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N° 3023 du Canard Enchaîné – 4 Octobre 1978

N° 3023 du Canard Enchaîné – 4 Octobre 1978

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Au temps pour les crosses !

En octobre 1978, le Canard pleure Jean-Paul Ier, « pape surprise » déjà remballé par le destin, et regarde les cardinaux repartir au conclave comme à une révision technique. Gabriel Macé transforme la chapelle Sixtine en usine à fumées (noire, grise, blanche) et les prophéties en accessoires de théâtre. En miroir, le dessin de Lap sacre Raymond Barre « pape de l’économie »: même liturgie, autres dogmes, même promesse de salut… à coups de rigueur. Rome cherche du robuste; Paris l’a déjà en tiare imaginaire.

Couac ! propose ses canards de
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Canard au naturel
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Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

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Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

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Un conclave, deux fumées, et la France qui tousse

Le 4 octobre 1978, Le Canard enchaîné fait ce qu’il sait faire quand l’actualité se met à sonner comme une farce cosmique: il prend l’air très sérieux pour raconter l’absurde. La mort brutale de Jean-Paul Ier (trente-trois jours de règne, record de brièveté et champion toutes catégories du « on n’a pas eu le temps ») déclenche une mécanique qui, vue de loin, ressemble à une procédure spirituelle, et vue de près, à une réunion d’actionnaires sous clé. Gabriel Macé, lui, choisit la loupe satirique: le Vatican comme usine à fumées, les cardinaux comme princes affolés, et l’eschatologie comme service après-vente.

Dans le décor, 1978 est une année à étages. L’Italie pleure Aldo Moro, l’Europe s’enfonce dans la crise économique, et en France Raymond Barre continue d’incarner le sérieux budgétaire au point d’en devenir une silhouette: le technocrate au col amidonné, la calculette en guise de chapelet. Le Canard, forcément, adore les moments où le monde spirituel et le monde comptable se confondent, non pas parce qu’ils se ressemblent, mais parce qu’ils s’observent avec la même grimace: « il faut bien ».

« Au temps pour les crosses »: la comédie des princes pressés

Macé ouvre avec une idée simple, presque tendre: Jean-Paul Ier était « le pape préféré » du Canard. Pas pour ses encycliques (on n’a pas eu le temps), mais pour son sourire, son côté « pape surprise », et cette impression qu’il venait d’introduire un grain de sable humain dans une machine qui, d’ordinaire, graisse le protocole au saint chrême. Et puis, soudain, rideau. La mort par surprise devient la surprise de la mort, et les « papabili » repassent à la caisse, l’air de ceux qui viennent de perdre au loto… alors qu’ils l’organisaient.

Le texte se régale du paradoxe: d’un conclave à l’autre, les mêmes déclarent que c’est le Saint-Esprit qui a soufflé le nom. Et quand l’élu s’effondre un mois plus tard, Dieu-le-Père semble rappeler son choix comme on rappelle un produit défectueux. D’où la panique: la chapelle Sixtine, mal ventilée par la théologie, devient « trop mal hantée ». Les princes de l’Église veulent du robuste. On ne cherche plus seulement un pasteur, on cherche un modèle « longue durée », garanti contre les pannes subites. Cela donne cette phrase-chute que Macé installe comme une banderille: le prochain conclave sera un « conseil de révision ».

Prophéties, devises et autres fumigènes

Comme souvent au Canard, le mystère est moins un voile qu’un rideau de scène: on le tire, on le secoue, on le montre du doigt. Macé convoque donc les prophéties de saint Malachie, les devises latines, les signes lunaires, toute cette plomberie symbolique où l’on peut faire circuler n’importe quelle explication à condition qu’elle sorte en latin. Le jeu est double: moquer le goût du présage et rappeler, en douce, qu’on adore s’y accrocher quand on ne comprend plus grand-chose.

Le Vatican, chez Macé, ressemble à une radio qui grésille: fumata noire, fumata grise, fumata blanche… et le public qui se gargarise de suspense comme d’un feuilleton. Le Canard pointe la dimension « gag » et, en même temps, l’efficacité du dispositif: on tient la foule en haleine avec de la fumée, puis on baptise l’événement « tradition ». Le mystère est rentable, même quand il cafouille.

Le « pape de l’économie »: une tiare pour Raymond Barre

Et au milieu de ce théâtre, voilà le dessin de Lap, « le pape de l’économie », qui transforme Raymond Barre en pontife. L’idée n’est pas seulement de faire rire: c’est une critique en raccourci. Barre, en 1978, est l’homme de la rigueur, des arbitrages, des prix qu’on surveille, des salaires qu’on contraint, des efforts qu’on bénit au nom de la nécessité. Le Canard lui colle une tiare comme on colle une étiquette sur un bocal: dogme. Le dogme n’est pas religieux, il est budgétaire. On ne débat pas, on administr(e). Et si ça fait mal, c’est que vous manquez de foi.

Ce croisement Vatican-Bercy n’est pas un caprice de caricaturiste: c’est une manière de dire que la France vit, elle aussi, dans une liturgie. On y récite des chiffres comme des prières, on y attend des signes (croissance, inflation, chômage), et quand la fumée est grise, on appelle ça « conjoncture ». À Rome, on veut un pape robuste; à Paris, on a déjà le sérieux en soutane imaginaire.

Ce que l’histoire ajoutera au trait d’esprit

Le texte, daté du 4 octobre, se place dans l’entre-deux: Jean-Paul Ier est mort, le conclave à venir plane comme une suite obligée, et le Canard joue à deviner en ricanant. On sait, nous, la suite: le 16 octobre, les cardinaux éliront Jean-Paul II, Karol Wojtyła, Polonais, vraiment robuste, et dont le pontificat va remodeler l’Église et la géopolitique pendant plus de vingt-six ans. Mais l’intérêt du papier de Macé, ce n’est pas la prédiction. C’est l’instant: ce moment où une institution millénaire, prise de vitesse par la mort, se retrouve soudain très humaine, très pressée, très « service minimum », tandis qu’un journal satirique se charge de rappeler que la foi n’empêche pas le bricolage.

Au fond, « au temps pour les crosses », ce n’est pas seulement un bon mot: c’est un constat. Quand les mitres tanguent, on voit mieux les mécanismes. Et quand un Premier ministre devient pape sur un dessin, on comprend que les crosses ne sont pas toujours du même bois, mais qu’elles servent souvent à guider le même troupeau: celui qui n’a pas envie qu’on lui dise trop fort qu’il marche dans la fumée.