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N° 3075 du Canard Enchaîné – 3 Octobre 1979

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L’art de gouverner au “petit bonheur”

En une semaine, le Canard attrape Giscard par deux manches. Claude Angeli le suit en “safari” africain : Tchad, Sahara, Zaïre, Gabon, Bangui… des “Jaguars” qui volent, des alliés qu’on échange, des barbouzes et des mercenaires en décor, et David Dacko en “poulain” de l’Élysée. Jeanne Lacane, elle, démonte l’“IVG de VGE” : reconduite, bricolée, sondée, pendant que Junon-la-joie et Debré rejouent la morale. Deux théâtres, un même numéro : gouverner par mise en scène.

Couac ! propose ses canards de
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Canard au naturel
Canard en chemise

Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

Cette pochette cadeau assure aussi une conservation optimale du journal : un papier au PH neutre limitant la dégradation des vieux journaux sur la durée.

Décliné en 4 pochettes originales (5€)
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Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

Plexi transparent (30€) servant de fond, plus discret mais élégant il permet aussi la vision de la dernière page du journal.
Plexi noir (35€) servant de fond, il met en valeur la teinte et le format du journal, s’harmonisant parfaitement avec les encres noires de la page.

Deux affaires, un même régime : l’art de gouverner au “petit bonheur”

L’Afrique en safari, l’Europe en guillotine : le même logiciel

Dans l’article de Claude Angeli, Giscard apparaît tel que le Canard adore le peindre : non pas “chef d’État”, mais chef de battue. Le décor change (Tchad, Sahara occidental, Zaïre, Gabon, Centrafrique), la musique reste : coups de fil de l’Élysée, “Jaguars” qu’on envoie, qu’on retire, qu’on renvoie, alliances improvisées, puis récit héroïque prêt-à-porter. Et au milieu, la petite phrase qui résume tout : on “sauve” un général (Malloum), puis on négocie avec un autre (Goukouni), on mise sur un “rallié” (Hissène Habré), et quand ça casse, on ramasse les morceaux, on replie les paras, fin d’épopée. L’Histoire, version standard, mais vendue comme une aventure.

Angeli insiste sur un point très canardesque : la morale officielle suit l’intérêt comme un chien suit la saucisse. Hier, on entraîne les Marocains et les Mauritaniens contre le Front Polisario ; puis soudain, plus personne ne “tue français” au Sahara occidental, et l’Élysée s’étonne que Hassan II fasse la tête. On ne change pas de principes : on change d’humeur. Et quand l’humeur se dérègle, il faut un comique à Bangui : David Dacko, “nouveau poulain” de l’Élysée, prié d’éteindre l’incendie Bokassa sans faire trop de fumée sur le Mac-Mahon.

L’autre texte, signé Jeanne Lacane, a l’air de parler d’autre chose : l’IVG, la loi Veil, les sondages, les manifs, les “indiscrétions” ministérielles. En réalité, c’est le même logiciel vu côté intérieur : la politique comme réglage de vitrine. On “reconduit” la loi, mais en la bricolant “style VGE” : quelques ajustements, un soupçon de communication, et surtout l’obsession du thermomètre. Lacane se moque d’une modernité qui gouverne par l’échantillon et l’attachée de presse, avec Monique Pelletier comme courroie, des pourcentages comme boussole, et la campagne de 1981 en arrière-plan, déjà en train de pousser ses coudes.

“Giscard casseur d’Afrique” : l’épopée au téléphone, la casse au sol

Angeli fait glisser le lecteur du grand récit (“qualité France”, légionnaires décorés, rubans pour une drôle de gloire) vers la note de frais réelle : des morts, des lycéens parmi les tués, des “tyranneaux” qu’on protège à coups de crédits et d’interventions. Et surtout la mécanique des “amis” : Mobutu, Bongo, les relais, les barbouzes, les mercenaires. Dans la colonne Gabon, le portrait d’Omar Bongo est une carte postale au vitriol : pétrole, uranium, manganèse… et les “Rolls, palais, avions” qui viennent avec, comme si l’Élysée confondait diplomatie et club de vacances. On croise le colonel Martin (ex-OAS) en chef de garde, l’ambassadrice Maureen Delaney qualifiée de “barbouze diplomate”, Bob Denard en ombre portée… et l’idée de fond : on appelle ça “politique africaine” quand c’est propre, “bricolage” quand ça pue, “épopée” quand ça saigne.

Le dessin de Kerleroux enfonce le clou : Dacko, visage de “comique”, reçoit déjà l’injonction implicite. Angeli ne décrit pas une stratégie : il décrit une habitude. Celle d’un pouvoir qui se raconte des fables de grandeur pendant qu’il rafistole des alliances comme des pneus sur l’autoroute.

IVG : le pouvoir du sondage, et l’angoisse d’un pays qui vieillit

Jeanne Lacane, elle, prend le fil inverse : elle part d’une décision gouvernementale annoncée comme “courageuse” et la transforme en numéro de prestidigitation. “L’IVG de VGE”, c’est l’idée que la liberté se gère comme un dossier technique, avec “gadgets” de style et prudence de boutique. Elle aligne les chiffres (460 000 IVG, 39 000 avortements chez les mineures, 67% de femmes favorables au droit de disposer de leur corps), et les fait parler : ce n’est pas un débat “réglé”, c’est un conflit déplacé, recouvert d’un couvercle de communication.

Le meilleur de Lacane, c’est quand elle relie l’IVG à la démographie et à la politique du futur proche : l’Occident qui vieillit, “les vieux gavés sans descendance”, pendant qu’un Debré “souhaite le petit” et que Junon-la-joie, fille-mère devenue “Gégê”, sert de caution morale de circonstance. Derrière la blague, on entend l’inquiétude : un régime qui voudrait à la fois paraître moderne et remettre la main sur les ventres, au nom d’un ordre social qu’il sent glisser.

Un même portrait au vitriol : le pouvoir comme mise en scène

Ce qui relie ces deux pages, c’est la même critique du “présidentiel” façon Giscard : le réel est compliqué, donc on le découpe en images. En Afrique, on fabrique des épopées au téléphone et des “poulains” à Bangui ; à Paris, on fabrique de la “liberté” au sondage et des “ajustements” au Conseil des ministres. Dans les deux cas, le Canard refuse la musique d’ambiance. Il montre le décor derrière le rideau : des morts d’un côté, des corps de l’autre, et la même tentation de gouverner par posture.

Au fond, Angeli et Lacane racontent une Ve République qui se rêve “à l’américaine” (le récit, l’image, le contrôle), mais qui retombe toujours sur son vieux réflexe : l’ordre d’abord, les explications ensuite, et le scrupule quand il reste du temps entre deux “coups de fil”.