N° 3006 du Canard Enchaîné – 7 Juin 1978
N° 3006 du Canard Enchaîné – 7 Juin 1978
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Nos paras, nos Jaguar, nos bombes, nos mercenaires
En juin 1978, Le Canard dresse l’inventaire d’une Françafrique version “kit de survie” : nos paras au Zaïre, nos Jaguar au Tchad, nos bombes pour la posture, et nos mercenaires pour la plomberie discrète. Mobutu ne fait plus confiance à ses soldats, l’Élysée bombarde plus vite qu’il ne réfléchit, et les “stabilisateurs” rôdent comme des sous-traitants de la raison d’État. Pino Zac résume tout : Giscard ausculte l’Afrique… avec un parachute au bout du stéthoscope.
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Paras, Jaguar et « stabilisateurs » : la Françafrique en kit (été 1978)
Il y a des semaines où la politique étrangère ressemble à la liste des courses d’un bricoleur pressé : un peu de paras pour les urgences, deux Jaguar pour « calmer » un front, quelques bombes pour faire sérieux, et, en option, des mercenaires pour la finition. Dans ce Canard du 7 juin 1978, la rubrique empile Zaïre et Tchad comme deux casseroles sur le même feu, pendant qu’en dessous mijote la marmite des « stabilisateurs » officieux. Le tout avec Pino Zac en maître d’hôtel : Giscard ausculte l’Afrique au stéthoscope, mais au bout du tuyau, ce n’est pas un cœur qu’on entend… c’est un parachute qui se déplie.
Zaïre : Mobutu, la confiance à trous d’aération
Côté Kinshasa, le constat est brutal : Mobutu ne fait plus confiance à ses propres soldats, censés assurer sa sécurité. Le Canard raconte cette glissade très coloniale vers la “tutelle par précaution” : le 31e régiment de parachutistes zaïrois serait encadré par des officiers français détachés du 2e REP, et la garde personnelle du maréchal-président deviendrait carrément « 100 % marocaine ». Quand un régime en est à importer sa propre loyauté, c’est qu’il a déjà commencé à exporter sa souveraineté.
Là où l’article est vachard, c’est qu’il n’a pas besoin d’en rajouter : “indiscipline, pillages, désertions”… le décor est planté, et Mobutu, “comme Soubise”, se demande où est passée son armée. La caricature de Pino Zac (l’Afrique auscultée) dit tout : la France se penche sur le patient, mais on sent que le diagnostic sert surtout à justifier l’ordonnance.
Tchad : victoire sur le sable, défaite dans les sables mouvants
À droite, le Tchad : l’Élysée “plus guerrier que l’état-major”, des chefs militaires qui voient surtout un bourbier, et la machine médiatique qui s’emballe. L’article insiste sur ce contraste : sur le terrain, ça s’enlise; dans les communiqués, ça “triomphe”. Le Canard pointe la logique de posture : abandonner serait reconnaître l’impasse, donc on “gère”, on “tient”, on “stabilise”, et on bombarde au besoin, histoire de prouver que l’on agit.
Dans cette ambiance, le sort du colonel Erluin devient un épisode de feuilleton : héros par ricochet (Kolwezi), “soldat perdu” quand la communication a besoin d’un visage, puis remplacé, rappelé, reclassé, recadré… La gloire, en 1978, ressemble à une chaise pliante : utile pour la photo, mais mauvais pour le dos. Même la perspective d’un 14 juillet “vitrine” affleure comme une obsession : il faut du panache, quitte à confondre panache et pansement.
Conférence sur le « problème africain » : le parachute comme argument
Le titre de l’ensemble, c’est une diplomatie où la conférence commence quand l’avion a déjà décollé. La scène dessinée (un para prêt à sauter du crâne présidentiel) est une trouvaille : au lieu d’une idée derrière la tête, on a une opération derrière le front. Le Canard se moque de cette manière très Ve République de traiter l’Afrique comme une annexe “sécurité”, où l’argument final est toujours le même : l’urgence, donc l’armée; le danger, donc l’armée; le silence, donc… l’armée.
Et pendant qu’on disserte sur “le problème africain”, on fait comme si le problème n’était pas aussi dans la méthode : décider vite, expliquer après, et appeler ça “humanitaire”, “assistance”, “coopération”, selon la saison.
Les « stabilisateurs » : l’officiel a des sous-traitants
En bas, la casserole la plus rance : les mercenaires. Le Canard aligne les noms, les itinéraires, les coups montés et les redites, avec cette ironie glacée qui fait mal parce qu’elle est précise : des hommes qui passent d’un théâtre à l’autre, “recrutent”, “préparent”, “échouent”, “recommencent”, pendant que l’État joue à ne pas reconnaître ses cousins turbulents. Le mot “stabilisateur” est superbe : on dirait un accessoire de caméra. Sauf qu’ici, il stabilise des régimes, des combines, des intérêts, et parfois des cadavres.
La morale du papier tient en une image : entre la République qui se dit responsable et les baroudeurs qui s’assument, il y a un couloir. Et dans ce couloir, on entend surtout le froissement des enveloppes et le claquement sec des ailes du Canard.





