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N° 3046 du Canard Enchaîné – 14 Mars 1979

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La vieillesse, ce neauphlage

Mars 1979: Bernard Thomas regarde l’Iran de Khomeiny et voit revenir un vieux classique, “le feu de Dieu” en version administration. Sous le “ministère du bien et du mal”, la morale se fait police, le tchador devient consigne, et les “brigades islamiques” courent plus vite que les reculades du Guide. Thomas raille l’inventaire des interdits, mais vise la mécanique: on ne remplace pas une terreur par une autre en espérant y gagner la liberté. Et il salue, surtout, la résistance des Iraniennes “à visage découvert”.

Couac ! propose ses canards de
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Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

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Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

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Cette présentation est déclinée en 2 options :

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14 mars 1979, Bernard Thomas : « La vieillesse, ce neauphlage »

Un saint homme, des pleins pouvoirs… et voilà l’Enfer en kit

Bernard Thomas attaque comme on claque une porte: « Prenez un saint homme. Confiez-lui les pleins pouvoirs: il vous fabriquera de l’Enfer. » À Téhéran, Khomeiny n’est pas seulement revenu d’exil, il revient avec un mode d’emploi. Celui d’un « ministère du bien et du mal » qui ressuscite « l’antique recette du feu de Dieu », très utile pour transformer la foi en matraque et la morale en police.

On est en mars 1979, au lendemain de la révolution iranienne. Le chah est parti, la Savak laisse derrière elle son parfum de caves et de câbles électriques, et beaucoup voudraient croire que la page se tourne. Thomas ne nie pas l’horreur d’hier, mais il refuse la douce amnésie qui vient avec les grands basculements: « comme si les fusillades du moment effaçaient les tortures d’hier ». Traduction canard: changer de bourreaux ne lave pas le sang, ça change juste l’uniforme, parfois la barbe.

La “loi de Dieu” en inventaire, de la trique au tchador

Le texte déroule ensuite la comptabilité grinçante des interdits et des menaces, cette liste qui sent la sacristie armée: « L’adultère: gare à la trique… », « les homosexuels… au poteau », « les poissons sans écailles… », jusqu’au « tchador » devenu obsession textile et drapeau disciplinaire. Chez Thomas, le voile n’est pas une étoffe: c’est un dispositif. « Ça enveloppe les mains. C’est pratique, pour taper à la machine, pour conduire la bagnole, pour emprunter l’avion! » La phrase ricane, mais elle vise juste: sous couvert de pudeur, on fabrique une société où tout doit se cacher, sauf l’autorité.

Et quand Khomeiny « met de l’eau dans son eau », Thomas pose la question que les révolutions détestent: qui tient encore le manche? « Ces tribunaux à la sauvette? Ces lapideurs hystériques? » L’ayatollah recule un peu, mais les « brigades islamiques » avancent, et les « mollahs fadas » ne mollissent pas. Le Canard observe la mécanique: la parole du chef peut temporiser; la foule armée de morale, elle, continue.

Voilées… ou bâillonnées?

La charge devient plus nette quand Thomas regarde les femmes, celles qui refusent de se laisser reclasser en silhouettes. Dans son dessin de Vazquez de Sola, le débat est posé comme un ultimatum: « VOILÉES… OU BÂILLONNÉES? » Et le texte embraye sur le courage des Iraniennes « à visage découvert », contre « la rage fanatique des hommes ». Il ne romantise pas, il parie: si elles tiennent, ce sera « un événement historique », presque une première, une brèche dans « l’obscurantisme ». Mais la menace est là, pesante et très concrète: le fouet, la lapidation, l’humiliation publique, et cette idée que, décidément, la vertu des uns commence souvent par l’effacement des autres.

Thomas ne se contente pas d’accuser “là-bas”. Il plante aussi une épingle dans le confort occidental: les démocraties aiment donner des leçons, mais elles applaudissent parfois des “retours à l’ordre” tant que le pétrole coule et que la répression reste sous-titrée. D’où sa conclusion, presque prière inversée: attention au troc, toujours: « un zeste de paradis » promis contre « un solide rôti temporel ». On connaît la recette, dit-il, et elle laisse un goût de cendre.

Et comme si le monde était un seul couloir de commissariat, il ajoute en P.-S. un rappel d’Uruguay: Roger Gicquel parle des tortures subies par Patrick Oswald. Thomas grince: « pour une fois qu’il fait quelque chose de bien… » Même thème, autre décor: quand la violence d’État s’installe, la morale sert souvent de paravent, et le silence devient complice.