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N° 3101 du Canard Enchaîné – 2 Avril 1980

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Affaire de Broglie : Deux rapports “oubliés”, un mobile qui revient

Dans le Canard du 2 avril 1980, l’affaire de Broglie, officiellement close, se rouvre par la force des papiers: deux rapports que les chefs de la police auraient cachés au juge. Dès le 1er avril 1976, la PJ sait qu’une opération de faux bons du Trésor se prépare et qu’un “homme politique” doit être “abattu”. Le 24 septembre, les identités apparaissent: Jean de Broglie, Pierre de Varga, Patrick Allenet de Ribemont. Plusieurs services (RG, antigang, IGS) étaient au courant, et Poniatowski plane sur l’agenda du 8 décembre 1976. Conclusion du Canard: difficile de se débarrasser de certains cadavres.

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Un prince flingué à découvert…

Le Canard du 2 avril 1980 ressort un cadavre du placard, mais pas n’importe lequel: celui de l’instruction “officiellement close” de l’affaire de Broglie, avec ses trous, ses silences et ses “oublis” qui sentent le commissariat plus que le hasard. Sous la manchette, le journal annonce la couleur: “Affaire de Broglie: deux rapports que les chefs de la police ont cachés au juge.” Le titre, lui, fait claquer la conclusion avant même la démonstration: “Un prince flingué à découvert…” L’expression dit tout, et en deux temps. “À découvert” comme on tire sur un homme qu’on a laissé sans protection, mais aussi comme un compte bancaire: sans couverture, sans alibi, sans fonds de vérité.

Le papier rappelle le point de départ: trois mois, jour pour jour, avant l’assassinat du prince Jean de Broglie, le directeur de la police judiciaire, Jean Ducret, reçoit un rapport “fort précis”. Une équipe de truands envisage d’abattre le prince-député giscardien. Le 24 décembre 1976, “c’était chose faite” dans les intentions. Et ce n’est pas tout: les chefs de quatre services de police, la 10e brigade territoriale, les Renseignements généraux, la brigade antigang et l’IGS (la “police des polices”) savaient eux aussi que de Broglie était menacé. Or, dit le Canard, le dossier d’instruction a été clos “sans que les mobiles du meurtre aient été vraiment élucidés”. Et ces deux documents, “curieusement oubliés” dans le dossier, réapparaissent. Résultat: “Une seule issue, maintenant: rouvrir l’instruction.” Et la phrase finale, très Canard, tombe comme un clou dans le cercueil: “Il est décidément difficile de se débarrasser de certains cadavres.”

Deux rapports, deux dates, une mécanique: le faux bon du Trésor et “l’homme politique à abattre”

Le journal publie le contenu des deux rapports qui auraient dû, normalement, éclairer l’instruction.

Le premier est daté du 1er avril 1976. Les inspecteurs de la 10e brigade territoriale rédigent, pour le commissaire Claude Sirugue et pour Jean Ducret, un rapport de deux feuillets. Ils y signalent qu’un “faux bon du Trésor”, d’une valeur unitaire de 10 000 francs, est en cours d’impression “dans le midi de la France”. Ces faux bons doivent être mis en circulation dans “diverses banques de Paris et de sa banlieue”. Et parmi les instigateurs de l’opération figurent “un gros bonnet” et “un avocat exerçant au barreau de Paris”.

Le second rapport, du 24 septembre 1976, est “beaucoup plus précis”. L’opération “faux bons du Trésor” n’a pas encore démarré, semble-t-il parce que les bons ne sont pas conformes à l’original. Mais les inspecteurs ajoutent qu’ils ont pu savoir que les “commanditaires” sont “deux hommes de grand renom”: l’un “propriétaire de grands restaurants parisiens”, l’autre exerçant “une activité politique”. Et surtout, la conclusion donne froid: “à la suite d’une indélicatesse commise par l’homme politique lors d’une affaire précédente portant sur plusieurs millions, ce dernier devrait être abattu par des hommes de main dans les jours prochains, certainement avant l’opération bons du Trésor”. Le Canard conclut: “On ne saurait être plus clair.”

Le texte fait entendre, en creux, l’enchaînement: faux bons, gros bonnets, avocat, restaurants, politique, et une menace d’assassinat comme variable d’ajustement. L’argent, la peur, et le règlement de compte en costume.

Identités: De Broglie, De Varga, Allenet de Ribemont

À ce rapport, explique le Canard, est jointe une note où figurent les identités:

Jean de Broglie, “l’homme politique” à abattre;
Pierre de Varga, “propriétaire de grands restaurants” (aujourd’hui inculpé);
Patrick Allenet de Ribemont, ami de De Varga, qui après plusieurs mois de prison a fini par bénéficier d’un non-lieu.

Le papier rappelle aussi qu’un autre service, la brigade antigang, reçoit le 22 septembre 1976 un “tuyau” de l’office des stupéfiants: Bernard André préparerait un “gros coup”. Le commissaire Marcel Leclerc lance une filature. Et la filature, dit le Canard, ne lâche pratiquement pas Bernard André d’une semelle. En suivant ses relations, les policiers repèrent plusieurs personnages qui seront arrêtés après le meurtre de de Broglie. Ces filatures-là, précise-t-il, ont été consignées dans un rapport qui, lui, figure dans le dossier d’instruction, et dont le Canard a déjà publié l’essentiel le 20 avril 1977.

Ce rappel sert un objectif clair: montrer que la police savait, suivait, consignait… mais que les pièces les plus explosives ont “brillé par leur absence” dans le dossier officiel.

“Prémonitions”: Ponia, RG et services au courant… il ne manquait que les papiers

Le Canard insère un encadré “Prémonitions” qui renvoie à ce qu’il écrivait déjà: un proche de Michel Poniatowski connaissait les “curieuses relations” entre le député giscardien Jean de Broglie et les deux escrocs De Varga et Allenet de Ribemont. Et “plusieurs hauts responsables des Renseignements généraux” apprenaient, au même moment, qu’un mauvais coup se préparait contre le prince. Deux services de police auraient même rédigé plusieurs rapports sur cette “joyeuse équipe”. “Il ne manquait plus que les documents…” Or les documents, précisément, “avaient été cachés au juge”.

À ce stade, l’article ne cherche pas l’effet de suspense. Il cherche l’évidence: si tout le monde sait, comment le juge ne saurait-il pas? Et si le juge ne sait pas, qui a choisi qu’il ne saurait pas?

Le rendez-vous du 8 décembre: Ponia, un secrétariat, et “l’autre prince”

La suite du papier, dans les colonnes plus basses, ajoute une scène quasi policière: le 8 décembre 1976, jour où Jean de Broglie a rendez-vous pour son propre agenda, le dossier mentionnerait que “l’autre prince”, c’est Michel Poniatowski. Devant le juge, la secrétaire personnelle de de Broglie précise que le député giscardien connaissait Ponia et avait rendez-vous ce jour-là. Mais interrogé par Poniatowski pour savoir si ce rendez-vous a bien eu lieu, Ponia répond qu’il “n’a rien à dire”.

On comprend le sous-texte: dans une affaire qui touche un député giscardien, la proximité de Poniatowski (ministre de l’Intérieur quelques années plus tôt, figure centrale du giscardisme) n’est pas un détail. Et si le dossier est clos sans mobiles élucidés, ces rapports refont surface comme une épingle dans la veste.

Pourquoi maintenant: “dossier clos”, affaire enterrée… puis documents “oubliés”

Le Canard insiste sur le timing: “il y a trois semaines”, le dossier d’instruction a été clos, les giscardiens, “en particulier le prince Ponia”, croyaient sans doute l’affaire définitivement enterrée. Et voilà que deux rapports, oubliés de transmettre à la justice, réapparaissent. Le journal suggère l’ironie du sort: on peut manier les classeurs, on peut jouer du calendrier, mais il y a des papiers qui remontent à la surface, comme les bulles d’une nappe d’huile. Et quand ils remontent, ils forcent la main: rouvrir l’instruction.

L’humour du Canard, ici, n’est pas une plaisanterie. C’est une manière de dire: la vérité n’est pas toujours une révélation spectaculaire; parfois, c’est un document banal qu’on a “oublié”, et cet oubli-là fait plus de bruit qu’un aveu.