N° 3001 du Canard Enchaîné – 3 Mai 1978
N° 3001 du Canard Enchaîné – 3 Mai 1978
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Que savait donc Spaggiari ?
Un casse à Nice, des armes à Grasse: en 1978, le Canard flaire la justice à géographie variable. Autour de Spaggiari, condamné “par défaut” pour détention d’armes de guerre, l’article déroule l’hypothèse d’un marché cousu main: aveu contre silence, dossier scindé, garanties politiques et grande “diplomatie” policière. Avec, en chef d’orchestre, un patron de la PJ décrit comme spécialiste des affaires qu’on fait disparaître sans bruit. Une enquête où le vrai butin, ce n’est pas l’or, c’est le non-dit.
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Un casse, deux tribunaux, et la justice en kit
Le papier du 3 mai 1978 a une politesse d’apparence: il part d’un “modeste filet” et finit en pêche au gros dans l’aquarium trouble où nagent police, parquet, notables, et quelques poissons pilotes en uniforme. Le prétexte? La condamnation d’Albert Spaggiari par le tribunal de Grasse: dix ans “par défaut”, non pas pour le casse de la Société Générale de Nice, mais pour détention d’armes de guerre. Déjà, le menu sent la permutation de plats: le braquage à Nice, les armes à Grasse… et au milieu, un dossier “scindé en deux” comme si la vérité, elle aussi, devait être découpée en parts digestes.
Le Canard pose alors la seule question qui compte: pourquoi ce bricolage judiciaire, pourquoi cette géographie à trous, pourquoi cette impression que l’on a “troqué” un procès contre autre chose? Répondre, dit-il, c’est raconter “une des plus belles intrigues policières de ces dernières années”. Traduction: pas une bavure, mieux, une œuvre de procédure, une petite dentelle de couloir, un arrangement cousu main.
L’échange: un aveu contre un silence (et des ciseaux dans le PV)
Le cœur du texte, c’est l’idée d’un marché. Spaggiari est arrêté (avec des comparses) après le casse; on trouve chez lui un arsenal “de quoi équiper militairement un commando”. Procès-verbal bien rédigé, officier de procédure, police judiciaire… décor impeccable. Et puis, tout à coup, l’histoire se met à parler bas. Le Canard raconte une négociation au commissariat, avec rappel express du patron de la PJ, Honoré Gévaudan, prié de rentrer dare-dare à Nice. Un tête-à-tête, et Spaggiari, méfiant, exige un garant: un certain “Claude D.”, présenté comme ancien activiste OAS.
Et là, la logique Canardienne s’allume comme un néon fatigué: si l’on a besoin d’un tiers politique, ce n’est pas pour parler de menottes trop serrées. Ce qui se dessine, c’est un compromis du type: “Tu reconnais le casse, tu évites d’éclairer tes amitiés, tu ne t’attardes pas sur certaines fréquentations; en échange, on te traite l’affaire des armes comme un appendice, on la déplace, on la désamorce.” Bref: un procès troqué contre une discrétion, et une discrétion qui vaut plus cher que les lingots.
Le Canard en rajoute une couche de vitriol avec son encadré “Un spécialiste”: Gévaudan y apparaît en artisan de “l’affaire délicate”, celui qui sait faire en sorte qu’un dossier ne fasse pas de vagues quand les vagues menacent de mouiller les bons costumes.
Nice, ses notables, et l’ombre portée des années de plomb françaises
Remettons le tout dans l’air du temps. 1978, c’est une France où la “sécurité” se vend à la louche, où l’extrême droite post-OAS n’a pas disparu par magie, où certaines villes conservent des sociabilités solides comme des portes de cave. Spaggiari, dans cette narration, n’est pas seulement un braqueur spectaculaire; il devient une question embarrassante: qu’est-ce qu’il sait, qui connaît-il, et surtout, qu’est-ce que son arsenal raconte?
Le Canard insinue que l’arme, ici, est moins un objet qu’un fil. Un fil qui pourrait mener à des réseaux, à des complicités, à des proximités municipales, à des “relations” qu’on préfère laisser au chaud. D’où l’intérêt d’un procès qui se contente d’être une conclusion administrative: une peine par défaut, un jugement propre, et la saleté rangée hors champ.
La morale (provisoire): quand l’État joue au cambrioleur de dossiers
Le plus grinçant, c’est le renversement des rôles. Spaggiari a percé un coffre; l’appareil, lui, perce la procédure. Le braqueur creuse un tunnel, l’institution creuse des exceptions. Et la justice, au lieu d’être une scène, devient une coulisse: on y échange des aveux comme des tickets, on y déplace des dossiers comme des valises diplomatiques, on y fabrique du silence avec du papier carbone.
Le titre “Que savait donc Spaggiari?” est une question, mais aussi une menace: dans certains pays, le secret est ce qui se monnaye le mieux. Et dans certaines semaines, on préfère un bandit condamné “par défaut” à une vérité condamnante “par excès”.





