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N° 3073 du Canard Enchaîné – 19 Septembre 1979

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« L’arrogante » feuille d’impôt de Dassault

Le Canard sort la loupe et la dynamite douce: la feuille d’impôt de Marcel Dassault. « Arrogante », dit la manchette, parce qu’elle exhibe ce que la République cache d’ordinaire: la puissance tranquille des chiffres et l’opacité comme privilège. Claude Angeli remonte la mécanique des revenus, des déductions et des “bonnes œuvres”, en rappelant le précédent Chaban-Delmas et les réflexes d’un État prompt à protéger le secret plutôt que l’égalité. Au bout du papier, ce n’est pas seulement un avionneur qu’on voit, mais un rapport de forces.

Couac ! propose ses canards de
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Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

Cette pochette cadeau assure aussi une conservation optimale du journal : un papier au PH neutre limitant la dégradation des vieux journaux sur la durée.

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Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

Plexi transparent (30€) servant de fond, plus discret mais élégant il permet aussi la vision de la dernière page du journal.
Plexi noir (35€) servant de fond, il met en valeur la teinte et le format du journal, s’harmonisant parfaitement avec les encres noires de la page.

« L’arrogante » feuille d’impôt de Dassault : quand l’argent se croit au-dessus du fisc

Le contribuable modèle… et le modèle de contribuable

Avec Claude Angeli, la feuille d’impôt n’est jamais un papier: c’est une radiographie, et parfois un électrocardiogramme. Ici, le patient s’appelle Marcel Dassault, et le Canard l’annonce en manchette comme on brandit une pièce à conviction: « l’arrogante feuille d’impôt de Dassault ». Arrogante, parce que le document dit tout ce que le discours public tait d’ordinaire: la masse des revenus, la mécanique des déductions, le confort des “rubriques”, et cette impression de puissance tranquille qu’ont les chiffres quand ils se savent protégés par le prestige.

On est à la fin des années 1970: crise économique, inflation, “rigueur” et sermons sur l’effort. Dans ce décor, l’avionneur, industriel et patron de presse, ressemble à une figure de roman national qui se serait mis en tête d’écrire les notes en bas de page. Angeli, lui, fait l’inverse: il remonte des notes au texte principal, et rappelle qu’un grand nom n’est pas un passeport diplomatique auprès du fisc.

Le Canard, ou l’art de transformer un tabou en objet public

La force de l’article tient au geste lui-même. Publier une feuille d’impôt, c’est forcer l’État à regarder ce qu’il préfère laisser dans la pénombre: la fiscalité comme affaire politique, et la transparence comme privilège rare. Angeli rappelle le précédent qui hante l’administration: l’épisode Chaban-Delmas (1972), qui avait déjà déclenché la réaction réflexe du pouvoir, au nom d’une morale officielle très utile: la publicité de l’impôt serait permise… sauf quand elle devient trop instructive.

Le Canard joue sur la corde raide: il publie et commente, mais masque une partie des informations pour éviter le piège juridique. Cette précaution, Angeli la retourne comme un gant: si la loi interdit de dire certaines choses, c’est peut-être qu’elles sont précisément celles qui permettent de comprendre. En clair: on autorise la vitrine, on interdit le ticket de caisse.

Dassault, ses casquettes… et ses abris

Industriel, député, patron de presse: l’addition des pouvoirs

Angeli ne se contente pas du montant: il décrit une configuration. Marcel Dassault n’est pas seulement un riche, il est un riche entouré de leviers. Il y a l’industriel d’armement et d’aéronautique (Mirage, et tout ce que l’État achète, soutient, arbitre), il y a le député, et il y a le patron de presse (Jours de France), c’est-à-dire quelqu’un qui peut fabriquer de l’image, du silence, ou du bruit. Dans ce paysage, la fiscalité n’est plus seulement une ponction: c’est un révélateur d’équilibres entre argent privé et pouvoir public.

Le mot “arrogant” prend alors un sens moins moral que politique: arrogance de position, celle qui permet de traverser les institutions sans jamais paraître vraiment soumis à leurs règles, et de transformer la réussite en évidence naturelle.

Déductions, “bonnes œuvres” et vertu comptable

L’article s’amuse aussi des paravents respectables: les “bonnes œuvres”, les versements, la charité qui adoucit le profil sans changer la structure. Angeli n’attaque pas l’idée de donner; il attaque l’usage social du don, quand il sert de maquillage à une puissance qui, elle, ne se maquille même plus. Le contribuable devient alors un personnage complet: à la fois rentable, philanthrope, patriote, et, surtout, intouchable. Un saint laïc à réaction, canonisé par les contrats publics et les couloirs.

Le Canard, lui, gratte la dorure: pas pour nier la réussite, mais pour rappeler qu’une société tient debout quand les règles s’appliquent aussi aux gens qui possèdent les moyens de les contourner.

Une morale de fin de décennie: l’austérité pour les uns, la pudeur pour les autres

Le scandale n’est pas l’impôt: c’est le secret

Au fond, Angeli déplace le centre de gravité. Le sujet n’est pas “combien” paie Dassault (encore moins l’envie). Le sujet, c’est pourquoi, en République, on sait si peu de choses sur ceux qui pèsent si lourd. L’opacité fiscale devient une protection politique. Et quand un journal force une lucarne, l’État menace d’éteindre la lumière, non pas au nom de la justice, mais au nom de la tranquillité des puissants.

Cette feuille d’impôt, brandie en pleine période de restrictions et de discours moralisateurs, agit comme un miroir mal poli: on y voit moins un homme qu’un système. Et le système, lui, a l’habitude de voyager en première classe.