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N° 3029 du Canard Enchaîné – 15 Novembre 1978

N° 3029 du Canard Enchaîné – 15 Novembre 1978

19,00 

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La bataille de la Mare

En novembre 1978, Gabriel Macé transforme le Larzac en front de papier: “communiqué du G.Q.G. du Canard”, missiles “photographiques”, boomerangs et Mirage bloqué faute d’ordre. La puissance militaire y devient une comédie de transmissions, pendant que la contestation paysanne s’étend… jusqu’à Bourg-en-Bresse, puis Paris, tant qu’on y est. Entre huissiers, blindés et appel aux casques bleus “FINUL”, la farce révèle une logique d’État qui se prend les pieds dans ses rangers. Dessin de Lap: un canard casqué au clairon.

Couac ! propose ses canards de
3 façons au choix

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Canard au naturel
Canard en chemise

Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

Cette pochette cadeau assure aussi une conservation optimale du journal : un papier au PH neutre limitant la dégradation des vieux journaux sur la durée.

Décliné en 4 pochettes originales (5€)
Pochette offerte pour toutes éditions d’un prix supérieur à 59€
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Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

Plexi transparent (30€) servant de fond, plus discret mais élégant il permet aussi la vision de la dernière page du journal.
Plexi noir (35€) servant de fond, il met en valeur la teinte et le format du journal, s’harmonisant parfaitement avec les encres noires de la page.

Le Larzac en uniforme de parade: quand le Canard joue au G.Q.G.

Il y a, dans ce billet de Gabriel Macé, une joie très spéciale: celle du faux sérieux. Le texte s’habille en “communiqué du G.Q.G. du Canard”, avec son jargon, ses “services”, ses “opérationnels”, ses dates, ses alertes, ses noms de postes de tir… et, sous l’uniforme, il fait exactement l’inverse de ce que ferait un état-major: il avoue la pagaille, moque la logique guerrière et renvoie la puissance à sa plus belle vulnérabilité, celle du ridicule.

Le contexte, en 1978, est brûlant et durable: depuis la décision de 1971 d’étendre le camp militaire du Larzac, l’État s’entête; les paysans, eux, s’obstinent aussi, mais avec une arme qui coûte peu et gêne beaucoup: la durée, la solidarité, l’invention, et ce talent propre aux grandes causes rurales, capables de faire passer un plateau caillouteux pour une capitale morale. Le Canard, lui, choisit son artillerie: l’ironie.

Missiles photographiques et boomerangs: le progrès qui revient au bercail

Le ressort comique principal, c’est la transposition: les “provocations” de “l’armée ennemie” deviennent des bévues d’entraînement. Les missiles sont “photographiques”, donc déjà, la guerre se dégonfle: on ne tue pas, on “prend des vues”. Mais même cette modernité-là, supposée propre et maîtrisée, vire au numéro de cirque: engins “folâtres” qui reviennent “gentiment, tout seuls, à leur base”… ou qui choisissent de s’écraser ailleurs, comme s’ils avaient une opinion sur la géographie. La technique n’est plus une démonstration de puissance: c’est un boomerang.

Et le billet pousse la logique jusqu’au grotesque administratif: un Mirage “prévu” pour aller faire exploser en vol le missile dissident, mais l’avion ne décolle pas, faute d’ordre reçu. Voilà l’État-major réduit au bug de transmission: la grande machine tient au fil. On n’est plus dans la défense nationale; on est dans la paperasse nationale.

“Larzac” extensible: de la mare au pays entier

L’autre réussite, c’est l’exagération géographique, assumée comme une fable: le Larzac “s’étend désormais jusqu’à Bourg-en-Bresse”, et demain, pourquoi pas Paris. C’est la caricature d’une logique d’extension: quand on veut “agrandir” un camp, on finit par agrandir le problème. Le Canard fait mine de prendre au mot l’appétit militaire: vous voulez du terrain? Très bien. Avalez la carte.

Le billet glisse aussi une pointe politique très nette, sans faire de discours: les “populations civiles” seraient mises en danger, loin du “champ de bataille”. Traduction: on justifie au nom de la sécurité ce qui fabrique de l’insécurité. Le Larzac, dans cette satire, devient le miroir où se voit la contradiction officielle.

La FINUL sur le causse et les huissiers de l’armée: la farce du maintien de l’ordre

Macé convoque la FINUL (casques bleus) au Larzac comme on appelle un pompier pour éteindre une bougie: c’est volontairement disproportionné, donc accusateur. Si l’on doit “internationaliser” l’affaire, c’est qu’elle ressemble à un conflit absurde, où l’État joue la force et récolte la contestation.

Et, en contrepoint, il épingle les méthodes: huissiers, notaires, puis blindés pour expulser des paysans. La gradation dit tout: on commence par la procédure, on finit par la tôle. Ici, l’humour ne sucre rien: il pointe le mécanisme, froidement, en le rendant honteux.

Le clairon de Lap: un canard casqué, fanfare d’une drôle de guerre

Le dessin de Lap (le canard casqué sonnant du clairon au Larzac) est l’emblème parfait: une fanfare pour un théâtre où l’on s’obstine à jouer “la guerre” contre des bergers. Le clairon appelle à la bataille; l’adversaire, lui, a surtout des cailloux, des moutons, des pancartes… et une opiniâtreté qui use les ministères plus sûrement qu’une division blindée.

La chute, enfin, retourne la hiérarchie: “Nous vaincrons parce que nous sommes les plus faibles.” C’est la phrase qui résume le Larzac et, au fond, le Canard quand il se met en “G.Q.G.”: l’art de gagner sans chars, en faisant dérailler la solennité.