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N° 2998 du Canard Enchaîné – 12 Avril 1978

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Maurice Papon, Descartes “biseauté” : l’art de l’angle arrondi

En 1978, Jean Manan croque Maurice Papon en “Descartes biseauté” : un technocrate aux angles limés, champion des correspondances entre ministères, répressions et budgets. Kerleroux le fait parler comme un chef de circulation: « changez à Charonne… mais la ligne est lente ». Tout est là: carrière glissante, mémoire sélective, respectabilité prête-à-porter. Et quand on relit ce portrait à la lumière des révélations publiées par Le Canard trois ans plus tard sur le Papon de l’Occupation, le “biseauté” devient glaçant.

Couac ! propose ses canards de 3 façons au choix

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Canard au naturel
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Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

Cette pochette cadeau assure aussi une conservation optimale du journal : un papier au PH neutre limitant la dégradation des vieux journaux sur la durée.

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Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

Plexi transparent (30€) servant de fond, plus discret mais élégant il permet aussi la vision de la dernière page du journal.
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Maurice Papon, Descartes “biseauté” : l’art de l’angle arrondi

Un curriculum vitae qui glisse sur les choses

Jean Manan ne dresse pas un portrait, il construit une machine à carrières. Papon y apparaît comme le modèle réduit de la haute administration en mode “métro correspondance” : on descend au ministère de l’Intérieur, on remonte au Budget, on change à Constantine, on file sur Paris, et si possible sans regarder le quai. Tout est affaire de fluidité… surtout quand la morale fait des arrêts trop longs.

Le mot “biseauté” est parfait : on a rogné les arêtes. Rien ne dépasse, rien n’accroche, tout passe. Un Descartes dont on aurait limé les angles pour qu’il entre mieux dans les tiroirs du pouvoir. La rationalité, oui, mais poncée, vernie, prête à l’emploi. Le texte déroule cette plasticité comme une démonstration par l’absurde : Papon peut être à la fois “socialiste de papier”, gaulliste de service, technocrate de concours, gestionnaire de matraque et comptable de la Nation. Selon l’heure, il change de veston; selon la saison, de mémoire.

Charonne, Ben Barka, Concorde : l’ascenseur et la trappe

Le plus grinçant, c’est la manière dont Manan fait défiler les épisodes comme des stations dont on prononce le nom sans jamais attendre la suite du train. Charonne est là, énorme, compact, neuf morts “pas un remords”. Ben Barka passe en vitesse, comme une valise qu’on évite d’ouvrir. Même le Concorde devient une métaphore : l’avion de la grandeur, piloté au déficit, conduit par un homme qui sait très bien voyager léger en scrupules.

Et puis il y a ce dessin de Kerleroux, essentiel parce qu’il remet le personnage au centre de son propre récit : c’est Papon qui parle, et il parle comme un chef de circulation. « Pour Rivoli changez à Charonne, mais attention la ligne est lente… » Lecture double, évidemment : le réseau (administratif, policier, politique) et la “ligne” (de conduite, de maintien de l’ordre, de séparation entre ce qu’on admet et ce qu’on enfouit). Lente, oui. Surtout quand elle mène aux responsabilités.

1978 : le bon élève de la rigueur, version mitraillette à gomme

En 1978, Papon est ministre du Budget. On est en pleine ambiance “serrage de ceintures”, inflation, chômage qui s’installe, et campagne législative où la majorité promet l’ordre, la stabilité, la gestion sérieuse. Papon, dans ce décor, est le technocrate idéal : une figure qui rassure les tableaux Excel avant même d’avoir rassuré les consciences. Manan se paie précisément cette respectabilité de façade : le “commis partout”, celui qu’on retrouve toujours du bon côté de la porte qui se referme.

Le texte a aussi un plaisir évident à montrer la compatibilité totale entre la “méthode” et la brutalité. Chez ce type de carrière, la répression n’est pas un accident de parcours : c’est une compétence transférable. On sait “tenir” une ville, “tenir” un budget, “tenir” un parti. Le verbe ne change pas, seul l’outil varie.

Trois ans plus tard : quand le Canard sort les archives du placard

Et là, votre perspective change tout. En 1978, Manan dessine Papon comme un champion de l’adaptation, un monstre tiède de continuité. Mais trois ans plus tard, Le Canard enchaîné publie des documents sur le rôle de Maurice Papon sous l’Occupation, à la préfecture de la Gironde, montrant sa participation administrative à la déportation de Juifs. Ce basculement médiatique éclaire rétrospectivement le “biseauté” : ce n’était pas seulement l’art d’arrondir les angles, c’était aussi l’art de laisser dans l’ombre ce qui coupe net.

Du coup, l’article de 1978 ressemble à une antichambre involontaire : il décrit un homme capable de tout épouser, de tout traverser, de tout “gérer”, et l’histoire viendra rappeler que certaines gestions ne s’effacent pas au papier de verre. Le Papon “commis partout” devient, vu depuis 1981, le Papon “commis à…”, au sens le plus lourd du terme. Et la bulle de Kerleroux prend une autre saveur : oui, la ligne est lente. Mais elle finit parfois par arriver.