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Les plumes du Canard

Jean-Paul Grousset , dit Grousset

1930 - 2014

Sa participation au Volatile : 1953 à 2009

Grousset 

vu par Pol Ferjac

1955

Jean-Paul Grousset (1930-2014) : le cinéma en salles obscures, et les calembours plein cadre

« Un seul hêtre vous manque et tout est des peupliers… » Le Canard enchaîné ouvre ainsi, le 26 février 2014, l’hommage à Jean-Paul Grousset. Un jeu de mots à la fois parfaitement de lui et parfaitement « de (triste) circonstance ». Car celui qui aimait les calembours autant que le cinéma « n’ira plus dans les salles obscures ». Né le 30 décembre 1930 à Colmar, mort le 20 février 2014 à La Roche-sur-Yon, Grousset aura passé l’essentiel de sa vie à faire ce que la presse satirique fait de mieux quand elle s’y applique : regarder, trier, pointer, rire, et rendre compte, semaine après semaine, du monde comme il va… et comme il déraille.

Au Canard, il est d’abord un homme de cinéma. Un critique, un cinéphile encyclopédique, capable d’aligner les titres comme d’autres alignent les fiches, et de passer de la salle à la coulisse sans perdre le fil. Mais l’hommage insiste tout autant sur le personnage de rédaction que sur la signature de rubrique : Jean-Paul, c’était une présence, une voix, une humeur, un rythme. « Il est mort à 83 ans, dont cinquante-six passés au service de son journal préféré, “Le Canard enchaîné”. » Et ce “journal préféré” n’est pas une formule de convenance : l’article le dit clairement, il aimait le Canard, « qui le lui rendait bien ».

Le “petit père” de la rédaction

Il y a, dans le texte du 26 février 2014, un détail qui dessine tout un homme. « En référence à l’adresse historique du Palmipède, il appelait chacun de ses confrères de la rédaction, les jeunes comme les vieux, “mon petit père”. » C’est une façon de tutoyer sans écraser, de fraterniser sans poser, de faire de la rédaction une famille de papier. Et c’est aussi une manière de rappeler que, pour lui, le Canard n’était pas un simple employeur : c’était un lieu, une maison, une histoire dont il connaissait les recoins.

Ce “petit père” n’avait rien d’un sage placide. Le même hommage rappelle qu’il pouvait, « pour un bon mot ou un mauvais film, partir dans de légendaires colères ». Le cinéma n’était pas chez lui un décor, mais une affaire sérieuse, au point de déclencher des tempêtes. Et tout cela se jouait dans un paradoxe délicieux : « il maniait plus volontiers la plume que le plumeau ». Autrement dit, il préférait écrire et ferrailler que dépoussiérer ou arrondir les angles. Chez Grousset, le jugement se formulait, il ne se chiffonnait pas.

Une plume “lapidaire”, un conteur intarissable

Dans ses critiques, écrit le Canard, il pratiquait « le style lapidaire ». Phrases nettes, verdicts rapides, économie de mots. Mais à côté de cette sécheresse efficace, il y avait l’autre Grousset, celui des anecdotes et des histoires qu’on raconte au coin d’un bureau ou au détour d’un bouclage : « il était intarissable dans l’anecdote sur l’histoire du “Canard” et en jeux de mots ». Deux passions, et pas forcément dans cet ordre : l’histoire du journal, et la gymnastique de la langue.

Et là, personne n’était épargné. « À propos des deux à la fois, personne n’a échappé, et plutôt deux fois qu’une, à celle de son arrivée au “Canard” dans les années 50… » On le voit débarquer, jeune plume, avec son envie de calembour comme d’autres arrivent avec leur carnet d’adresses. Mais au Canard, on n’entre pas dans la confrérie des jeux de mots sans passer par le sas de l’ancien combattant.

Breffort, les calembours, et la grande école du “déjà-fait”

L’hommage raconte une scène qui sent la tradition de rédaction et la rivalité amicale. À son arrivée « dans les années 50 », chaque fois que Grousset « s’essayait à un calembour », son aîné et prédécesseur Alexandre Breffort le rembarrait d’un : « t’es gentil, petit, mais celui-là, je l’ai fait il y a dix ans ! » Une façon de dire : bienvenue, mais ici la vanne a de la mémoire, et le tiroir-caisse des jeux de mots est déjà bien rempli.

Grousset, manifestement, ne s’est pas découragé. Une fois, dix fois, cent fois, il finit par répondre : « Fais-moi plutôt la liste de ceux que tu n’as pas encore faits, ça m’aidera. » Breffort « ne l’a pas aidé », conclut le journal. Mais Grousset, lui, s’est aidé tout seul. Il « a beaucoup fait de calembours », au point d’en publier même en recueil : Si t’es gai ris donc (Julliard, 1963), où figure notamment ce classique à la Grousset : « chassez le naturiste, il revient au bungalow ». Le genre de formule qui marche sur deux jambes : la langue et l’absurde.

Un long compagnonnage avec le Canard

Jean-Paul Grousset collabore au Canard enchaîné de 1953 à 2009. L’hommage du 26 février 2014 confirme la durée, en parlant de « cinquante-six » années au service du journal, et précise qu’il « était à la retraite depuis 2009 ». Cette longévité n’est pas qu’un chiffre : elle traverse des époques de cinéma, des générations de réalisateurs, des modes, des révolutions esthétiques, des scandales, des chefs-d’œuvre, des nanars. Et au milieu, un homme qui continue à aller voir, à noter, à juger, à plaisanter, à s’emporter parfois, à raconter souvent.

L’encadré du Canard est illustré par un dessin de Cabu : comme si, pour dire adieu au critique et au joueur de mots, il fallait le trait d’un autre grand “habitant” du journal. Le dessin, lui aussi, fait partie de la biographie : celle d’un homme inséparable d’une rédaction et d’un ton, d’un rire et d’une colère.

Un héritage de salle et de langue

On peut résumer Jean-Paul Grousset en deux fidélités qui se répondaient. D’un côté, le cinéma, « les salles obscures », le goût du film vu, digéré, recraché en une critique à la fois précise et nerveuse. De l’autre, la langue, les calembours, cette façon de faire trébucher les mots pour qu’ils laissent tomber une vérité, ou au moins un rire. Vous citez un autre de ses torsions célèbres, « Les choses étant ce caleçon… » : c’est exactement cela, l’art Grousset, transformer une formule toute faite en vêtement incongru, et nous obliger à la relire avec un sourire en coin.

À la fin, le Canard pense « à sa femme et à son fils ». Et c’est sans doute la manière la plus juste de conclure, dans une biographie de journal : rappeler qu’au-delà du critique, du colérique légendaire, du “mon petit père” et du fabricant de jeux de mots, il y avait un homme, une famille, et une absence. Un seul hêtre, oui. Et soudain, dans la rédaction, tout un paysage qui change.

Sources et références

  • Hommage : Le Canard enchaîné, 26 février 2014 (illustration Cabu)

J-P Grousset 

vu par Pol Ferjac

Dictionnaire Canard 64

Grousset  

vu par Cabu

Le Canard enchaîné, 26 février 2014