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N° 3113 du Canard Enchaîné – 25 Juin 1980

N° 3113 du Canard Enchaîné – 25 Juin 1980

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Venise 1980: le sommet en carte postale

Dans le Canard du 25 juin 1980, André Ribaud raconte le G7 de Venise en “gondoles et girandoles” et eaux “sales” de lagune. L’évacuation soviétique d’Afghanistan devient un numéro de “Giscarderies”: à Varsovie, Giscard dit à Brejnev “Préparez-moi un plan”, Brejnev répond “Bien”, puis s’excuse “Où avais-je la tête?” et Venise sert d’estrade à la “modestie charmante” du Président. Ribaud doute: retrait partiel ou faux-semblant? Au final, beaucoup de sourires, peu de contenu, et une carte postale diplomatique au clair de lune.

Couac ! propose ses canards de
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Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

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Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

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Plexi noir (35€) servant de fond, il met en valeur la teinte et le format du journal, s’harmonisant parfaitement avec les encres noires de la page.

À Venise : Giscarderies et girandoles…

André Ribaud installe son décor dès le premier souffle: Venise, ses gondoles, ses girandoles… et ses eaux “aussi limpides que les eaux sales de la célèbre lagune”. Tout est dit: le sommet est un bal masqué où l’on patauge dans les formules. L’événement, c’est le G7 de Venise (juin 1980), avec en toile de fond l’Afghanistan occupé par l’URSS depuis décembre 1979, la guerre froide qui reprend des couleurs, et l’Occident qui cherche une posture commune. Dans cette scène, Ribaud peint Giscard en maître de cérémonie très satisfait de lui-même, persuadé d’avoir fait plier Brejnev à coups de “parlez sec” et de diplomatie à la française. Le titre, “Giscarderies”, annonce un numéro de prestidigitation: de grands effets, une modeste réalité, et beaucoup de rubans.

Le “succès” le plus confus: Brejnev invité surprise et évacuation fantasmagorique

Ribaud commence par la version “selon les uns”: ce sommet serait un succès pour Brejnev, “l’invité surprise”, qui s’annonce “sans être invité” dans la cité des doges “à la tête d’une division et de 103 chars en instance de départ de Kaboul”. L’image est volontairement grotesque: une armée surgit dans un sommet comme on débarque dans un salon. Et l’évacuation, “un peu fantasmagorique”, jette “la confusion et l’émoi”. Rien n’est clair, rien n’est propre, mais l’annonce suffit à produire du récit.

Et puis vient la version “selon les autres”, celle des trompettes françaises: “Dites plutôt que c’est un triomphe pour Giscard”, ont “trompetté à tous vents télés et radios françaises”. Ribaud imite ce ronflement médiatique comme on imite une fanfare de mairie: on joue très fort pour que personne n’entende le détail.

La diplomatie en trois temps: “Préparez-moi donc un plan…”

Le cœur du papier est un petit scénario en trois actes, une “sagace” démonstration de l’art giscardien de s’attribuer les événements.

Premier temps: Varsovie. Giscard va voir Brejnev, lui parle “sec” et lui dit: “Préparez-moi donc un plan d’évacuation de vos envahisseurs en Afghanistan.” “Bien”, répond Brejnev. Ribaud force le trait: Brejnev répond comme un élève au tableau, et Giscard comme un professeur de maintien.

Deuxième temps: juste avant Venise. Giscard fait rappeler Brejnev à l’ordre: “Alors, ce plan? J’ai failli attendre.” Brejnev s’excuse: “Où avais-je la tête?” Et il communique aussitôt à Giscard les détails de la première phase du plan. Là encore, Ribaud joue l’absurde: le patron rappelle, l’autre s’excuse, et tout s’exécute.

Troisième temps: à Venise. “Avec une discrétion exemplaire et une modestie charmante”, Giscard apprend aux autres la bonne nouvelle, leur expliquant que “tout était en germe depuis Varsovie” où il avait eu “décidément raison d’aller”. Le miracle, c’est l’appropriation: au moment où une annonce soviétique surgit, Giscard la transforme en produit dérivé de son voyage. Ribaud conclut ironiquement: “Miracle et merveille de la diplomatie giscardienne”, devant laquelle Carter et les autres “tutti quanti” ne seraient que “petits garçons” et “toi Thatcher, pauvre femme”. Et la dernière phrase caresse le sceptique dans le sens du poil: “Tout doux, tout doux, rectifient les vilains sceptiques.” La consigne générale, c’est le murmure: admirez, ne discutez pas.

Le retour du boomerang, des sceptiques et des “popofs”

Le Canard se fait son propre contrepoint. Ribaud note que Brejnev a, “c’est vrai”, eu une bonne manière pour Giscard: “si poli, si compréhensif, si arrangeant surtout en période préélectorale”. Tout est là: la politesse internationale comme service rendu au président en campagne.

Ribaud moque aussi la prudence: l’évacuation “partielle” n’est pas une évacuation, plutôt un “faux semblant”, un prélude possible à des “mesures de réoccupation”. Et il raille la logique des chiffres: “les 10 000 ‘popofs’” (les soldats) sortis par la porte “rentreront-ils par la fenêtre?” La question fait rire parce qu’elle pointe le cœur du malentendu: une annonce ne fait pas une politique, et une première phase ne fait pas un retrait.

Il glisse au passage le soupçon: certains au RPR vont jusqu’à se demander si Giscard n’a pas joué “de compère” dans une opération soviétique “d’intoxication”. Et là, Ribaud laisse traîner une ombre comique et sinistre: “Boufre! la DST va sûrement enquêter, et peut-être la Cour de Sûreté de l’État instrumenter.” Le Canard sait très bien de quoi il parle: quand on manque de résultats, on fabrique des procès d’intention.

Venise, ou l’art de parler de tout et de rien

Au final, Ribaud peint un sommet où l’on parle “de tout et de rien”, et plus souvent “de rien que de tout”. Pas un mot, insiste-t-il, sur un plan de réorganisation du système monétaire international que Giscard s’était promis de présenter et d’imposer. Pas un mot du Moyen-Orient, “selon le même Giscard”, relevé de la “haute urgence”. “Camouflage et bricolage” seraient les deux maîtres mots du sommet.

Et pourtant, “tout le monde s’est déclaré content de tout le monde”, “enchanté, ravi”. On se félicite, on s’embrasse presque. Ribaud cite même le folklore: “La dame de fer” fait rougir Schmidt sous ses éloges; Giscard raccompagne “Maggie” à pied, “au clair de lune”, dans la nuit vénitienne. L’histoire se termine en carte postale, exactement ce que le Canard déteste: un sommet qui produit des images plutôt que des décisions.

Le dessin de Lap: l’évacuation en cercueil

Le gag de Lap est noir et net: devant l’avion, à “Kaboul Airport”, un officier salue solennellement un cercueil. L’“évacuation” qu’on vend en communiqué se traduit ici en un seul colis, parfaitement “conforme”, qu’on peut charger sans débat. Le Canard laisse ainsi entendre que les retraits annoncés, les phases, les plans, les chiffres, tout ce théâtre diplomatique, ont un dessous constant: la guerre continue à produire des morts, et ce sont eux qui, au final, voyagent le plus sûrement.