N° 3289 du Canard Enchaîné – 9 Novembre 1983
19,00 €
En stock
May, on t’aime
May Picqueray vient de mourir. Elle fut longtemps notre « correctrice ». Elle ne « rectifiait » que nos fautes d’orthographe et nos erreurs de ponctuation. Mais elle n’a jamais donné de leçon à personne. Nous l’avons regardée vivre. Et nous lui devons, peut-être, ce que nous avons de meilleur.
Jamais je ne l’ai vue bien peignée que les jours de manifestation. Elle allait chez le coiffeur avant d’affronter tous les risques. C’était sa seule coquetterie.
Le jour où son médecin, ses enfants, ses amis lui « interdirent », à la suite d’un de ses infarctus à répétition, de participer à quelque « manif » que ce soit, elle feignit de se soumettre, mais se hâta de leur désobéir dès qu’ils eurent le dos tourné.
Changer le monde, c’était sa seule drogue. Elle était « réfractaire » de naissance et continua de l’être jusqu’à son dernier jour. Réfractaire à l’injustice, au mensonge, à la connerie. Et à la guerre, cette connerie suprême.
Elle était haute « comme trois pommes et quart », écrit Bernard Thomas dans la préface à son autobiographie, « May la réfractaire » (Julliard), et pourtant elle n’y allait pas par quatre chemins. Déposer une grenade habillée en flacon de parfum à l’ambassade des États-Unis pour rappeler aux Américains l’existence de Sacco et Vanzetti, ou insulter Trotski pour faire sortir deux amis du goulag, c’était la même démarche.
On l’a toujours trouvée partout où il y avait des opprimés, passant par-dessus les portillons et sous les barbelés, subissant des mois de prison sans broncher, et recueillant les exilés d’où qu’ils viennent.
May, on t’aime.
May, plus que jamais.
Couac ! propose ses canards de 3 façons au choix
En stock