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N° 3108 du Canard Enchaîné – 21 Mai 1980

N° 3108 du Canard Enchaîné – 21 Mai 1980

19,00 

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Vérole politique, consensus… et coup de trique

À la une du 21 mai 1980, Gabriel Macé raille l’obsession sécuritaire du pouvoir: pendant que Giscard “décrispe” le monde, la France attrape “la Grande Vérole”. Christian Bonnet explique que des chefs d’État étrangers ne veulent pas que leurs étudiants “attrapent la vérole politique” en France; Macé réplique en citant Senghor et Houphouët-Boigny, et en rappelant qui “vient manger notre pain”. En page 8, la contagion gagne la magistrature: le projet “Liberté et sécurité” de Peyrefitte braque barreau et syndicats, tandis que Pierre Arpaillange le désavoue. Kerleroux le dessine: “Le consensus existe, je l’ai rencontré: contre mon projet.”

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Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

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Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

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Cette présentation est déclinée en 2 options :

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Le temps de la Grande Vérole

Gabriel Macé a l’art des métaphores qui grattent. En une du Canard du 21 mai 1980, il baptise “Grande Vérole” ce qu’un ministre et un président voudraient faire passer pour une simple poussée de fièvre: l’agitation étudiante, la contestation des lois, la politisation des campus… bref, tout ce qui échappe au contrôle quand on s’obstine à gouverner en gants blancs. La “vérole”, ici, n’est pas une maladie, c’est un mot d’ordre moqueur: dès que la rue parle, le pouvoir y voit une infection. Et Macé pousse la caricature jusqu’à la farce médicale, pour montrer la panique morale sous les discours d’ordre.

Giscard “Décrispation” : cavaler seul à l’étranger, laisser la France au gouvernement Barre

Le papier commence par une comparaison familiale: si le jeune Louis-Joachim (le fils cadet) a son “crack” de course, “Première Gloire”, papa Valéry a son cheval de bataille: “Décrispation”. Giscard-le-Mondialiste aurait décidé, “en cavalier seul”, de décrisper la situation internationale: Kaboul, les Jeux olympiques (Moscou), les otages américains de Téhéran, le Proche-Orient, l’Afrique… “La détente, c’est lui.” Même Varsovie, où “son pas en avant” aurait été “plutôt un pas de clerc”, ne le décourage pas.

Mais l’inconvénient, dit Macé, c’est qu’accaparé par la décrispation extérieure, le Président n’a “pas le temps” de décrisper “à l’intérieur de l’Hexagone”. Il a laissé ça au gouvernement Barre. Résultat: “le bordel, le grand bordel”. Et la chute est d’une crudité volontaire: “En qu’attrape-t-on, hélas, dans un bordel? la vérole.” Voilà la logique du papier: l’État prétend soigner le monde, mais laisse pourrir le pays; puis s’étonne d’y voir pousser des boutons.

Bonnet et la loi “Imbert-Bonnet”: la “vérole politique” comme épouvantail

Macé vise ensuite Christian Bonnet, “le nabot de l’Intérieur” (formule brutale, très 1980). Bonnet dénonce l’“agitationnite” dans les facultés et, au sujet de la loi “Imbert-Bonnet” sur les étudiants étrangers, précise: “Beaucoup de chefs d’État étrangers souhaitent que leurs étudiants ne viennent pas attraper la vérole politique en France.” Macé saisit la phrase comme une preuve: le pouvoir parle de politique comme d’un germe, et des étudiants comme d’un bétail qu’il faudrait vacciner.

Et il pose la question, perfide et concrète: quels chefs d’État étrangers? “Léopold Senghor, Houphouët-Boigny, par exemple”, “qui sont eux-mêmes venus manger notre pain”, comme les employés du nettoyage du métro, les éboueurs, les manœuvres de la voirie. Macé retourne l’argument: on agite la peur de la contamination, mais on profite très bien du travail de ceux qu’on désigne du doigt, et de la présence de ceux dont on se réclame quand ça arrange la “francophonie” et la photo de sommet.

Jussieu, les campus… et la contagion qui déborde sur les robes noires

En page 8, la “vérole” se propage dans le récit: il est “évident” que les propos de Bonnet-d’âne, joints à l’intervention musclée des flics sur les campus, ont “beaucoup fait pour décrisper la situation” dans les facs… ironie pure: il a réussi à braquer tout le monde, de l’UNEF au SGEN-CFDT, jusqu’aux Étudiants-Libéraux (giscardiens), bref tous ceux qui ne sont pas des “autonomes” casseurs. La “vérole” de la contestation devient alors, sous la plume de Macé, un phénomène politique normal: quand on cogne, on fédère.

Et surtout, la contagion ne reste pas à Jussieu. Macé cite Peyrefitte, “spécialiste du ‘Mal français’ ”, qui, avec son projet “Liberté et sécurité”, a fichu la vérole “à la quasi-totalité de la magistrature”: syndicats, barreau, organisations “modérées” (Ordre des avocats de Paris, Fédération de l’Union des jeunes avocats, prudente U.S.M.). Le portrait de Peyrefitte par Kerleroux, mélancolique et sec, coiffé d’une phrase-bulle (“Le consensus existe, je l’ai rencontré: contre mon projet”), résume l’instant: quand tout le monde dit non, le ministre appelle ça un malentendu.

Arpaillange tronqué: Peyrefitte qui “triche” avec les morts

Macé ajoute un épisode savoureux et sale: Peyrefitte tente de se justifier en citant, dans une interview au Nouvel Obs (19-5), un passage du fameux rapport Arpaillange, “auquel se réfèrent si volontiers à gauche”. Mais la citation est “si bien tronquée” que Pierre Arpaillange lui répond, dans Le Monde, par un soufflet: il n’a “jamais rien dit” ni “rien écrit” qui puisse ressembler “de près ou de loin” aux réformes proposées. Et il réclame qu’on cesse “d’abuser de mon nom” pour justifier les projets actuels qui, après le “libéralisme à coups de poing” ou la “légitime défense permanente”, ne peuvent que réduire la “sécurité” et profaner la “liberté”.

Le Canard adore ce genre de scène: un ministre brandit une autorité morale; l’autorité morale lui retire l’affiche des mains.

“La vérole politique tue” : de Broglie, Boulin, Fontanet… et la phrase de Giscard

Macé termine en rappelant que la “vérole politique” n’est pas une plaisanterie: “il arrive qu’elle tue: de Broglie, Boulin, Fontanet, le jeune Alain Begrand…” Et il épingle une phrase de Giscard (Le Point, 19 mai): “Je trouve les parlotes autour d’un mort bien indécentes.” Macé conclut, d’un trait: “Il ne parlait pas de De Broglie, il parlait de Tito.” Sous-entendu: l’indécence, pour le pouvoir, c’est le bruit autour des morts qui dérangent; les morts lointains, eux, permettent des postures sans risque.

Au fond, “Le temps de la Grande Vérole” n’est pas seulement une moquerie sur un vocabulaire de ministre. C’est une critique du réflexe d’État: pathologiser la contestation, médicaliser la politique, et s’étonner ensuite que le corps social réagisse. La vérole, chez Macé, c’est le nom qu’il donne au mépris, quand il s’habille en hygiène publique.