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Les plumes du Canard

Georges Altman , dit Citoyen Cane

1901 - 1960

Sa participation au Volatile : 1947 à 1950

Georges Altman 

vu par Cabrol

A Bâton rompu, par Henri Monier, 1954

Georges Altman (1901-1960), dit « Citoyen Cane » au Canard enchaîné

Un Parisien d’origine russe, formé aux lettres et à la politique

Né le 21 mai 1901 à Paris (14e), Georges Altman grandit dans une famille venue de Russie aux alentours de 1900. Son père, Josué Altman, médecin, meurt alors que Georges n’a que cinq ans. Élève à Paris, il passe par le lycée Louis-le-Grand puis poursuit à la Sorbonne (licence ès lettres, diplôme d’études supérieures). Très tôt, la politique et la presse l’aimantent : en 1919, il fréquente les Étudiants socialistes révolutionnaires, pépinière d’une génération qui cherche, après la guerre, des issues à la vieille mécanique parlementaire.

Les années d’extrême-gauche : L’Humanité, la littérature, le cinéma

Attiré par le communisme naissant, Altman entre en 1922 à L’Humanité comme reporter. Il collabore aussi aux Cahiers du bolchévisme. À partir de 1927, il prend en charge la rubrique de « Vie littéraire » et y livre des chroniques nourries, témoignant d’une culture solide et d’un goût certain pour la critique. Il est également candidat communiste aux législatives de 1928 (Manche, circonscription de Saint-Lô).
Mais l’orthodoxie partisane finit par le rattraper : en 1929, il est licencié du quotidien pour désaccord avec la ligne du Parti, épisode qui marque une première rupture entre la discipline politique et la liberté de plume.

Passionné de cinéma, Altman publie en 1931 un ouvrage sur le cinéma soviétique (Le Cinéma russe) et un recueil d’articles sur le septième art. Cette veine de critique et d’analyse, à la fois populaire et exigeante, n’est pas un simple à-côté : elle dessine un tempérament de journaliste qui veut comprendre les images autant que les discours.

Monde, La Lumière, puis Le Progrès de Lyon : le journaliste se place au carrefour des années noires

Après L’Humanité, Altman devient l’un des artisans de l’hebdomadaire Monde animé par Henri Barbusse, et collabore à La Lumière de Georges Boris. En décembre 1932, il rejoint la rédaction parisienne du Progrès de Lyon, où il s’installe durablement. La ville deviendra bientôt, avec la guerre, une capitale de l’ombre, un nœud de contacts, de papier clandestin et de courage ordinaire.

Hostile au régime de Vichy dès l’armistice, Altman s’engage dans la Résistance. Il prend le pseudonyme de « Chabot » et devient l’un des animateurs du Franc-Tireur clandestin, qu’il contribue à transformer en instrument d’information et de combat. Son style, dit-on, suffisait à le reconnaître même lorsqu’il ne signait pas : ironie nette, phrase vive, sens de l’attaque utile.

Arrêté par les Allemands en juillet 1944, incarcéré à la Santé, il est libéré le 18 août 1944, à la veille de l’insurrection de Paris. Dans la foulée, il participe à la parution « au grand jour » de Franc-Tireur et en devient, après la Libération, le rédacteur en chef.

Après-guerre : Franc-Tireur, les recompositions et la fidélité à l’esprit Résistance

Altman reste l’une des figures de Franc-Tireur (jusqu’à la fin des années 1950), refusant notamment l’idée d’une fusion qui diluerait l’héritage du journal issu de la clandestinité. En 1948, il soutient l’expérience du Rassemblement démocratique révolutionnaire (RDR). La même année, il est élu au conseil national provisoire du Syndicat national des journalistes Force ouvrière (FO), signe d’un itinéraire politique et syndical complexe, fait de fractures, de désillusions et de réalignements.

Au tournant de 1957-1958, quand Franc-Tireur est racheté et transformé, Altman s’éloigne. Il collabore au Figaro littéraire (1958-1959) et dirige quelques mois le service de presse d’André Malraux, alors ministre des Affaires culturelles.

« Citoyen Cane » : Altman au Canard enchaîné (1947-1950)

Un critique de cinéma au pseudonyme canardier

Au Canard enchaîné, Altman collabore « pendant quelque temps » sous le pseudonyme de « Citoyen Cane ». Dans l’hommage du journal, il est rappelé comme l’un des premiers journalistes de son temps, emporté par un « mal cruel », et reconnu pour son talent comme critique de cinéma. Le choix du masque « Citoyen Cane » n’est pas anodin : un clin d’œil de cinéphile et de satiriste, une carte de visite qui annonce la couleur. Au Canard, on ne critique pas seulement des films : on y ausculte aussi l’époque, ses mythologies, ses trucages, ses vedettes et ses mensonges de décor.

Une collaboration courte, dans une vie longue de papier

Cette période s’inscrit dans un moment où la France, sortie du fracas, se réécrit à toute allure : épuration, guerre froide naissante, recompositions politiques, batailles de mémoire. Altman, lui, arrive au Canard avec l’expérience de l’underground, le sens du mot juste forgé dans les imprimeries clandestines, et une culture d’observateur. Le journal, de son côté, sait accueillir ces plumes qui ont vu la peur de près, et qui n’ont pas envie de la voir revenir déguisée.

Altman, Tréno, Lyon : fils croisés d’une même histoire

Dans l’hommage à R. Tréno publié en janvier 1970, Altman apparaît en creux comme l’un des compagnons lyonnais de ces années de guerre : Tréno, évadé et réfugié à Lyon, « participe à la Résistance aux côtés de Georges Altman et d’Élie Péju ». Puis, à la Libération, c’est avec Altman, Péju et Georges-Eugène Vallois que se lance le quotidien Franc-Tireur, dont Tréno sera le co-rédacteur en chef. Cette mention dit beaucoup : Altman n’est pas seulement un nom dans une liste de rédactions, c’est un point d’ancrage dans un réseau où le journalisme est à la fois métier, risque et service public.

Fin de vie et mémoire au Canard

Altman meurt le 27 novembre 1960 à Paris (10e). Dans la page « Deux amis disparaissent » du Canard, le journal salue celui qui fut un critique de cinéma, un animateur de Franc-Tireur clandestin, puis rédacteur en chef du quotidien après la Libération, et adresse ses condoléances à sa femme, à sa fille, ainsi qu’à Irène Allier et à tous les siens. Le ton est sobre : pas d’embaumement, pas de statue. Juste ce qu’il faut de fraternité, et la pointe de tristesse qui va avec les métiers où l’on tient debout longtemps… jusqu’au jour où la résistance « tombe », et où c’est la maladie qui gagne.

Repères

État civil

  • Naissance : 21 mai 1901, Paris (14e)
  • Décès : 27 novembre 1960, Paris (10e)

Identités et signatures

  • Au Canard enchaîné : « Citoyen Cane »
  • Dans la Résistance : « Chabot »

Parcours

  • L’Humanité (1922-1929), critique littéraire à partir de 1927
  • Monde (autour de Barbusse), La Lumière
  • Le Progrès de Lyon (dès 1932), puis engagement Résistance
  • Franc-Tireur clandestin puis légal, rédacteur en chef après la Libération
  • Collaboration au Figaro littéraire (1958-1959), service de presse de Malraux (quelques mois)

Sources et références

Citoyen Cane 

vu par Henri Monier

Édition du Canard enchaîné du 25 septembre 1946