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N° 3079 du Canard Enchaîné – 31 Octobre 1979

N° 3079 du Canard Enchaîné – 31 Octobre 1979

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Deux scandales, un réflexe d’État : tirer sur le messager

Dans le Canard du 31 octobre 1979, deux textes se répondent comme deux gifles: l’une est grave, l’autre ironique, et toutes deux visent le même réflexe d’État. « Sur une mort » annonce la disparition de Robert Boulin, déplore, puis se défend: pas de calomnie, des faits, des documents, et une discrétion assumée. En parallèle, Claude Angeli raconte un Giscard furieux qui injurie Jacques Fauvet (Le Monde) au sujet des diamants de Bokassa, tandis que l’Élysée tente de « sauver » l’affaire à coups d’ondes et de démentis.

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Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

Cette pochette cadeau assure aussi une conservation optimale du journal : un papier au PH neutre limitant la dégradation des vieux journaux sur la durée.

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Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

Plexi transparent (30€) servant de fond, plus discret mais élégant il permet aussi la vision de la dernière page du journal.
Plexi noir (35€) servant de fond, il met en valeur la teinte et le format du journal, s’harmonisant parfaitement avec les encres noires de la page.

Le 31 octobre 1979, Le Canard enchaîné juxtapose deux scènes qui, mises bout à bout, font une même musique: quand le pouvoir est touché, il se défend moins en répondant qu’en disqualifiant. D’un côté, un texte de rédaction, « Sur une mort », écrit à chaud après l’annonce de la fin tragique de Robert Boulin. De l’autre, un papier signé Claude Angeli où Valéry Giscard d’Estaing, empêtré dans l’affaire des diamants, s’en prend directement à Le Monde et à son directeur, Jacques Fauvet. Deux registres différents (gravité nue / satire au scalpel), mais un même décor: la panique d’appareil, les « grands moyens officiels » et la tentation de transformer la critique en faute morale.

« Sur une mort » : la mise au point comme bouclier

Le texte est d’abord un acte de deuil: Le Canard dit « déplorer profondément » la mort du ministre du Travail. Mais c’est aussi, et surtout, une contre-offensive contre l’offensive attendue. À « moment de mettre sous presse », on apprend la disparition; immédiatement, le journal note qu’« on ne peut éviter d’établir un lien » entre cette mort et l’affaire immobilière exposée la semaine précédente. Le lien est posé avec prudence (pas de détails, pas d’affirmation sur les circonstances), mais avec une lucidité de rédaction: il suffit parfois d’un article pour qu’on vous fasse porter un cercueil.

Le Canard anticipe le procès en « calomnie » et le mécanisme de diversion: on ressort l’affaire Salengro (1936), le suicide d’un ministre du Front populaire après une campagne de rumeurs. La comparaison, le journal la refuse pour lui-même (« nous n’avons pas à nous défendre contre les accusations de ces prétendus censeurs »), mais il la pointe comme une arme rhétorique déjà sortie du fourreau. Traduction: vous cherchez un précédent noble pour salir un canard, vous allez le trouver dans les archives, même si ça n’explique rien.

Puis vient l’argument central, martelé sans lyrisme: Le Canard affirme s’être « tenu rigoureusement aux faits », avoir publié des documents « sur lesquels la Justice s’appuyait » et rappelle que l’instruction était en cours « depuis quelques mois ». Il insiste aussi sur un point très précis: l’article n’est pas tombé au hasard, il a été publié après une rencontre, « à sa demande », avec Robert Boulin, et l’entretien aurait été « vivement reproché » au ministre le lendemain en Conseil, « par M. Giscard ». Ici, la défense n’est pas une posture de chevalier blanc: c’est une mise en ordre de la chronologie, une façon de dire « nous n’avons pas inventé l’affaire, nous l’avons documentée ».

Enfin, dernier mouvement, presque glaçant: le journal explique avoir préparé des réponses point par point à une mise au point AFP de Boulin, mais choisir de ne pas les publier « étant donné les circonstances et par discrétion ». Cela dit beaucoup sur la rédaction: elle se tient prête au duel, puis remet l’épée au fourreau parce qu’il y a un mort. Et elle conclut par une phrase qui claque comme une formule de métier: pas de faute déontologique, pas d’infraction aux « règles de prudence et d’honnêteté », et le devoir d’informer, encore.

Quand Giscard insulte Le Monde : l’affaire des diamants, version « faux document »

À côté, l’article de Claude Angeli déroule un autre réflexe de pouvoir: non plus l’argumentaire, mais l’intimidation. Le « chef de l’État qui se permet d’injurier le directeur du journal Le Monde »: tout est là. Giscard, d’après le récit, appelle Jacques Fauvet, furieux que Le Monde insiste sur les cadeaux de Bokassa et les archives centrafricaines. À l’Élysée, on parlerait de Président « violent » et « injurieux ». L’insulte comme substitut de réponse, quand la réponse coûterait trop cher.

Puis vient la scène presque burlesque (façon Canard): le 22 octobre, René Journiac reçoit Sylvestre « Bangui », vice-Premier ministre. Devant des journalistes, il lâche cette phrase censée « sauver » la maison: Giscard n’a reçu aucune pierre; les diamants, Bokassa « les gardait pour lui », ne les donnait « jamais aux personnalités ». Et surtout: le document du Canard est un faux, « je l’ai regardé de très près ». Le problème, comme souvent, c’est qu’une phrase pareille n’est pas une preuve, c’est un baptême de l’évidence par l’onde. France-Inter enregistre, le « roman Bangui-Journiac » passe à l’antenne, douze minutes « au total », et l’Élysée se déclare « sauvé ». On ne répond pas: on diffuse.

Mais l’article ne se contente pas de ricaner. Il ajoute une couche plus noire: si le pouvoir s’agite autant, c’est peut-être que les archives existent, que les rencontres s’enchaînent, que des « oreilles » traînent. Et il glisse un nom qui, rétrospectivement, sonne comme un avertisseur d’incendie: Bernard Tapie se rend à Abidjan rencontrer Bokassa; à la question « a-t-il parlé de ses relations avec Giscard et des diamants? », Tapie « refuse de répondre », ce que le Canard présente comme « déjà une forme d’aveu ». Même sans extrapoler, on comprend la mécanique: le scandale ouvre un marché, et certains y vont avec un panier.

La même peur, deux masques: la morale et la colère

Ces deux textes font apparaître le même nerf à vif de la fin des années Giscard: l’autorité présidentielle se veut moderne, élégante, « au-dessus »; mais dès qu’elle est prise à la gorge, elle retombe sur de vieux gestes. D’un côté, on cherche à rendre la presse comptable d’une mort (ou du moins à l’engluer dans la suspicion). De l’autre, on tente de faire passer une révélation pour une « calomnie », un document pour un « faux », et l’on pense qu’un coup de fil injurieux ou une phrase bien placée à la radio suffira à remettre le diamant dans son écrin.

Le Canard, lui, répond avec ses deux armes traditionnelles: la rigueur documentaire (dans « Sur une mort ») et le rire qui montre les dents (dans l’affaire Fauvet). Et au milieu, une leçon de presse qui n’a rien d’abstrait: quand le pouvoir refuse le débat, il lui reste le ton. Quand il perd le ton, il lui reste l’accusation. Quand il n’a plus l’accusation… il lui reste le silence. Et ce silence-là, le Canard s’acharne précisément à le faire parler.