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N° 3007 du Canard Enchaîné – 14 Juin 1978

N° 3007 du Canard Enchaîné – 14 Juin 1978

19,00 

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Souvenirs d’une barbouze américaine

William Colby, ex-patron de la CIA, publie ses mémoires: Jean Manan les lit comme on inspecte une chemise trop blanche. Vietnam, opération “Phénix”, suspects livrés, tortures et morts… mais, juré, la CIA n’aurait fait que le “renseignement”. Puis l’Italie: mission anti-communiste, “dollars par camions”, et une démocratie chrétienne arrosée sans étiquette. Conclusion canard: le communisme sert d’alibi; les vraies frayeurs sentent le pétrole, le cuivre et la caisse enregistreuse.

Couac ! propose ses canards de 3 façons au choix

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Canard au naturel
Canard en chemise

Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

Cette pochette cadeau assure aussi une conservation optimale du journal : un papier au PH neutre limitant la dégradation des vieux journaux sur la durée.

Décliné en 4 pochettes originales (5€)
Pochette offerte pour toutes éditions d’un prix supérieur à 59€
Visualiser les illustrations en cliquant sur le nom des auteurs

Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

Plexi transparent (30€) servant de fond, plus discret mais élégant il permet aussi la vision de la dernière page du journal.
Plexi noir (35€) servant de fond, il met en valeur la teinte et le format du journal, s’harmonisant parfaitement avec les encres noires de la page.

Colby, ou l’art de se laver les mains en public

Jean Manan tient ici un morceau de bravoure: la notice nécrologique… d’une bonne conscience. Le papier a l’élégance du scalpel: il ne hurle pas, il entaille. William Colby, ancien patron de la CIA, publie ses mémoires, et l’on découvre une autobiographie au savon de Marseille: ça mousse beaucoup, ça dégraisse surtout la responsabilité.

Dès l’attaque, Manan pose le décor: les « grands desseins » ont une fâcheuse tendance à finir sous le poids des hommes qui les exécutent. Traduction: le Vietnam, cette “noble ambition” américaine de rattacher le Sud au “monde occidental”, a été moins sabotée par le destin que par la mécanique politique, les présidents, les ministres, les généraux… et les barbouzes. La fresque est connue; ce qui fait rire jaune, c’est le ton de Colby, que Manan restitue comme un mélange de catéchisme et de comptabilité.

Phoenix: la sous-traitance du sale boulot

Le cœur du papier, c’est l’opération “Phénix” au Vietnam. Colby raconte une guerre politique menée avec des moyens politiques: renseignement intensif, réseaux locaux recrutés, payés, contrôlés, suspects “identifiés”, puis livrés aux polices et unités spéciales sud-vietnamiennes. Au bout de la chaîne: arrestations, tortures, assassinats, camps qui débordent. Et Colby, “honnête homme”, plaide non coupable avec une logique d’entrepôt: la CIA ne ferait que “refiler la matière première” aux bourreaux patentés. Elle, elle pointe du doigt; les autres appuient sur la gâchette. Circulez, c’est de la logistique.

Manan jubile de cette casuistique: l’innocence par transfert de propriété. Comme si l’on pouvait dire d’un incendie: “Je n’ai fait qu’apporter les allumettes, c’est le bois qui a brûlé.” Le crime devient un organigramme, la morale une note de service.

Dollars lavés: la démocratie en camion-citerne

Puis vient le passage italien, et là, la mousse monte. Colby explique qu’entre 1953 et 1958 la CIA “organise, recrute, implante, finance” la Démocratie chrétienne, mission: empêcher l’Italie de tomber aux mains des communistes aux législatives de 1958. Moyen: “les dollars par camions”. Le détail est magnifique: le système serait si efficace que les bénéficiaires eux-mêmes n’auraient “aucune certitude” sur la provenance. On arrose, mais discrètement; on veut des fleurs sans l’arrosoir.

Et Manan glisse une lame dans le rire: l’Italie de 1978 sort à peine de l’affaire Moro, elle patauge dans les “années de plomb”, et l’on relit ces camions de dollars comme une préface. Quand on trafique la vie politique à coups de billets, on finit souvent par découvrir que les balles, elles aussi, circulent.

« Multinationale-ment vôtre »: le communisme comme alibi universel

Le plus féroce, c’est la dernière charge: Colby ne se pose jamais, dit Manan, la question qui devrait lui sauter au visage quand il examine le bilan des “interventions” de la CIA. Comment une institution censée “sauver la démocratie” finit-elle par installer des dictatures là où elle opère (Chili, Guatemala, Iran, Philippines, Indonésie, etc.)? Et surtout: dans bien des cas, où était la menace communiste?

Réponse de Manan: le “danger” n’est pas rouge, il est en cuivre, en pétrole, en caoutchouc, en bananes, en café. Le communisme sert de paravent commode; le vrai ennemi, c’est le tiroir-caisse qui risque de se fermer. Sous prétexte de lutter contre le bolchevisme, on met sur pied une machine noire capable d’accoucher de régimes aussi abjects que ceux qu’elle prétend combattre. Colby, lui, resterait poli, presque ingénu: il ne sait pas “à quoi” correspondent ces mots-là.

C’est tout le sel du papier: Manan n’accuse pas seulement la CIA. Il se moque d’une langue. Celle qui permet de nommer “démocratie” une opération clandestine, “stabilité” un coup tordu, “assistance” une valise de billets, et “responsabilité” un jeu de passation.