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N° 880 du Canard Enchaîné – 10 Mai 1933

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Les Souvenirs de 1914 devront être revus et corrigés

Le 10 mai 1933, Drégerin s’insurge dans Le Canard enchaîné contre la censure d’un tableau de mutilé exposé au Salon des Beaux-Arts : “Les Souvenirs de 1914” d’André Chapuy. Scandale ! Montrer un poilu sans jambes, c’est offenser la patrie. Drégerin s’en amuse pour mieux dénoncer l’hypocrisie d’une France qui veut des héros propres et muets. Quinze ans après l’armistice, le culte du “poilu modèle” remplace la vérité du sang et de la boue. Une satire mordante sur la mémoire manipulée et le retour insidieux du chauvinisme.

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Les poilus de 1914 sous la censure : quand Drégerin démonte le “patriotisme d’exposition”

Le 10 mai 1933, Le Canard enchaîné publie un article d’une ironie implacable signé Drégerin : « Les Souvenirs de 1914 devront être revus et corrigés ». Ce titre, faussement administratif, sonne comme une injonction : il faut “corriger” la mémoire de la Grande Guerre, c’est-à-dire l’adapter à la morale nationaliste du moment.

Drégerin, plume affûtée et satiriste d’instinct, y dénonce un scandale survenu au Salon de la Société nationale des Beaux-Arts : un peintre, André Chapuy, a eu l’audace d’exposer un tableau représentant un mutilé de guerre, amputé des deux jambes, intitulé Souvenirs de 1914. Tollé immédiat. Les “patriotes dignes de ce nom” crient à la profanation. Montrer un soldat est acceptable — à condition qu’il ait conservé toutes ses jambes, son moral et sa moustache bien taillée.


Le scandale du poilu sans jambes

La France de 1933, que Drégerin épingle sans ménagement, vit encore dans la mythologie héroïque de 1914-1918. Quinze ans après l’armistice, l’ombre de la guerre reste partout, mais on préfère les légendes aux cicatrices.

« Un Vainqueur cul-de-jatte ? Fi donc, madame ! Il n’y a, pour imaginer pareilles horreurs, que les anarchistes, les objecteurs de conscience, les pacifistes bêlants et, pour tout dire, les agents de l’Allemagne. »

La formule claque comme une gifle. Tout est dit du climat politique de 1933 : la guerre n’est plus un souvenir, c’est un instrument de propagande. Ceux qui en rappellent la réalité — la boue, les blessures, les mutilés — sont immédiatement soupçonnés de défaitisme, voire de trahison.

La dénonciation de Drégerin fait mouche. En quelques paragraphes, il expose le mécanisme hypocrite d’une mémoire sous contrôle : la censure n’est plus militaire, elle est sociale. Les poilus glorifiés des discours officiels doivent rester propres, disciplinés, et surtout heureux de l’être.


Le poilu modèle selon le régime

Avec une ironie tranchante, Drégerin dresse le portrait du “poilu idéal” selon la morale bourgeoise et patriotarde :

« Le Poilu de la dernière guerre a le teint rose et frais, la moustache gauloise et les cheveux coupés à l’ordonnance. Il boutonne coquettement sa capote à droite du 1er au 15 de chaque mois, et à gauche du 15 au 30. »

L’humour absurde souligne la folie bureaucratique du conformisme. Ce “poilu réglementaire”, obsédé par la propreté de sa tenue, ne souffre ni faim, ni froid, ni doutes. Il fume la pipe avec sérénité, chante des couplets héroïques et se tient prêt à “refaire 14” sur ordre du commandement.

Drégerin brocarde ainsi toute une culture officielle qui, au lieu d’honorer les anciens combattants, les fige en icônes creuses. Dans le contexte de 1933, où les ligues d’extrême droite multiplient les défilés militaristes, cette satire vise juste : la guerre sert de ciment à un nationalisme de façade.


Peindre la vérité : un acte subversif

Le tableau d’André Chapuy, montrant un mutilé, n’est pas seulement une œuvre de compassion : il est un geste politique. Et c’est précisément ce qui effraie. Pour Drégerin, la réaction scandalisée du Salon révèle le danger d’un art qui oserait rappeler les coûts humains du patriotisme.

Le Canard s’en empare comme d’un symbole : peindre un soldat amputé, en 1933, c’est refuser de participer à la mise en scène mensongère d’une France “invincible”. La République préfère les images édifiantes : un poilu riant dans sa tranchée, un drapeau au vent, une coupe de vin à la main. Le dessin qui accompagne l’article (un soldat jovial brandissant sa gamelle et sa bouteille) accentue encore le contraste entre le mythe et la chair mutilée.


La satire contre la “mystique de 14”

Drégerin, par son ironie, s’inscrit dans la tradition antimilitariste du Canard enchaîné : celle inaugurée dès 1916 par la dénonciation du bourrage de crâne. En 1933, cette posture reprend tout son sens. La France, en crise politique et économique, tente de se rassurer en exhumant ses gloires passées.

Mais le journaliste renverse la rhétorique patriotique :

« Le Poilu de la dernière guerre [...] rapporte en permission un soupçon de ventre qui fait l’admiration des civils. [...] Il ne souhaite qu’une chose : c’est que la guerre dure le plus longtemps possible. »

Le sarcasme est violent : la guerre, vidée de sa tragédie, devient un folklore. Ce “poilu de vitrine” n’a plus rien d’humain — c’est un pantin au service d’une idéologie.


1933 : entre mémoire et militarisation

Cet article paraît dans un contexte lourd : en Allemagne, Hitler vient de brûler le Reichstag et d’interdire les syndicats ; en France, les ligues factieuses — Croix-de-Feu, Jeunesses patriotes — réclament un pouvoir fort. Les appels au patriotisme se multiplient, et les journaux réactionnaires accusent Le Canard de “saper le moral national”.

C’est donc avec une audace particulière que Drégerin s’en prend à la mythologie guerrière. Il rappelle que la vraie menace ne vient pas des pacifistes ou des peintres, mais des falsificateurs de mémoire.

Sous couvert de plaisanterie, il lance un avertissement : une nation qui interdit de représenter ses mutilés prépare sans le savoir la prochaine guerre.