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N° 3081 du Canard Enchaîné – 14 Novembre 1979

N° 3081 du Canard Enchaîné – 14 Novembre 1979

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Quand la “dignité” sert de rideau de scène

En novembre 1979, après la mort de Robert Boulin et en pleine fièvre des scandales, le pouvoir sort l’encensoir : “dignité”, “réserve”, “silence”. Gabriel Macé transforme l’Élysée en chaire et Matignon en sacristie : Pierre Hunt prêche, Raymond Barre bénit (“Il n’y a pas d’affaire Boulin”), et Giscard distribue les indulgences. Dans la foulée, Macé invente le remède miracle : un “superministère de la Décence nationale”, chargé de couvrir les faits d’un voile pudique et de remplacer les réponses par des dénégations. Satire noire, précision blanche.

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Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

Cette pochette cadeau assure aussi une conservation optimale du journal : un papier au PH neutre limitant la dégradation des vieux journaux sur la durée.

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Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

Plexi transparent (30€) servant de fond, plus discret mais élégant il permet aussi la vision de la dernière page du journal.
Plexi noir (35€) servant de fond, il met en valeur la teinte et le format du journal, s’harmonisant parfaitement avec les encres noires de la page.

Quand la “dignité” sert de rideau de scène

Le 14 novembre 1979, Gabriel Macé met en vitrine un nouvel article de foi gouvernemental, fraîchement imprimé à l’encre de la panique : après la mort de Robert Boulin, après les documents, après les questions, après les “diamants”, voici venu le temps des grands mots. Et, dans la bouche du pouvoir, les grands mots ont une utilité pratique : ils font barrage aux petites phrases… et surtout aux petites preuves.

Dans Le Sermon sur la Montagne… d’Auvergne, Macé joue à fond l’homélie : Giscard, “descendant” de Rochefort-Montagne, prêche à ses disciples la règle d’or des fins de règne qui toussent : “laissons les morts enterrer les morts” et, surtout, que “chacun des acteurs de la vie publique” donne “sans tarder” son “indispensable dignité” au débat démocratique. Traduction canardienne : soyez dignes, c’est-à-dire taisants. Le débat, oui. Le bruit, non. Le silence, impératif.

Le procédé est simple, presque liturgique. On sacralise l’injonction, on la pare de vertu civique, et l’on transforme le questionnement en inconvenance. Ce n’est plus “qu’a fait-on ?”, c’est “comment osez-vous ?”. Les demandes d’explication deviennent des écarts de conduite. Au passage, le pouvoir se fait protecteur de la République… contre les citoyens qui s’en mêlent.

Le porte-parole en évangéliste et l’ombre des “Judas”

Dans ce théâtre, Pierre Hunt, porte-parole de l’Élysée, est le diacre chargé de l’annonce : rapporter au peuple la parole “inspirée” sortie du Conseil des ministres du 7 novembre. Macé s’amuse à faire sonner le vocabulaire de l’exemplarité comme une cloche fêlée. La “dignité” ne descend pas sur la France, elle tombe du pupitre, avec consigne et menace : “malheur à celui qui enfreindrait la consigne”.

Et Macé pose la question qui pique : comment Le Canard a-t-il su “dans le détail” ce qui s’était passé au Conseil du 24 octobre, quand Giscard avait “sermonné” Boulin ? Qui parle ? Qui fuit ? Qui “indigne” ? En mettant côte à côte le discours officiel et la mécanique des confidences, le texte vise le nerf de l’affaire : l’État réclame la réserve et vit de fuites; il condamne les indiscrétions et les utilise; il brandit la morale et s’empresse de l’instrumentaliser.

Le passage le plus grinçant, c’est la canonisation express de Raymond Barre : “bon apôtre”, “saint Matthieu” ou “saint Luc”, venu apporter “la bonne nouvelle” à l’Assemblée. Et cette bonne nouvelle tient en une formule-bâillon : “Il n’y a pas d’affaire Boulin”. La phrase est d’autant plus comique qu’elle se veut définitive, performative, magique : on la prononce, et hop, l’affaire se dissout. D’où la photo-slogan (et la légende qui assassine) : l’ombrelle de la communication au-dessus d’un déni.

Macé élargit ensuite le champ : l’indulgence demandée “pour ceux qui ont à conduire les affaires de leur pays”, ce n’est pas seulement l’excuse du moment, c’est le mode d’emploi. Indulgence plénière, surtout “pour Celui” qui doit conduire sa propre “affaire des diamants”. Et la pique finale, façon épingle à cravate plantée dans l’hostie : quand Giscard était ministre des Finances, “Valy” aurait été surnommé “Judas Giscariotte”. Le blasphème est calculé : si l’on veut jouer au sacré, Le Canard sait jouer au sacrilège.

Un “superministère” pour mettre le pays sous couvercle

Le second papier, Un superministère de la Décence nationale, pousse la logique jusqu’à l’absurde, donc jusqu’au vrai. Puisque le pouvoir adore les mots qui sentent le savon (“décence”, “dignité”, “image de marque”), Macé lui offre un outil sur mesure : un ministère chargé de jeter un voile pudique sur tout ce qui éclabousse.

On y retrouve la grande peur de 1979 : non pas l’événement, mais la “trace” qu’il laisse, le récit qu’il produit, l’onde qu’il propage. Dans cette vision, l’information n’est plus un fait à établir, c’est une tache à recouvrir. Le “superministère” aurait donc pour mission de traiter les scandales comme des éclaboussures : non pas enquêter, mais essuyer; non pas répondre, mais “communiquer” que la question est indécente.

Macé est particulièrement juste quand il invente les slogans : “Se taire, c’est servir”, “Taisez-vous, méfiez-vous, certains journalistes vous écoutent.” Là, on n’est plus dans la satire décorative : on est dans l’oreille interne d’un régime nerveux, qui confond stabilité et mutisme. Dans la foulée, la liste des dénégations “en vrac” fait mouche, parce qu’elle résume une méthode : à force de répéter “il n’y a pas”, on espère finir par faire disparaître “il y a”. “Il n’y a pas d’affaire Boulin”, “pas d’affaire de Broglie”, “pas d’affaire des diamants de Bokassa”, “pas d’affaire de vol des dossiers”, “pas de chômeurs”… Le déni devient une politique publique, avec tampon, parapheur, et sourire d’apparat.

La décence comme police du langage

Ce que Macé vise, au fond, c’est une police nouvelle, plus souple que les matraques : celle des mots. La “décence” n’est pas ici une morale, c’est un dispositif. Elle sert à fixer la frontière entre le dicible et l’interdit, à faire passer la curiosité pour une faute de goût, et la critique pour un manque d’éducation. En clair : la décence comme ordre public.

Et c’est là que les deux textes se répondent parfaitement. Le “sermon” donne la tonalité : dignité, silence, réserve. Le “superministère” fournit l’outil : une administration entière dédiée à l’enterrement non des morts, mais des questions. Macé laisse entendre que la “France gouvernée par des petits saints” n’a rien de mystique : c’est une France gouvernée par des petites phrases, des consignes, des rideaux.

On sort de ces deux pages avec une impression nette : l’État giscardien, en 1979, ne veut pas seulement gagner une bataille médiatique; il veut changer la définition même de la légitimité. La vérité devient une affaire de ton, la preuve une affaire de “manières”, et l’indignation un crime de lèse-image. À quoi Le Canard répond par son arme habituelle : le rire, oui, mais un rire qui pointe, qui nomme, qui rappelle que l’“indispensable dignité” commence peut-être par une chose impolie : répondre.