampon humide

Fin 1977, la France giscardienne se prépare à un printemps électoral (les législatives de 1978). À Paris, on promet la modernité, la transparence et la « majorité raisonnable ». À l’étranger, on fait plus simple : on expédie la démocratie en kit, format valise, avec formulaires vierges et procurations prêtes à l’emploi. Pas besoin d’imprimer un programme, il suffit d’imprimer des papiers.

Dans cette Mare aux Canards du 28 décembre, Nicolas Brimo raconte une vieille recette de maison : quand une voix est loin, elle devient légère, donc transportable. D’où ce titre parfait, « Votes en contrebande » : non pas des bulletins glissés sous le manteau, mais des inscriptions et procurations “en blanc” qui circulent comme des marchandises sensibles. Et l’emballage a le chic de la République : un télex « strictement réservé », un circuit diplomatique, et des mains propres parce qu’elles portent des gants administratifs.

Libreville-Paris : la filière au grand jour

La pièce maîtresse, c’est ce télégramme venu de l’ambassade de France au Gabon, où l’on apprend qu’un représentant des Français du Gabon se balade avec 1 650 demandes d’inscription et 1 650 procurations, tout ça en blanc, destinées à des villes de plus de 30 000 habitants. La démocratie, version papier carbone : tu signes ici, tu votes ailleurs, et si possible pour les mêmes.

Mieux (ou pire, selon votre rapport à la farce) : le télex prévoit des envois supplémentaires identiques, confiés à des messieurs bien placés, directeurs de sociétés forestières. La politique a toujours aimé les forêts : on s’y cache, on y coupe, on y fait passer du bois… et des votes.

Le Canard souligne la beauté du mécanisme : on ne force personne, on fournit juste de quoi remplir vite, loin des regards, en “optimisant” la géographie électorale. Le suffrage universel, oui, mais avec option “routage”.

La diplomatie, cet art de servir… la majorité

Brimo s’amuse aussi de la chorégraphie des grands corps : au Quai d’Orsay, on s’active, on “organise”, on “réceptionne”, on “facilite”. Le journal pointe la confusion des genres : le service public consulaire censé garantir l’expression des Français de l’étranger devient un discret accessoire de campagne.

Et puis il y a la touche “France-Inter”, dans l’encadré « France-zèle » : une radio publique qui prépare des émissions sur les Français à l’étranger et sollicite, via les ambassades, l’identité d’expatriés « dignes de ce nom ». Là, on n’est plus dans la contrebande, on est dans la recommandation : la République cherche ses bons Français comme on cherche des bons crus, avec étiquettes et provenance contrôlée.

« L’art et la matière » : quand l’élite parle… vraiment comme une élite

Le dessert arrive avec l’encadré de conversation téléphonique entre Le Canard et Henri Bernard, directeur au Quai d’Orsay. Le journaliste appelle, polit, vérifie, propose même une sortie honorable : “Vous démentez formellement ?” Réponse : le monsieur ne s’occupe que de “questions juridiques”, ne voit pas de télégrammes, ne comprend pas, n’a rien à voir… jusqu’à ce que le Canard fournisse le numéro du télex et précise qu’il porte son nom.

Alors, après un long silence (on imagine la sueur froide glisser sur les conventions administratives), la conclusion tombe, d’une élégance très “affaires étrangères” : « Monsieur, je vous emmerde ! »
C’est la phrase qui résume tout : quand la mécanique se grippe, l’argumentation s’arrête et la hiérarchie ressort la langue diplomatique la plus universelle. Au fond, c’est presque rassurant : derrière les tampons et les “strictement réservé”, il reste de l’humain. Du très humain. Du trop humain.

Sur la durée : le vote des absents, toujours tentant

Ce que vise Brimo, ce n’est pas seulement une combine de saison, c’est une tentation structurelle : les électeurs éloignés (diaspora, coopérants, expatriés, “Français de passage durable”) forment un réservoir qu’on croit malléable, parce qu’il dépend des consulats, des listes, des délais, des papiers. Et parce que la “Françafrique” de l’époque, surtout dans des pays comme le Gabon, fournit des réseaux, des porteurs, des facilités. La frontière entre l’État et le camp d’en face n’est pas un mur : c’est une porte tambour. On y entre avec un carton de formulaires, on en sort avec une majorité.

Le titre dit tout : contrebandier, c’est celui qui passe la frontière sans payer. Ici, on passe la frontière sans débat. On ne vole pas des voix, on les “prend en charge”. Et si quelqu’un pose une question, on lui répond avec le raffinement suprême des salons officiels : circulez, il n’y a rien à voter.