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Les plumes du Canard

Jacques Darla , dit Darla

Né en 1900

Sa participation au Volatile : 1955 à 1958

Jacques Darla 

vu par Pol Ferjac

Édition du Canard enchaîné du 9 octobre 1957

Jacques Darla

Un “couteau suisse” qui finit par dégainer… un roman

Quand Le Canard enchaîné présente Jacques Darla à ses lecteurs (à l’automne 1957), ce n’est pas sous l’angle d’une fiche signalétique, mais comme un personnage complet, un de ces professionnels des mots qui ont plusieurs vies dans la poche du veston. Darla est dépeint en rafales: auteur radiophonique, “historien souriant”, mélomane, jongleur de rimes, père attendri d’une “famille presque nombreuse”, “cinéaste des réverbères”, chirurgien-dentiste, chroniqueur le jour, “son et lumiériste” la nuit, copain de Valentine, “gentleman tous terrains” et grande gueule aux petites heures.
Cette liste à la Prévert n’est pas qu’un effet d’annonce: elle dessine un tempérament, celui d’un homme qui ne tient pas en une case, et qui, fatalement, finit par vouloir ajouter une case de plus à son propre casier: le roman.

Au Canard : une voix de critique, une voix de chapitre

La période de collaboration de Jacques Darla au Canard se situe entre 1955 et 1958. Il y tient la rubrique littéraire, connue selon les moments sous le titre “Lettres ou pas lettres” ou “La voix aux chapitres”: un poste idéal pour un lecteur-volcan, capable d’enthousiasme comme de piqûres fines.

Dans le portrait publié sous la plume de Jérôme Gauthier, Darla est rangé dans une petite famille: celle des confrères qui “écrivent pour les gens qui savent lire”. La formule vise évidemment une littérature de facilité, des tics de style, des effets de manche; et elle dit en creux la morale de la maison: si le Canard plaisante, il ne bâcle pas. Darla, lui, semble avoir la dévotion de l’artisan et l’impatience du lecteur: il cherche la phrase qui tient debout, l’élan qui ne triche pas.

1957: “Les Cousins de la Lune”, ou l’entrée en fiction

Le 9 octobre 1957, le journal s’amuse d’un basculement: Darla, qui a déjà tant de cordes à son arc, “décide de devenir romancier”. Deux façons, dit le texte, existent pour y parvenir: l’une consiste à faire un roman… l’autre, à l’écrire. Ton canard, évidemment: la moquerie affectueuse contre les ambitions en carton, mais aussi une manière de dire que Darla, lui, va du côté du travail.

Son premier roman paraît alors chez Flammarion: Cousins de la Lune. Gauthier en fait une recommandation très appuyée, presque gourmande. Il souligne une intrigue “mince” (ce qui, chez un bon critique, peut être un reproche ou un compliment), mais insiste surtout sur l’essentiel: la profusion d’un style, la gouaille, l’humour, la tendresse, l’ironie, une fantaisie poétique, et ce mélange de spontanéité et de virtuosité qui fait tourner la page “toute seule”, comme si le livre avait des roulettes. Le papier se termine sur un conseil pressé: se procurer le roman “au plus tôt”, avant que les prix ne s’en mêlent, ou que les classements ne viennent faire la police du goût.

Un style “Canard”: l’éloge qui pique, la morale qui ricoche

Pour sentir la voix Darla au travail, l’exemple de critique littéraire de l’édition du 14 novembre 1956, est parlant: en quelques paragraphes, il résume, juge, plaisante, et place une petite mine sous le sérieux du sujet.
Il raconte un roman (ici Bazin, Qui j’ose aimer, éd. Grasset) sans se noyer dans le résumé: il choisit les nerfs de l’intrigue, pointe ce qui fonctionne (le charme, la saveur), puis glisse le reproche en contrebande, sur un passage ou une facilité, comme on glisse une arête dans un bonbon. Et quand il admire, il ne se prosterne pas: il balance une formule, une torsion, une image nerveuse. On n’est pas dans la critique universitaire, mais dans la critique vivante: celle qui lit avec les dents, et sourit sans se retenir.

Place de Darla dans la maison (1955-1958)

Dans ces années d’après-guerre où le Canard mêle politique, humeur et littérature, Darla occupe une fonction précieuse: il est l’un de ceux qui maintiennent la passerelle entre la chronique satirique et la vie des livres. Sa rubrique n’est pas un salon de thé: plutôt un banc d’essai. Il y défend manifestement une littérature qui a de l’allant, de la voix, du nerf, et se méfie des postures, des “effets” et du chic automatique.

Ce que le portrait de 1957 donne à voir, enfin, c’est l’accord entre l’homme et la rubrique: un multipraticien, au sens propre et au figuré, qui a la main pour juger, et l’oreille pour entendre quand une phrase sonne juste.


 

 

Sources et références