Expédition de votre Canard enchainé

EXPEDITION SOUS 24H

Envoi soigné de votre Canard enchainé

ENVOI SOIGNÉ

Paiement sécurisé pour l'achat de votre Canard enchainé

PAIEMENTS SÉCURISÉS

Livraison offerte de votre Canard enchainé à partir de 15€ de commande

LIVRAISON OFFERTE DÈS 25€ D’ACHAT

Paiement sécurisé pour l'achat de votre Canard enchainé

PAIEMENTS SÉCURISÉS

N° 3012 du Canard Enchaîné – 19 Juillet 1978

N° 3012 du Canard Enchaîné – 19 Juillet 1978

19,00 

En stock

Un paradis fiscal en plein Paris

Dans le XVIe, pas besoin de Suisse: il existe un paradis fiscal en plein Paris. Claude Roire raconte ce quartier où, selon le syndicat des impôts, un contrôle ne passerait qu’une fois tous les 55 ans. L’administration promet un “centre des impôts” avec 27 inspecteurs pour 8 484 dossiers “importants”: autant dire un contrôle à la vitesse du sablier. Visites à domicile “en passant” (tableaux, meubles anciens), infos glanées chez les concierges, banques sur microfiches… et les riches peuvent continuer à dormir. Tranquilles. Très tranquilles.

Couac ! propose ses canards de
3 façons au choix

En stock

Canard au naturel
Canard en chemise

Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

Cette pochette cadeau assure aussi une conservation optimale du journal : un papier au PH neutre limitant la dégradation des vieux journaux sur la durée.

Décliné en 4 pochettes originales (5€)
Pochette offerte pour toutes éditions d’un prix supérieur à 59€
Visualiser les illustrations en cliquant sur le nom des auteurs

Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

Plexi transparent (30€) servant de fond, plus discret mais élégant il permet aussi la vision de la dernière page du journal.
Plexi noir (35€) servant de fond, il met en valeur la teinte et le format du journal, s’harmonisant parfaitement avec les encres noires de la page.

Chaillot-Dauphine, îlots flottants (et intouchables)

Claude Roire plante le décor comme un guide touristique pour inspecteurs désorientés : inutile d’aller planquer des liasses à Zurich ou au Liechtenstein quand, au cœur de Paris, existe déjà une « terre d’asile » pour fortunes inquiètes. Ici, la frontière n’est pas une ligne sur une carte, c’est un trottoir du XVIe, entre Chaillot et Dauphine, où l’on passe la douane… sans douanier. Selon le Syndicat national unifié des impôts cité par l’article, on y risquerait un contrôle « une fois tous les cinquante-cinq ans ». À ce rythme, l’évasion fiscale devient une discipline olympique, et l’administration, un sport de contemplation.

Le rire du Canard vient de ce frottement: d’un côté, un pays en 1978 encore secoué par l’après-chocs pétrolier, l’inflation, la rigueur signée Barre, et les sermons sur la ceinture à serrer; de l’autre, une enclave où l’on s’assoupit sur des coussins fiscaux, sans même avoir à se défendre. On ne fraude pas, on “réside”.

Un « centre des impôts » façon poste restante

La solution annoncée par l’administration a le charme des remèdes homéopathiques servis au seau: créer un « centre des impôts » dédié à ces quartiers, avec 27 inspecteurs chargés d’épucher 8 484 « dossiers importants ». Faites le calcul: chacun, en moyenne, ne pourrait traiter qu’une dizaine de dossiers par an. Conclusion logique de Roire: le contribuable du XVIe peut dormir tranquille, le demi-siècle a de beaux jours devant lui.

Le texte se moque aussi de la hiérarchie des urgences: une commission se réunit (le 12 juillet) pour étudier la « douloureuse question des effectifs ». Il y a pénurie, donc on attend. L’impôt, cette grande vitesse administrative, devient un roman en plusieurs tomes, dont le chapitre “Contrôle” sortira peut-être en édition de luxe, reliée, après la retraite des intéressés.

Les recettes du fisc: l’art d’inspecter sans déranger

L’article est le catalogue d’une fiscalité de salon, élégante, feutrée, presque mondaine. La « grande astuce » consiste à convoquer le contribuable au bureau… et à lui proposer, s’il n’a pas le temps, d’envoyer l’inspecteur chez lui. Visite au domicile comme on fait du tourisme intérieur: jeter un œil aux tableaux, aux meubles anciens “en passant”. On imagine déjà l’inspecteur admirant une commode Louis XV, notant “déficit de sincérité” au crayon, puis acceptant un café avant de repartir, ému par tant de patrimoine.

Autre méthode: la pêche à l’info dans les bistrots et loges de concierge. Et là, Roire glisse une pointe savoureuse: si le contribuable déclare posséder un yacht, l’inspecteur n’a évidemment pas les crédits nécessaires pour aller juger le rafiot sur place. Le contrôle fiscal a donc ses limites géographiques: il s’arrête là où commence le ponton.

Bricolage technocratique et bénédiction centriste

Le papier a aussi un parfum de fin des années 70: celui des fichiers, des microfiches, des “bandes magnétiques”, de la modernité administrative promise par l’informatique. Rue d’Uzès, tout deviendrait enregistré, les banques seraient tenues de montrer des récapitulatifs d’opérations bancaires. “Ce n’est qu’un début”, écrit Roire… avant de rappeler que la fraude fiscale est évaluée à 60 milliards de francs par an. Autrement dit: on s’équipe d’aimants, mais on chasse la baleine avec une épuisette.

Et il y a, au milieu, la touche politique: un député du coin, Georges Mesmin, centriste “giscardien”, se serait fait une réputation de champion porte-bonheur des situations fiscales délicates, sans considération d’opinions politiques. Le paradis fiscal n’est pas un paysage: c’est un réseau. Le Canard ne dit pas seulement “on manque d’inspecteurs”, il suggère qu’on manque surtout de volonté d’aller gratter là où ça brille.

Une justice fiscale à deux vitesses, version 1978 (et durable)

Roire vise juste parce que son sujet dépasse 1978: la “passoire fiscale” n’est pas qu’un trou dans l’organisation, c’est un modèle. Le contribuable ordinaire voit passer la rigueur, les hausses, les contrôles tatillons; le contribuable “important”, lui, traverse la scène en smoking, protégé par la rareté statistique et la politesse institutionnelle. Le dessin de Lap accentue l’idée: panneau “Paradis fiscal parisien, ne pas déranger” dans un nuage d’intouchabilité, repoussant le contrôleur du fisc en petit diable. Tout est là: l’impôt n’est pas absent, il est prié d’attendre au vestiaire.

Au fond, “paradis fiscal en plein Paris” sonne comme une devise: ici, la discrétion n’est pas un service, c’est une politique urbaine. On n’y fraude pas, on y est “bien entouré”. Et quand le fisc annonce qu’il va s’en occuper, Roire traduit: “plus tard”. Autrement dit: à l’horizon du prochain demi-siècle.