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N° 3086 du Canard Enchaîné – 19 Décembre 1979

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Giscard avoue mais calomnie « Le Canard »

19 décembre 1979 : l’Élysée convoque neuf journalistes pour “tourner la page” des diamants de Bokassa. Claude Angeli raconte l’instant où Valéry Giscard d’Estaing concède enfin, du bout des lèvres, puis se rattrape à pleine voix : il avoue… et accuse Le Canard. Pas de magnétos, pas de notes, beaucoup de posture, un soupçon de panique. Le porte-parole Pierre Hunt tente même de prouver que “le bon peuple” s’en moque, chiffres de vente à l’appui… qui démontrent le contraire. Aveu à la petite cuillère, calomnie au grand micro.

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Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

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Quand l’aveu se met en smoking, et la calomnie en cravate

Le 19 décembre 1979, Claude Angeli raconte une scène de théâtre à huis clos qui sent la moquette épaisse et la sueur froide : neuf journalistes réunis à l’Élysée, et Valéry Giscard d’Estaing sommé de répondre à la question devenue nationale depuis octobre, celle qui cliquette comme un bracelet : les diamants de Bokassa. Le titre résume le numéro d’équilibriste : « Giscard avoue mais calomnie “Le Canard” ». Autrement dit : oui, mais non. Oui, j’ai reçu; non, ce n’était rien; et si vous insistez, c’est que vous êtes indignes.

Angeli montre un Président obligé de faire ce qu’il déteste le plus: descendre de son piédestal pour entrer, même brièvement, dans le monde des faits. Et comme ce monde est glissant, il commence par tenter de le graisser.

Un “aveu” à la petite cuillère

Le cœur du papier tient dans une mécanique très simple, presque scolaire, mais redoutable quand elle est répétée par le pouvoir : concéder l’évidence (on ne peut plus nier), puis réduire la portée (ce n’est rien), puis noyer la question (c’est une campagne), puis changer de cible (c’est Le Canard qui “calomnie”). L’aveu, ici, n’est pas une confession, c’est une ration. Angeli insiste sur ce ton “explicite” qui ressemble moins à une transparence qu’à une distribution de sucre: “plusieurs journalistes le considèreront même comme un aveu”, écrit-il, tant l’Élysée s’était jusque-là accroché aux démentis, aux conditionnels et aux variantes.

Le plus parlant, c’est l’effort pour transformer un cadeau politique embarrassant en banalité protocolaire : Giscard explique qu’il a reçu de Bokassa des “mêmes cadeaux” que ceux remis traditionnellement à d’autres chefs d’État. Donc circulez : une plaquette, c’est du folklore. Les pierres, elles, ne sont plus des preuves, elles deviennent des prétextes.

Neuf journalistes, et un dixième invité surprise : la panique

Angeli liste les convives de cette “réunion de presse” minutée. Peu importe, au fond, qu’ils viennent du Figaro, de France-Soir, de France-Inter, du Monde ou d’ailleurs : la photo de famille médiatique sert de décor. L’Élysée veut montrer qu’il “écoute”, qu’il “répond”, qu’il maîtrise. Sauf qu’Angeli, lui, décrit plutôt un casting de contrôle : on choisit les invités, on encadre, on temporise, et on espère que la parole présidentielle, comme un parfum cher, couvre l’odeur de l’affaire.

Et là, la satire se glisse dans les détails. Le papier évoque ces “aveux les moins doux” : pas de stylos sur la table, pas de magnétophone, pas de prise de notes, et cette règle implicite du genre d’audience où “tout est confidentiel”. Les “conditions” de la discussion sont déjà un commentaire : si l’on voulait vraiment éclairer, on allumerait. Ici, on tamise.

Le “faux-col” : posture morale et phrases qui serrent

Angeli pointe un Giscard en représentation, tentant une reprise de contrôle par la dignité, cette armure préférée quand les faits mordent. C’est là que le dessin de Guiraud, fait merveille : il attrape le Président au moment où il voudrait être à la fois offensé et au-dessus de tout, comme si la saleté venait de la question, pas de l’objet. Angeli résume bien l’effet : Giscard “calomnie publiquement” Le Canard, puis ajoute qu’il “n’a pas l’intention de s’y prêter”… tout en s’y prêtant précisément, puisqu’il consacre une réunion entière à “l’affaire des diamants” et à ceux qui la racontent.

Le passage est savoureux (et inquiétant) parce qu’il révèle une vieille tentation de la Ve : transformer une enquête en offense, puis l’offense en problème d’État. Et, de là, rappeler à tout le monde la hiérarchie des voix : la parole du Président d’abord, les faits ensuite, si vraiment il reste du temps.

“Un mauvais compteur à l’Élysée” : quand la meilleure riposte, c’est le kiosque

Au milieu du dispositif, Angeli glisse une flèche très Mare aux Canards : Pierre Hunt, porte-parole de l’Élysée, ferait mine de croire que l’affaire “n’intéresse guère le bon peuple”. Et pour preuve, il brandit des chiffres de vente… qui racontent exactement l’inverse. À force de vouloir minimiser, l’Élysée se retrouve à faire la réclame, comme un commerçant qui insulte son client tout en lui vantant la vitrine.

C’est l’un des paradoxes les plus cruels du feuilleton : plus le pouvoir serre le couvercle, plus la vapeur siffle, plus Le Canard vend. À ce stade, la “calomnie” la plus efficace n’est pas celle qu’on profère, c’est celle qu’on révèle malgré soi : l’obsession. Si l’Élysée comptabilise, c’est qu’il tremble.

Diamants “classés”, questions non classées

Autre nœud du papier : la tentative de “classer” l’affaire, au sens administratif et presque policier. Angeli raconte comment, une fois encore, Giscard se met à corriger ses propres versions, à encadrer ce qui est recevable: certains cadeaux seraient partis vers des musées, d’autres vers des “œuvres”, le tout rangé dans l’armoire à bonnes intentions. Sauf que le problème n’est pas l’étagère, c’est l’origine, la nature, et le moment. Une pierre n’a pas besoin de laisser une trace pour peser : elle suffit à montrer une proximité.

Le texte laisse aussi percer l’irritation présidentielle contre ce qu’il ne contrôle pas : les “faux documents”, les “souvenirs” qui circulent, les témoins, les récits. Angeli, lui, ne se contente pas de répéter; il montre le régime de défense : démentir, puis attaquer, puis “attendre que ça passe”, en espérant que Noël, ses guirlandes et ses “Joyeux Noël” dessinés, recouvrent la caisse à scandale.

La vraie morale de la scène : le pouvoir voudrait choisir la question

Ce que capte Angeli, c’est moins un moment de vérité qu’un moment de méthode. Giscard n’est pas seulement accusé d’avoir reçu : il est pris en défaut de cohérence, de clarté, et surtout d’attitude. Il voudrait qu’on le juge à sa posture, quand l’opinion le juge à son esquive. Et il voudrait que la presse se contente du récit qu’il autorise, quand Le Canard s’acharne précisément à publier ce qui échappe à l’autorisation.

Au final, la réunion de l’Élysée ressemble à un aveu à reculons : on reconnaît l’existence des cadeaux, mais on refuse d’en accepter les conséquences politiques. On prononce “diamants” comme on tient une pincette. Et l’on traite ceux qui interrogent comme des gêneurs, alors que le gêneur principal, dans cette histoire, c’est la réalité.