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N° 3036 du Canard Enchaîné – 3 Janvier 1979

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Comment l’IFOP truque un sondage

3 janvier 1979: Roire et Vadrot sortent les gants en caoutchouc pour manipuler la mare des sondages. «Sonde cloche» rappelle qu’un pourcentage, ça se cuisine: question bien tournée, échantillon bien choisi, titre bien claqué. Vadrot, lui, apporte les pièces à conviction: l’IFOP aurait “corrigé” un sondage sur l’immigration commandé par Stoléru, au point de faire coïncider les chiffres avec «mes estimations», dit son patron Jean-Marc Lech. Bonus: on bricole aussi le nombre d’interviews. Le thermomètre? Parfois, c’est lui qui a de la fièvre.

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Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

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Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

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3 janvier 1979, Roire et Vadrot: quand le «thermomètre» trafique la fièvre

«Sonde cloche» (Claude Roire): les sondeurs, ces horlogers qui règlent l’heure à coups de marteau

Claude Roire ouvre le bal par un rappel utile: un sondage, ça se manipule d’autant mieux que ça se présente comme de la «science». Et, au Canard, la science a parfois le parfum d’une cuisine où l’on ajoute «une pincée de ceci», «un zeste de cela», jusqu’à obtenir le plat souhaité… puis l’étiquette «objectivité». Roire déroule ses exemples comme une liste de petits tours de passe-passe: on change la question, on change l’échantillon, on «corrige» après coup, on choisit le bon moment, la bonne formulation, le bon titre. En clair: la sonde n’est pas seulement dans l’eau, elle est dans la main du pêcheur.

Le papier vise aussi la guerre des chapelles, IFOP, SOFRES, et la concurrence à coups de “révélations” et de communiqués indignés. Roire rappelle que, lors d’élections municipales, SOFRES avait su «vendre» ses résultats à la presse avant même la fin du dépouillement, et qu’on trouve toujours un moyen d’expliquer ensuite que non, non, ce n’était pas faux, c’était «interprété». La morale du coin de page est simple: dans les instituts, «le bon choix» consiste souvent à choisir… le bon client, le bon récit, le bon effet de manche. Et si l’on vous assure que «ça ne veut rien dire», Roire a la formule qui pique où ça démange: ça veut surtout dire quelque chose pour celui qui paye.

«Comment on truque un sondage» (C.-M. Vadrot): l’IFOP «maison de corrections»

Avec Claude-Marie Vadrot, on passe du soupçon général au cas d’école, document à l’appui: l’affaire du sondage commandé en 1977 par le secrétariat d’État de Lionel Stoléru, autour de l’immigration et de la «diminution de la main-d’œuvre étrangère». Le Quotidien de Paris avait déjà éventé le lièvre en octobre 1977, fac-similé de listings à la clé: l’IFOP publie une version «présentable», plus favorable aux options gouvernementales, puis tout le monde reprend, presse, radio, télévision, «tous piégés», comme l’écrit Vadrot.

Le détail fait mal parce qu’il est comptable. Dans les tableaux, on voit des écarts entre la sortie d’ordinateur et la “version remise en forme”: ici, des «favorables» gonflés; là, des réponses «hostiles» rabotées; ailleurs, une question dont le résultat bascule après “retouches”. Vadrot raconte comment, entre «Giscard et les blue-jeans», les pourcentages se promènent, dociles, selon la coupe du moment. Le plus beau, c’est la justification rapportée par Vadrot: le directeur de l’IFOP, Jean-Marc Lech, reconnaît le tort de rendre public un sondage et explique qu’il aurait dû «soit le refaire, soit refuser de le publier», avant d’ajouter, en guise d’ultime rustine, qu’il a fait refaire un listing «qui ressemble beaucoup à mes estimations». Autrement dit: si les chiffres résistent, on les rééduque.

«Les sondés refaits» et «Maths spéciales»: quand on bricole aussi le nombre de sondés

Vadrot enfonce le clou avec deux post-scriptum qui valent leur pesant de dés: on ne trafique pas seulement les réponses, on peut aussi «traficoter sur le nombre de personnes interrogées». L’IFOP vend à Stoléru une enquête de 2 000 personnes, puis demande aux enquêteurs d’en poser «une sur deux», et le listing imprimé par l’ordinateur affiche 794 questionnaires. Et pourtant, miracle de la comptabilité élastique: le document remis au client précise «1 000 interviews». Au fond, la statistique devient un art appliqué: on n’additionne pas, on arrange.

Le plus noir, chez Vadrot, n’est même pas l’astuce: c’est le désabusement final de Jean-Marc Lech, lâchant en substance: «Après tout, qu’est-ce qui est vrai, qu’est-ce qui ne l’est pas?» et l’aveu implicite qui suit: il ne croit pas lui-même à ces sondages. Dans la France de la fin des années 1970, sur fond de crise économique, de débat durci sur l’immigration et de communication gouvernementale à la truelle, le Canard montre comment un outil présenté comme “thermomètre de l’opinion” se transforme en chauffage d’appoint politique. On n’y mesure plus la température: on règle le thermostat.