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N° 2988 du Canard Enchaîné – 1 Février 1978

N° 2988 du Canard Enchaîné – 1 Février 1978

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A vot’ bon choix (1er février 1978, André Ribaud)
Du président chantage au président otage, quel régime !

1er février 1978. André Ribaud démonte le Giscard de campagne: président-arbitre, capitaine et tireur de pénaltys, distribuant cartons jaunes et “bons” ou “mauvais Français”. À Verdun-sur-le-Doubs, l’Élysée explique le “bon choix”… surtout pour “sa France”. Et si la gauche gagnait? Voici le président “otage du peuple”, mais “bien armé” du “pistolet de la dissolution”, prêt à nommer un Premier ministre… pour mieux le combattre. Au bout du sifflet, une question: quel régime, exactement?

Couac ! propose ses canards de 3 façons au choix

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Canard au naturel
Canard en chemise

Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

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Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

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Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

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A vot’ bon choix (1er février 1978, André Ribaud)
Du président chantage au président otage, quel régime !

Verdun-sur-le-Doubs: la leçon de civisme, version carton jaune

Ribaud commence comme une allocution au garde-à-vous, façon bulletin paroissial de la République: “Mes chères Françaises et mes chers Français…”, vous voilà informés par “votre cher président du bon choix pour la France”, ou plutôt, corrige-t-il aussitôt, pour “sa France”. Celle de la majorité giscardienne, qui ne coïncide plus tout à fait avec “la majorité des citoyens”. Le décor est planté: campagne des législatives de mars 1978, duel majoritaire et Union de la gauche, et un chef de l’État qui descend sur la pelouse comme s’il en était à la fois l’arbitre, le capitaine… et le commentateur officiel.

Le président, explique Ribaud, est censé “garantir l’alternance démocratique”, mais à condition que “l’alternance n’alterne jamais” ou qu’elle alterne “toujours dans le même sens”. Traduction sportive: l’arbitre a le sifflet, mais aussi le maillot. Il “tire lui-même les pénaltys contre les autres”, met des crocs-en-jambe aux meilleurs attaquants adverses, sort le carton jaune, menace d’exclusion. Et si l’opposition a le mauvais goût d’avoir “une chance de remporter la victoire”, on lui explique que c’est “déloyal” et “manque de sportivité”. Le fair-play devient une faute.

Bons Français, mauvais Français: la patrie en tri sélectif

Dans cette fable, Giscard est “le père de la patrie”, donc celui qui répartit les enfants: “bons” et “mauvais Français”. Les bons, “toujours les mêmes”; les méchants, “aussi”. Les bons sont faits pour gouverner “sous la houlette du président”; les mauvais pour être exclus du pouvoir et, si besoin, “abreuvés d’insultes”. Ribaud s’amuse de la différence de style entre l’invective “mouche­tée” de Giscard et l’artillerie lourde de Raymond Barre, son Premier ministre, qui donne la mesure du mépris quand il lance à l’opposition: “Ils sont prêts à sacrifier la France par appétit du pouvoir… à n’importe quel prix.” (On entend le cliquetis des menottes rhétoriques: vous votez mal, donc vous trahissez.)

Ribaud renvoie tout ça à un vieux mécanisme gaullien de dramatisation, mais en l’actualisant: de Gaulle et Pompidou, au moins, “lancaient le dilemme” classique “Moi et ma majorité ou le chaos, moi ou je m’en vais.” Giscard, lui, n’ose pas “l’alternative aussi tranchante”. Pourquoi? Parce qu’il “trouve l’Élysée bien agréable à habiter” (et que, suggère Ribaud, ce n’est pas tous les jours qu’on devient “propriétaire individuel de la France”). Surtout, il craint qu’on le prenne au mot. D’où un chantage plus sophistiqué, façon typographie: “Moi (majuscule) ou le chaos avec moi (minuscule).”

Le pistolet de la dissolution: l’otage bien armé

Et si la gauche gagne? Ribaud mime le scénario: Giscard “la laissera gouverner”, mais après avoir pris soin d’annoncer “tout droit à la catastrophe”, comme il l’a fait à Verdun-sur-le-Doubs, et d’ajouter cette phrase délicieuse: “Et je n’aurai pas tous les pouvoirs pour vous en protéger.” Aveu intéressant, note Ribaud, car Giscard exerce déjà “à peu près tous” les pouvoirs, “à discrétion”, et de façon “encore plus personnelle” que ses prédécesseurs: il a “usurpé” ceux du gouvernement. En cas d’alternance, on reviendrait au président-arbitre, plus constitutionnel, moins chef d’équipe. Mais Giscard, pressent Ribaud, n’a pas l’air décidé à rentrer au vestiaire.

Alors apparaît la figure la plus savoureuse du papier: le président “otage du peuple”. Un otage “bien armé”, puisqu’il dispose du “pistolet de la dissolution”. Chantage, otage: “les jolis mots”… et le droit constitutionnel qui finit par “ressembler à un délit de droit commun”. Ribaud pousse la logique jusqu’au burlesque institutionnel: le “président chantage-otage” investirait un Premier ministre de gauche… “pour mieux le combattre”, au grand jour ou “en sous-main”. Il nommerait le gouvernement et dirigerait l’opposition. Comme en Angleterre, où le chef de l’opposition est un personnage officiel… sauf qu’en France, ironise-t-il, ce serait “le premier personnage de l’État, logé à l’Élysée”, pendant que le chef du gouvernement pourrait se retrouver “à la Santé”. La cohabitation avant l’heure, vue comme un coup tordu permanent.

Et le bon choix, le vrai?

Ribaud termine en rappelant, avec Mendès France, que la gauche “battue depuis vingt ans” a joué le jeu démocratique, tandis que la droite n’a pas le même goût du fair-play ni la même inclination à laisser “régulièrement leur chance” aux adversaires. Mais, soupire-t-il, “les électeurs ont le dernier mot”. Ce sont eux qui finiront par imposer “le bon choix” – le vrai, pas celui dicté depuis la tribune présidentielle, sifflet à la bouche et doigt sur la gâchette de la dissolution.