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N° 2991 du Canard Enchaîné – 22 Février 1978

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“Saucisson-sec” de campagne électorale (suite) (22 février 1978, Gabriel Macé)

22 février 1978. Gabriel Macé ressort le “saucisson-sec” électoral: Guiringaud, “P’tit-Louis (d’or)”, sermonne sur le Programme commun et la catastrophe internationale… pendant que Le Monde annonce un gros déficit commercial. Boomerang garanti: l’Afrique, la Mauritanie, les “techniciens privés”, les interventions qu’on nie à moitié. Et l’actualité mord la posture: ultimatum au Tchad pour Christian Massé, puis “Impasse à Belgrade”, “La France isolée”. Macé résume: la diplomatie se transforme en tract. Surtout, ne mettez pas de boules Quiès.

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Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

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“Saucisson-sec” de campagne électorale (suite) (22 février 1978, Gabriel Macé)

P’tit-Louis, martyr chrétien… envoyé à l’abattoir médiatique

Gabriel Macé reprend son couteau à saucisson et attaque le ministre des Affaires étrangères, Louis de Guiringaud, rebaptisé “P’tit-Louis (d’or)” avec cette cruauté affectueuse qu’on réserve aux gens qu’on voit trop souvent servir de paravent. Sa “qualité” majeure, écrit Macé, c’est une “sérénité de bœuf” dès qu’on l’envoie se faire hacher menu par la presse. Vendredi, Giscard l’a poussé devant “la meute”, mission impossible: donner de la voix à la grande idée giscardienne selon laquelle l’avenir international de la France tournerait au vinaigre si la gauche gagnait les législatives de mars.

Et Guiringaud, “saucisson-sec” en bandoulière, récite: si le Programme commun s’applique, conséquences économiques, dégringolade de la monnaie, appel à “l’assistance financière internationale”, dégradation de la balance commerciale… et, bouquet final, la France perdrait “la liberté de ses choix en politique extérieure”. Autrement dit: votez mal, et demain Washington vous tiendra la laisse, les banques vous feront la morale et l’ONU vous comptera les côtes. Le Canard adore ce genre de menace: elle est toujours “superbe”, surtout quand elle se présente comme une prophétie comptable.

Macé a l’œil pour l’ironie involontaire: pendant que Guiringaud sermonne sur les catastrophes à venir, Le Monde barre sa Une d’un titre très contemporain: “Important déficit de la balance commerciale française en janvier”. À croire, ricane le journal, que la gauche est déjà au pouvoir. Le “saucisson-sec” a un petit goût de déjà-vu: l’effroi électoral sert de sauce universelle, même quand l’actualité démontre qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un Programme commun pour voir la balance commerciale tousser.

Le boomerang “Donald Duck”: quand la trombine se prend le discours en retour

Macé insiste sur le “côté Donald Duck” de Guiringaud: virtuose des déclarations boomerang, celles qui reviennent se planter dans la trombine. Il cite une phrase sur “l’intervention massive de forces extérieures” en Afrique, qui contribuerait à la déstabilisation du continent. Très bien, sauf qu’en lisant ça, on entend aussitôt les moteurs des Transall et les communiqués prudents sur nos propres expéditions. Macé n’a même pas besoin d’en rajouter: il suffit de rappeler l’évidence, comme il le fait, en alignant Zaire, Mauritanie, Sahara… et la réalité devient caricature.

Le passage sur la Mauritanie est un bijou de contradiction servie froide: Guiringaud “menti” (le mot est lâché) en expliquant que la France est intervenue “deux fois” pour aider les forces mauritaniennes, “à protéger les ressortissants français”, avec “moins de cent conseillers militaires” et “trois mille techniciens privés”. Ce qui a “puissamment contribué à la stabilisation du Sahara”… On admire le dosage: presque rien, mais terriblement efficace; des “conseillers”, mais en uniforme; des “techniciens privés”, mais au service de la géopolitique. La “stabilisation”, vue du Canard, ressemble souvent à un euphémisme en rangers.

Et pendant qu’on agite la peur d’une gauche qui briderait notre “liberté de choix” en politique extérieure, on découvre que cette liberté consiste surtout à choisir où l’on intervient sans trop le dire, et comment on le raconte sans trop s’emmêler.

Le Tchad et Belgrade: l’actualité qui dément la posture

Macé attrape ensuite Guiringaud sur une autre branche: le Tchad. “Sacré P’tit-Louis!” Il annonce avec détachement que le gouvernement français n’a “aucune nouvelle” du jeune Français disparu, alors que “toute la presse” rappelle que l’ultimatum pour la vie de Christian Massé expire ce jour-là. Là, le “saucisson-sec” n’est plus électoral, il est humainement glaçant: l’information tombe au mauvais moment, dans un mauvais ton, et l’on voit ce que produit la langue de bois quand elle croise une échéance réelle.

Puis vient Belgrade, la conférence internationale où l’on vendait une “initiative française” de compromis, annoncée à grand renfort de tambours… et qui se retrouve “très compromise”. Les journaux s’en donnent à cœur joie: “Impasse à Belgrade”, dit Le Monde; L’Aurore enfonce: “La France isolée”. Et Macé conclut, grinçant, en saluant “Bravo, Guiringaud!”: Roland Faure, dans L’Aurore, a raison de qualifier l’intervention “saucisson-sec” dans la campagne comme une “rentrée continue”. Autrement dit: Guiringaud n’est plus un ministre, c’est une habitude. Une rengaine officielle, qu’on remet le lundi matin et qu’on réutilise le soir au journal télé.

Une diplomatie en tract: quand l’État se prend pour son service élections

Le ressort de Macé est limpide: la majorité giscardienne recycle la politique étrangère en argument de peur, comme si l’État était un stand de foire où l’on agite des pancartes “danger” pour faire rentrer les électeurs dans le bon couloir. Sauf que la réalité, elle, ne respecte pas les éléments de langage: déficit commercial, interventions extérieures mal assumées, crises humaines, isolement diplomatique… Tout ce qui devait prouver la compétence et la maîtrise vient illustrer l’embarras et la posture.

D’où la dernière pique, très Canard: “Ne prenez pas, surtout, des boules ‘Quiès’!” Il ne faut pas s’endormir sous le ronron des communiqués. Il faut écouter le bruit réel derrière la charcuterie électorale: celui des contradictions.