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N° 3066 du Canard Enchaîné – 1 Août 1979

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Les contes du Canard et de la Sécurité sociale

1er août 1979 : André Ribaud raconte un Giscard “Pic de la Mirandole” venu en émission médicale promettre la suppression du 1 % “exceptionnel” de la Sécu. Avant de quitter l’écran, il glisse : « la sébile… pardon, l’urne à la main ». Le lendemain, médias en chœur : France-Soir le “Trousseau”, Le Figaro le “père aimable”, Gicquel et Poivre d’Arvor l’encensent. Ribaud déroule la morale : après l’élection, au premier Conseil des ministres, le 1 % revient, devient “ordinaire et définitif”… et passe à 2 %. La promesse soigne, la facture reste.

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1er août 1979 : Giscard en médecin-chef de la Sécu… et conteur à rebours

Un “Pic de la Mirandole” sur petit écran, en pleine fièvre électorale

André Ribaud prend un événement apparemment anodin et le transforme en fable politique : nous sommes à moins de deux ans de la présidentielle, la campagne “bat déjà son plein”, et le Président sortant s’invite à la télévision dans une émission… médicale. Le décor est idéal : blouse blanche, sérieux scientifique, légitimité sanitaire. Ribaud le souligne d’entrée : les déclarations “non politiques” n’ouvrent pas, selon la loi, de droit de réponse à l’opposition. Donc, en période préélectorale, “il faut savoir ne négliger aucun détail”.

Giscard apparaît ainsi en “nouveau Pic de la Mirandole”, capable de parler de tout, et surtout de parler de la Sécu comme d’un organisme dont il serait à la fois le cardiologue et le banquier. Devant un parterre de médecins, il annonce “une bonne nouvelle” : la suppression, à compter du 1er février, de la contribution “exceptionnelle et temporaire” de 1 % qui s’ajoute à la cotisation maladie. Promesse à la France, promesse à l’écran.

Et Ribaud restitue la scène avec une perfidie délicate : avant de quitter le petit écran, Giscard lance un appel à la générosité, un regard appuyé, et cette phrase qui contient tout le théâtre : « Dans quelques semaines, je passerai parmi vous, la sébile… pardon, l’urne à la main. N’oubliez pas de donner. Soyez généreux. » Il faut être très sûr de son art pour glisser “sé b i l e” et “urne” dans la même respiration. Ribaud se contente de tendre le miroir.

Le chœur médiatique : “Giscard, le père aimable de la Sécurité sociale”

Le lendemain, raconte l’article, les médias reprennent la musique, et l’Élysée, qui “depuis dix-huit mois” a accentué son emprise sur radios et télés, “embouche la trompette en chœur”. Le Canard s’amuse de cette unanimité fabriquée. France-Soir proclame : “Giscard, le Trousseau de la Sécurité sociale”. Le Figaro convoque Maupassant et un conte intitulé “Le Père”, et "Amable" (le journaliste) fait le calembour : “Giscard, c’est le père aimable de la Sécurité sociale”. À TF1, Roger Gicquel, “sobre”, déboutonne son émotion et propose même que l’assujetti, voyant “le trou de la Sécurité sociale”, se sente “comblé” lui aussi. Sur Antenne 2, Poivre d’Arvor, “velouté et néo-romantique”, suggère un “Prix Nobel de la médecine”. On n’est plus dans l’information : on est dans l’encensoir.

Ribaud fait rire, mais il vise juste : la télévision et la presse, au lieu de vérifier, se mettent à célébrer. Elles chantent la suppression du 1 % comme un miracle présidentiel, et la présentent comme un acte de fidélité à ses “engagements”. Le Président devient médecin de garde, et l’électeur devient patient reconnaissant.

Le truc du 1 % : supprimer pour mieux rétablir

Le cœur du papier, c’est la chronologie, et elle est cruelle parce qu’elle est simple. Le 1 % “exceptionnel et temporaire” est censé cesser au 31 janvier 1981, puisqu’il a été instauré pour dix-huit mois à partir du 1er août 1979. L’intérêt national, note Ribaud, exigerait même qu’on ne le supprime pas, tant l’équilibre financier de la Sécu reste fragile. Mais Giscard promet quand même de le supprimer “sans hésitation”. “Heureusement, il n’en est rien”, écrit Ribaud, et la phrase contient toute l’ironie : l’équilibre est maintenu “grâce à l’effort de toutes et de tous pendant ces dix-huit mois” et “grâce à la politique du gouvernement”. Autrement dit : la générosité, c’est le contribuable; la gloire, c’est le chef.

Et puis Ribaud déroule la suite comme un conte moral dont on connaît la chute : “Quelques semaines plus tard, Giscard fut réélu président de la République.” Premier Conseil des ministres : on constate qu’un “nouveau trou béant” s’est subrepticement déclaré à la Sécurité sociale pendant la campagne, et l’on décide le rétablissement de la contribution de 1 %, “à deux nuances près”. D’“exceptionnelle et temporaire”, elle devient “ordinaire et définitive”. Et de 1 %, le taux est porté à 2 %.

Ribaud n’a pas besoin d’ajouter une morale : elle se lit toute seule. On supprime à la télévision, on rétablit en Conseil des ministres. On promet à la sébile, on facture à l’urne.

Le CNPF, les syndicats, et la leçon de Cayrac

Au passage, l’article glisse un élément révélateur : le CNPF, qui avait approuvé en juillet 1979 l’institution du 1 % “exceptionnel et temporaire”, paraît “chagriné” de la suppression de cette charge pesant sur les salariés, car elle s’accompagnait de la suppression d’un précédent “fâcheux”. Et Ribaud cite Cayrac : “Les syndicats parlent toujours des droits acquis… et les devoirs acquis, qu’en fait-on ?” Là encore, le Canard montre la gymnastique : quand la contribution tombe sur les salariés, on parle de devoir; quand elle sert l’élection, on parle de cadeau; quand elle revient, on parle de nécessité.

Une fable sur la communication, pas sur la médecine

Sous son titre en trompe-l’œil (“Les contes du Canard et de la Sécurité sociale”, “Le 27 janvier 1981”), Ribaud écrit surtout sur l’art d’utiliser un plateau télé comme un cabinet de consultation électorale. Le président y entre en blouse d’autorité, en sort en candidat. Et la presse, au lieu de jouer les infirmières sceptiques, joue les choristes. Ribaud, lui, tient le bistouri de la satire : il incise la promesse, et montre le fil qui la recoud, après l’élection, en facture durable.