N° 2989 du Canard Enchaîné – 8 Février 1978
N° 2989 du Canard Enchaîné – 8 Février 1978
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1 franc succès (8 février 1978, André Ribaud, dessin de Lap)
Le tribunal de Nice a divisé l’honneur de Médecin par 6 millions
8 février 1978: André Ribaud fête un verdict à la confettis. Jacques Médecin réclamait 6 millions au Canard pour “laver son honneur”; le tribunal de Nice lui accorde… 1 franc. Un franc qui vaut surtout une claque. Lap croque la scène: Médecin dépose son “chèque” dans la caisse du parti républicain sous les “merci!”. Et le Canard, pas rancunier, lance une souscription pour aider ce “pauvre type”: total de la première liste, 1,35 F. À ce rythme, les 6 millions sont pour bientôt.
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1 franc succès (8 février 1978, André Ribaud, dessin de Lap)
Le tribunal de Nice a divisé l’honneur de Médecin par 6 millions
Un honneur à prix cassé, promo tribunal correctionnel
Le Canard fait semblant d’être “secoué par un immense éclat de rire” et, pour une fois, on le croit sur parole. Jacques Médecin, ministre-maire de Nice, voulait laver son “honneur barbouillé” à grande eau judiciaire: 6 millions de francs de dommages et intérêts (600 millions de centimes, précise perfidement Ribaud). Le tribunal correctionnel de Nice, lui, pratique l’abattement “modeste”: 5 999 999 F de moins. Verdict: 1 franc. Un franc symbolique, donc un franc assassin, cette monnaie qui sert moins à payer qu’à gifler.
Ribaud s’amuse du détail économique comme d’un gag de comptable: après la dégringolade de la monnaie, ce franc ne vaut déjà “plus que dix-neuf, vingt petits sous”. Et Médecin devra s’en contenter pour “panser ses dommages et ravaler ses intérêts”. La phrase tombe comme une confettis sur un costume neuf: l’honneur de ce “grand homme ne coûte pas cher”. Surtout quand on a essayé de le vendre six millions.
Le clou du carnaval: merci, merci… et voilà la caisse
Nice oblige, l’affaire se transforme en parade. Lap dessine la cérémonie: Médecin, chèque à la main, vient déposer son franc dans la caisse du parti républicain, sous les “merci!” qui pleuvent comme des serpentins. La Mare aux Canards n’aurait pas rêvé plus belle scène: une victoire en carton pâte, un trophée en monnaie de poche.
Ribaud insiste sur l’humiliation publique: un maire-ministre qui reçoit, “dans sa propre ville”, un camouflet “aussi cinglant” et se voit ramené à “un six millionième du prix qu’il croyait valoir”. Médecin voulait “ruiner Le Canard”; il n’a réussi qu’à “ruiner, encore un peu plus, sa réputation”. Tout est là: la justice n’a pas seulement tranché un litige, elle a distribué une note de valeur. Et elle a écrit “1 F” dans la case “honneur”.
Quand l’arme judiciaire se retourne dans la main
Le papier rappelle que ce n’est que le “premier des deux procès” intentés au journal. Sous la Ve République, l’assignation peut servir de massue: faire peur, faire perdre du temps, faire dépenser. Mais le Canard retourne la massue en sceptre de carnaval: il transforme la plainte en collecte, l’indignation en farce nationale.
Le plus savoureux, c’est la chute politique: Médecin avait annoncé à grand tapage qu’il verserait les millions espérés dans les caisses électorales du PR, “le parti du Président”. On devine déjà les amis flairant “la pactole”. Résultat: “Une fois de plus, Médecin les aura bluffés. Il n’a qu’un franc à leur offrir.” Quelle misère… mais quelle publicité involontaire. Dans une France de 1978 où les législatives approchent et où les notables aiment donner des leçons de morale, le Canard signale au stabilo: certains confondent honneur, caisse et campagne.
“Le Canard n’est pas rancunier”: la souscription au centime près
Et puisque Médecin n’a que “son franc succès”, le Canard propose de l’aider. Avec ce sérieux de faux registre paroissial qui rend la plaisanterie meilleure: la loi interdirait une souscription à l’occasion d’un procès? “Nous passons outre… La loi nous le pardonnera. C’est pour venir en aide à un pauvre type dans le besoin.” Tout le journal tient dans cette révérence à l’envers.
Puis vient la “première liste” de dons, trésor d’humour au ras du porte-monnaie:
- Canard enchaîné: 0,60 F
- R. Fressoz et A. Ribaud: 0,30 F
- Rédaction: 0,30 F
- Niçois éplorés: 0,10 F
- Anonyme (Fratoni ?): 0,05 F
Total: 1,35 F.
À ce rythme, promet le Canard, on atteindra “rapidement” les 6 millions. On entend presque le bruit d’une tirelire qu’on secoue: ça ne fait pas de fortune, mais ça fait un vacarme exquis.
La note de bas de page, elle, rappelle que la justice avait tout de même infligé au Canard 2 000 F d’amende pour avoir écrit à propos de l’utilisation par Médecin d’un avion de tourisme d’une société commerciale, “exactement ce qu’avait rapporté” la presse locale. Et l’avocat du journal, Roland Dumas, souligne que “l’honneur judiciaire” du maire n’avait pas bronché, faute de poursuites. Autrement dit: l’honneur se porte très bien… mais il aime faire des procès, comme d’autres aiment faire des discours.





