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N° 3093 du Canard Enchaîné – 6 Février 1980

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19,00 

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Devinez qui écoute ?

En une du 6 février 1980, Roger Fressoz raconte comment, sous Giscard, les écoutes “supprimées” continuent de tourner… quand il s’agit du Canard. Un collaborateur, Georges Gherra, est perquisitionné à l’aube puis mis sous écoute vingt jours sur décision du juge Emile Cabié, après l’arrestation de Dominique Marie, porteur de photocopies de feuilles d’impôt. Réquisitions aux Télécoms, magnétophone au bureau, police sur place: la grosse machine pour un soupçon qui s’effondre. Et au final, une facture de 1 020 francs: “payer pour être écouté”, tout un programme.

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Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

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Le “Canard” est-il trafiquant de drogue ou attente-t-il à la Sûreté de l’État ?

Roger Fressoz attaque comme on allume la lumière dans une pièce où l’on chuchote: si l’État a sorti la grosse artillerie contre Le Canard, c’est qu’il ne sait plus très bien s’il lutte contre un journal… ou contre la tentation de tout contrôler. Le titre est une fausse alternative, et justement pour ça il est cruel: à entendre certains réflexes de la maison police-justice, publier une feuille d’impôt ou déranger un ministre, c’est déjà frayer avec “la drogue” ou “la Sûreté de l’État”. Bref, le journalisme devient un crime de grande voirie, catégorie “grand banditisme”, au même rayon que les stupéfiants.

1974: Giscard, Chirac, Poniatowski et la “belle cérémonie” des écoutes

Fressoz rembobine à la date fondatrice: le 15 mai 1974, Giscard élu. Le 28, au premier conseil des ministres suivant son arrivée à l’Élysée, il “ordonne la suppression des écoutes téléphoniques”. Deux jours plus tard, le 30, “sur son ordre”, Chirac et Poniatowski vont au centre d’exploitation des écoutes d’Île-de-France, dans une aile de l’hôtel des Invalides, “inspecter les lieux” et procéder à “l’autodafé symbolique” de quelques archives. L’image est parfaite: on brûle quelques papiers pour prouver qu’on ne brûlera plus personne.

Et voilà que “cette belle cérémonie terminée”, Poniatowski annonce (déclaration “confirmée par chacun des ministres de l’Intérieur et de la Justice” depuis six ans) que les écoutes, désormais, c’est fini. À l’avenir, elles ne seront admises que “par dérogation”, sur requête et sous contrôle d’un juge d’instruction, dans des conditions “très précises” et “très étroites”: défense du territoire, sécurité intérieure, prévention ou répression du crime… “par exemple lorsqu’il s’agit de la drogue”.

Le décor est posé: un régime qui se vante d’avoir refermé la boîte, mais qui garde la clé dans la poche.

La devinette téléphonée: pourquoi Giscard fait-il écouter le Canard ?

Fressoz pose alors la question qui tue, “naïve” en apparence: dans lequel de ces trois cas de “grande criminalité” ranger la publication par Le Canard de la feuille d’impôt de Giscard (juin 1979) et de celle de Dassault (septembre 1979) ? Pour répondre, il raconte comment le journal, par son avocat (Roland Dumas) et Claude Angeli, finit par apprendre ce qui se trame dans “l’affaire Dominique Marie”.

Le cœur de l’article est là: le juge d’instruction Emile Cabié a fait placer sous écoute pendant vingt jours un collaborateur du Canard, Georges Gherra, journaliste retraité, membre de la presse judiciaire, “pigiste occasionnel” au journal. Pourquoi Gherra ? Parce qu’il est allé dans sa circonscription consulter les chiffres d’imposition d’un “contribuable important”. La visite a-t-elle été “signalée” ? On le devine. Le 10 octobre, Dominique Marie, ancien vacataire des Finances, est arrêté avec des photocopies de feuilles d’impôt de plusieurs personnalités. Et hop: on peut “faire germer l’idée” que Gherra est “en cheville” avec Marie.

Fressoz force le trait, mais sans inventer: pour mériter le traitement réservé, il faut donc être suspect de trafic de stupéfiants… ou avoir consulté une feuille d’impôt.

Perquisition à l’aube, magnétophone au bureau: la grosse machine pour une petite hypothèse

Dès lors, “les grands moyens sont mis en œuvre” et “ça ne traîne pas”. Réquisition judiciaire au directeur des Télécommunications (boulevard de Vaugirard), branchement assuré par le centre téléphonique Alésia à Montrouge, équipe de police menée par l’inspecteur principal Pierre Arlaud. Le magnétophone d’enregistrement est installé “dans le bureau même du chef de centre”. Et du 26 octobre au 14 novembre, “chaque jour”, policiers et techniciens viennent procéder aux écoutes et contrôles.

Le comique ici tient à l’ampleur. On déplace des hommes, des câbles, des machines, des budgets, des heures. Tout ça pour quoi ? Pour une piste qui s’effondre.

“Soupçonné à tort”: et pourtant écouté

Fressoz note que Gherra est réveillé à 6 h 30, perquisitionné, voiture fouillée, bureau au Palais de Justice perquisitionné “contre toutes les règles en usage”. Puis l’enquête s’avère vaine: le 15 novembre, les écoutes cessent. Le 19, les Télécommunications d’Île-de-France envoient la facture à la Justice: 1 020 francs. “Payez pour être écouté, c’est un des bonheurs du jour”, ironise Fressoz, “sous ce régime qui a supprimé les écoutes”.

Le plus grave n’est pas seulement d’avoir été suspecté. C’est d’avoir été écouté sans raison solide, et que cela reste, au minimum, une tentation administrative à répéter.

Quand l’écoute n’écoute rien: “deux conversations sans intérêt”… au dossier

Le papier ajoute un détail très révélateur: le juge n’a pas eu l’idée, dans l’affaire, de placer sous écoute “les policiers suspects” qui, eux, avaient des charges “bien réelles”. “Un oubli sûrement.” Mais pour Gherra, il n’oublie pas: il aurait même ordonné de verser au dossier “l’enregistrement de deux conversations sans intérêt”, “rapport lointain” avec l’affaire. L’un des documents relatant un entretien entre le journaliste et Roland Dumas aurait dû être écarté “comme couvert par le secret professionnel”, celui de l’avocat. Mais il est là, quand même. “Voilà quel bon marché on en fait.” Et Fressoz pose, sans lourdeur, la question du but: intoxication ? intimidation ? avertissement “aux informateurs trop curieux” ?

La logique qu’il suggère est celle d’un pouvoir qui ne cherche pas seulement une preuve, mais un frisson dissuasif.

Dominique Marie, l’informateur introuvable, et “l’affaire signalée”

Au centre, Dominique Marie. On veut prouver qu’il est “notre informateur”, “notre voyeur”. Il est arrêté, deux équipes de policiers viennent perquisitionner son domicile, et “entre ces deux visites” survient “une autre”, mystérieuse: des “cambrioleurs”. “Bizarre, bizarre.” Et, dans le dossier, manque la fameuse lettre envoyée le 21 décembre par Giscard à son garde des Sceaux Alain Peyrefitte, le lendemain de l’inculpation rendue publique. Fressoz cite l’idée: veiller à ce qu’aucun argument ne soit tiré “par le parquet” contre les prévenus du fait de la publication ou détention des documents fiscaux. Mais apparemment, Peyrefitte ne l’a pas transmise au procureur ni au juge. Peut-être s’est-il rendu compte de “l’énormité juridique” de l’intervention cavalière.

L’article installe ainsi une impression: des trous, des silences, des pièces qui disparaissent, des perquisitions qui se multiplient. Et, derrière, l’idée que l’affaire intéresse “particulièrement” le gouvernement. “Et vous imaginez lequel…”

La leçon giscardienne: surveiller le Canard plutôt que les combines

Fressoz conclut par une scène quasi burlesque: le 30 janvier, Angeli et lui rencontrent Dominique Marie (gardé en préventive depuis quatre mois “spécialement” pour cette rencontre). Ils ne le reconnaissent pas. “Puisqu’on ne nous connaissait pas.” Le juge Cabié leur explique aussi que, selon les experts, une liste dactylographiée trouvée sur Marie aurait été tapée sur une machine du Canard. Les experts sont formidables, “toutes les affaires judiciaires le prouvent”. Et dans l’affaire des “micros du Canard”, ils avaient déjà trouvé dans les locaux “une installation clandestine” destinée à recevoir les micros… sans pouvoir prouver que le journal les avait reçus. D’où la demande du journal: une contre-expertise.

La dernière phrase, elle, résume l’esprit: “Notre histoire n’est-elle pas palpitante comme un roman vraiment policier et édifiante comme une leçon de morale vraiment giscardienne ?” Morale: quand un pouvoir se dit vertueux, il commence parfois par écouter ceux qui le dérangent. Et quand il dit qu’il a supprimé les écoutes… il les facture.