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N° 3004 du Canard Enchaîné – 24 Mai 1978

N° 3004 du Canard Enchaîné – 24 Mai 1978

19,00 

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Vive la dément-cratie !

En 1978, Bernard Thomas invente la “dément-cratie” : cette démocratie de vitrine qui adore les grands mots et pratique les petites caves. De l’URSS qui condamne le physicien Youri Orlov aux dictatures qui se refont une santé à coups de Mundial et de Jeux olympiques, le Canard relie la matraque au confetti. Et rappelle une évidence gênante : le sport et la science servent parfois de décor à la répression… sauf quand des savants refusent d’être figurants.

Couac ! propose ses canards de 3 façons au choix

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Canard au naturel
Canard en chemise

Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

Cette pochette cadeau assure aussi une conservation optimale du journal : un papier au PH neutre limitant la dégradation des vieux journaux sur la durée.

Décliné en 4 pochettes originales (5€)
Pochette offerte pour toutes éditions d’un prix supérieur à 59€
Visualiser les illustrations en cliquant sur le nom des auteurs

Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

Plexi transparent (30€) servant de fond, plus discret mais élégant il permet aussi la vision de la dernière page du journal.
Plexi noir (35€) servant de fond, il met en valeur la teinte et le format du journal, s’harmonisant parfaitement avec les encres noires de la page.

La « dément-cratie » comme savon noir

Avec son titre en forme de coup de trique typographique, Bernard Thomas ne célèbre pas la démocratie, il la dissèque, façon salle de dissection… dans un hôpital psychiatrique. Sa “dément-cratie”, c’est le grand mot propre qu’on colle sur des pratiques sales, pour que ça sente le propre. Le procédé est vieux comme les dictatures modernes : on baptise “ordre” ce qui ressemble à une rafle, “justice” ce qui tient du montage, “paix” ce qui exige des caves, des silences et des aveux.

Dans l’article, la science et la démocratie deviennent des badges en plastique : ça s’accroche à la boutonnière des régimes pénitentiaires pour leur donner l’air d’être des pays fréquentables. L’URSS “améliore” son code pénal, le Chili de Pinochet “perfectionne” sa démocratie, l’Argentine de Videla “organise” une Coupe du monde. On n’est pas dans la logique, on est dans l’étiquetage.

Orlov, ou la logique qui exige des coupables

Le cœur du papier, c’est le cas de Youri Orlov, physicien soviétique condamné à douze ans pour avoir pris au sérieux ce que l’URSS prétendait respecter : les droits de l’homme, les libertés, tout ce barnum de papier signé à Helsinki et rangé ensuite dans un tiroir à mensonges. Le Canard s’amuse (noir) de cette “logique” qui ne supporte pas le réel.

Et là, Thomas sort un outil délicieux : la logique retournée comme un gant. Il convoque Michel Neyraut et sa formule perfide (glissade comprise) : “le réel est pernicieux”. Autrement dit, le réel a un défaut majeur : il contredit les communiqués. Alors on le corrige. Pas en changeant les faits, non, ce serait de l’aveu. On change les hommes.

Thomas pousse le raisonnement jusqu’au grotesque historique : Lénine soupire que “les faits sont têtus”, Staline résout le problème en faisant condamner des innocents et, luxe suprême, en leur arrachant l’aveu. La logique devient un appareil de production : on fabrique des coupables comme on fabrique des boulons. Et malheur à Orlov qui, détail fâcheux, “ne se reconnaît même pas coupable”. Quel manque de savoir-vivre totalitaire.

Jeux, Mundial : la grande lessive des réputations

Le texte bascule alors vers une autre scène, en apparence éloignée : le foot, les Jeux, la fête. En 1978, l’Argentine prépare son Mundial sous la botte, et Moscou vise ses Jeux de 1980. Thomas relie les deux par un fil très simple : le sport comme vitrine, le spectacle comme rideau, la foule comme tampon acoustique. Pendant qu’on “purge” ici, on installe des tribunes là. On enferme, on sourit, on filme.

La phrase qui pique le plus n’est pas un slogan : c’est l’image de “onze gaillards tricolores” allant taper dans un ballon “sous les fenêtres de prisonniers qu’on dépèce”. Toute la vulgarité tranquille de la complicité involontaire est là : l’innocence touristique qui devient l’alibi du bourreau. On ne demande pas aux joueurs d’être des diplomates, mais les dictatures, elles, savent parfaitement à quoi sert un maillot : à couvrir ce qu’on ne veut pas voir.

Les savants qui refusent de servir de décor

Dans ce théâtre, Thomas salue ceux qui sabotent la scénographie : des scientifiques, justement. Des noms cités comme des cailloux dans la chaussure, Lwoff et Jacob (prix Nobel), et l’appel au boycott d’un congrès à Buenos Aires. Le Canard inverse la fable : ce ne sont pas les dictatures qui empruntent la crédibilité de la science, ce sont certains savants qui retirent leur caution, qui refusent d’être le papier cadeau.

Et le papier élargit encore : comités de défense, prisonniers d’opinion, congrès à Moscou, voyages annulés. Une internationale du refus, pas héroïque au sens lyrique, plutôt hygiénique : ne pas serrer la main qui tient la matraque, ne pas sourire sur la photo souvenir.

Le dessin : la prison dans la bouche

L’illustration (signée Pino Zac) résume tout sans discours : Brejnev dont la bouche est une grille, avec un petit bonhomme derrière les barreaux. La parole transformée en cellule. La vérité réduite au format “confession”. Et, autour, le grand mot “démocratie” qui flotte comme une banderole au-dessus d’un commissariat.

Thomas appelle ça “dément-cratie” parce que c’est exactement ça : une folie administrative, très rationnelle, très propre sur elle, qui enferme le réel pour que le discours respire.