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N° 3035 du Canard Enchaîné – 27 Décembre 1978

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Christian Chavanon : le dérisoire destin d’un désigné d’office

Fin 1978, Christian Chavanon, nommé vice-président du Conseil d’État, crie aux “allégations mensongères et dérisoires” et menace de poursuivre. Patrice Vautier répond à la façon du Canard: avec des documents, des dates, et l’ironie au scalpel. Journal officiel de 1943, cabinet du garde des Sceaux vichyste Gabolde, “mission indispensable”, puis acrobaties Havas pour faire disparaître une enquête parlementaire… Le refrain “je n’étais au courant de rien” devient un portrait. Et le “symbole” choisi par Giscard, une grimace d’État.

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Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

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Christian Chavanon, ou l’art de plaider « dérisoire » en caractères officiels

En cette fin de décembre 1978, Le Canard enchaîné ressort la loupe et la trempe dans l’acide. Patrice Vautier ne commente pas seulement une nomination: il dissèque un réflexe de régime. Le décor, c’est la France giscardienne, très “modernisation”, très “bonne gouvernance”, très sourire dentifrice… et toujours prompte à confier les clés morales de la maison à quelqu’un dont le passé revient avec le bruit sec d’un tiroir qu’on referme trop vite.

Christian Chavanon vient d’être propulsé vice-président du Conseil d’État, c’est-à-dire au sommet de la juridiction administrative, là où l’État se regarde dans le miroir et prétend y voir une figure irréprochable. Or voilà que le nouveau dignitaire crie à la calomnie, parle “d’allégations mensongères et dérisoires”, menace de “saisir la justice”, et s’indigne que Le Canard ose rappeler… ce que le Journal officiel et l’histoire ont déjà inscrit à l’encre noire.

Un homme « pas au courant »: autobiographie d’un refrain commode

Vautier s’appuie sur une phrase-formule qui, à force d’être répétée, devient un portrait: « Je n’étais au courant de rien ». Dans l’article du 20 décembre, Chavanon la lâche déjà à propos d’affaires très concrètes (RT(L), Havas, scandales de “caisse noire”, football et dessous de table). Le 27 décembre, la ritournelle revient, mais cette fois sur un terrain autrement lourd: 1943, ministère de la Justice de Vichy, cabinet de Maurice Gabolde.

Le procédé du Canard est simple et brutal: on ne se contente pas d’un “je nie”, on va chercher le papier qui nie à votre place. Et ce papier, c’est le Journal officiel qui nomme Chavanon “chargé de mission”. Autrement dit: ce n’est pas une rumeur, c’est une ligne administrative. Difficile de traiter de “dérisoire” un acte imprimé à la typographie de l’État.

« Désigné d’office »: le blanchiment par l’euphémisme

La défense rapportée par Vautier est presque un morceau de comédie: oui, il était là, mais “désigné d’office”; oui, il travaillait avec le ministre, mais pour une “mission de liaison”, “indispensable sur le plan administratif”. Tout le génie de la formule tient dans son parfum de neutralité: liaison, indispensable, administratif. Une petite musique de couloir, propre, bien peignée, qui voudrait couvrir le bruit des serrures.

Le Canard répond en retournant la notion de mission: si mission il y a, de quoi est-elle faite? Vautier rappelle que ce cabinet produisait des textes, et que ces textes servaient les desseins de l’ennemi. La “liaison” devient alors autre chose qu’une navette de dossiers: une caution, une vérification, une signature morale, même quand on se prétend réduit au rôle de tampon. Et la question claque: ces textes “sacrés” étaient-ils, eux aussi, “mensongers et dérisoires”?

Havas: prestidigitation, puis disparition du lapin

L’autre lame du papier, c’est l’habileté en pleine lumière, version années 1970: l’épisode de la publicité clandestine à la télévision, les filiales d’Havas (Conseil, Relations publiques), la commission d’enquête parlementaire, et la pirouette de calendrier qui vide l’enquête de sa substance. Vautier raconte un sport: dès que l’éclairage arrive, on change l’ampoule… et on prétend que la pièce a toujours été sombre.

La manœuvre décrite est d’une élégance glaciale: céder la majorité, vendre des parts, faire passer sous un seuil de capital public, et hop, la compétence de la commission s’évapore. “Bien joué”, écrit Vautier en substance: pas un compliment, une gifle donnée avec des gants blancs. On n’est pas dans l’erreur, on est dans la technique. Le scandale n’est pas un accident, c’est un itinéraire.

La morale en vitrine: Giscard choisit son symbole

Et Vautier termine là où ça fait le plus mal: le symbole. Car vice-président du Conseil d’État, ce n’est pas un poste discret; c’est une figure dépositaire, censée incarner les “vertus civiques” des serviteurs de l’État. Or, si l’homme est réellement ce que le Canard documente, alors la “dérision” n’est pas dans l’article, elle est dans la nomination.

Tout l’humour noir de Vautier tient dans ce renversement: on veut réduire l’accusation à une mesquinerie journalistique, mais ce que le journal pointe, c’est l’État qui se décerne à lui-même un brevet de respectabilité en fermant les yeux sur ce qui dérange. Et quand Chavanon s’apprête à présenter les vœux des corps constitués, l’ironie devient politique: ce n’est plus une affaire de personne, c’est une manière de gouverner l’oubli.

Le Canard n’édulcore pas. Il ne moralise pas en surplomb non plus: il fait ce qu’il sait faire depuis toujours quand l’institution se drape dans une innocence administrative. Il remonte les fils, montre les nœuds, et laisse au lecteur la seule conclusion possible: un “désigné d’office”, à ce niveau-là, ce n’est pas une excuse. C’est un aveu de système.