N° 3084 du Canard Enchaîné – 5 Décembre 1979
N° 3084 du Canard Enchaîné – 5 Décembre 1979
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Aux anglais la « dame de fer »… à nous l’homme de pierres
Le 5 décembre 1979, Le Canard enchaîné refuse de se laisser endormir par l’entretien télévisé de Giscard. André Ribaud démonte le “mépris” présidentiel, les phrases qui esquivent, les réponses qui n’en sont pas, et réclame une enquête qui ne soit pas une séance de prestidigitation. En pages 2 et 3, « La Mare aux Diams » aligne les preuves et les questions restées dans l’angle mort: diamants, douane, archives, Boulin, Peyrefitte. Et pendant qu’on prêche les musées, des caisses, elles, voyagent: « Silence, on roule ».
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Le 5 décembre 1979 : le scandale en kit, le mépris en prime
Le Canard l’écrit d’entrée: l’entretien télévisé du 27 novembre est arrivé trop tard pour être “commenté” dans le numéro… mais pas pour être disséqué. Le billet « À mercredi prochain » rappelle la règle du journal (paraître le mercredi, pas au rythme des opérations de sauvetage élyséennes), et annonce la suite: quand Giscard parle à son heure, le Canard écrit à la sienne.
« Ne méprise pas qui veut » : l’art présidentiel de répondre sans répondre
Dans « Ne méprise pas qui veut », André Ribaud part du spectacle lui-même: un chef de l’État venu “faire le coup du mépris” à la télévision, mais qui, dans l’affaire des diamants, n’impressionne personne… parce que les faits, eux, ne tremblent pas. Ribaud pointe le détail qui tue: au moment où l’on attend une phrase nette, une clarification, une reconnaissance, Giscard produit surtout une gymnastique verbale. La formule “clé”, citée et raillée, ressemble à une pirouette grammaticale, plus commode pour sortir d’un embarras que pour éclairer un pays.
Et surtout, Ribaud remet la charge au bon endroit: le problème n’est pas seulement de style, il est de fonction. Un président “qui se respecte” devrait se tenir plus haut que le flou, plus droit que les demi-mots. Or, au lieu d’éclairer, l’Élysée semble miser sur l’usure, sur la fatigue civique, sur le “circulez, il n’y a rien à comprendre”. D’où l’idée martelée: une commission d’enquête parlementaire n’est pas un caprice d’opposition, mais une question d’hygiène démocratique.
La « Mare aux Diams » : inventaire d’une générosité à trous
La page 2 et la page 3 font ce que le Canard sait faire: transformer un scandale en dossier, et un dossier en miroir grossissant.
D’abord, un principe: si Giscard affirme que “de nombreux cadeaux” ont été donnés à des musées, encore faut-il que ce “nombreux” ressemble à autre chose qu’à un conte de veillée. Claude-Marie Vadrot s’appuie sur la “Revue du Louvre et des musées de France” pour recenser… quatorze cadeaux. Quatorze, pas “des caisses”. Et surtout: pas l’ombre d’un diamant. Conclusion volontairement brutale: le Président a menti devant les caméras, et l’offense n’est pas seulement faite aux téléspectateurs, mais à l’idée même de responsabilité publique.
Ensuite, l’affaire se déplace du discours à la logistique, du verbe au déménagement. « Gros comme un camion » raconte, très concrètement, comment des caisses de cadeaux auraient été récupérées au domicile privé de Giscard (11, rue de Bénouville) pour être entreposées dans les caves de l’Élysée, puis comment une autre opération de transfert se serait faite depuis le château d’Authon, cette fois par hélicoptère du GLAM. D’un côté, le pouvoir explique qu’il a “conservé” ou “donné”; de l’autre, on voit surtout qu’il transporte, qu’il range, qu’il met à l’abri. Le dessin de la camionnette (“Silence on roule”) résume l’époque: on déplace les objets comme on déplace les questions.
Questions esquivées, questions alignées
La petite liste « Les questions auxquelles Giscard a échappé » joue le rôle du clou sous la semelle: elle ne plaide pas, elle énumère. A-t-il reçu des diamants de Bokassa, oui ou non? Combien? Déclarés à la douane? Devenus quoi? Conservés où? Qui, côté français, a participé au transfert d’archives entre le palais de Bokassa et un terrain proche de l’ambassade? Pourquoi Alain Peyrefitte, cité dans la lettre posthume de Robert Boulin, n’a-t-il pas été entendu? Pourquoi l’absence aux obsèques de Boulin? Le Canard fait de l’omission une matière première: puisqu’on ne répond pas, on affiche la liste, et qu’on ose dire ensuite que “tout a été dit”.
La charité comme paravent, l’Élysée comme coffre
Jean-Claude Morel, avec « Giscard s’était délesté d’un peu d’or », raconte la version “œuvres de bienfaisance” et l’envers du décor: les Missions africaines, le père Duffès, l’irruption d’un émissaire, les bijoux (colliers, bagues, etc.), la panique, la tentation de solder, et la lettre de remerciement déjà partie vers l’Élysée. L’article ne discute pas la charité: il discute son usage politique. Quand l’aumône arrive “onze jours avant” le numéro télévisé, elle ressemble moins à un élan qu’à une précaution. Le don devient un décor de théâtre: on prépare le salut, on dispose les accessoires, on espère que le public applaudira la morale plutôt que d’examiner la caisse.
Au total, ce 5 décembre 1979 ressemble à un manuel de survie de crise: 1) parler tard, 2) parler flou, 3) déplacer les objets, 4) invoquer les musées, 5) brandir la bienfaisance, 6) espérer que le pays se lassera. Sauf que Le Canard fait précisément l’inverse: il empêche la lassitude de faire office de jugement.





