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Les plumes du Canard

Pierre Péan

1938 - 2019

Sa participation au Volatile : 1974 à 1983

Péan 

vu par Kiro

Édition du Canard enchaîné du 31 juillet 2019

Pierre Péan (1938-2019)

Pierre Péan, né le 5 mars 1938 à Sablé-sur-Sarthe et mort le 25 juillet 2019 à l’hôpital d’Argenteuil, est un journaliste d’enquête et essayiste français, auteur de plus de quarante ouvrages. Il collabore au Canard enchaîné de 1974 à 1983, période où il s’impose par des dossiers retentissants, au premier rang desquels l’affaire des diamants de Bokassa révélée en 1979.

Origines, formation, premiers engagements

Fils d’Eugène Péan, coiffeur, et d’Alice Gougeon, il grandit dans l’Ouest, au sein d’une famille dont les racines se situent aussi à l’est de la Loire-Atlantique et dans les territoires proches (Mayenne, Maine-et-Loire). Il étudie le droit (section sciences économiques) à Angers, puis poursuit à Sciences Po.

Étudiant, il participe à la vie politique locale: à Angers, il fait partie de l’équipe électorale de Jean Turc (maire, Indépendants et Paysans). En 1958, il accompagne aussi Joël Le Theule, maire de Sablé-sur-Sarthe, futur député et ministre gaulliste. Il devient en 1960 attaché de cabinet d’Henri Rochereau, alors ministre de l’Agriculture dans le gouvernement de Michel Debré.

Le Gabon, l’Afrique comme fil rouge

Il évite le service militaire en Algérie et effectue son service national au titre de la coopération, de 1962 à 1964, au Gabon. Cette période l’inscrit durablement dans les réseaux et les réalités africaines: il assiste notamment à une tentative de coup d’État contre le président Léon Mba et conserve de ce séjour un réseau de relations parmi les élites gabonaises. L’Afrique restera l’un de ses grands axes d’enquête, de l’actualité pétrolière aux mécanismes de la Françafrique.

Les débuts dans la presse: AFP puis L’Express

À partir de 1968, Pierre Péan devient journaliste. Il travaille d’abord à l’Agence France-Presse jusqu’en octobre 1970, avant de rejoindre L’Express (dirigé alors par Françoise Giroud) où il enquête sur le premier choc pétrolier, les dossiers de l’OPEP, les services secrets et le Moyen-Orient.

Au Canard enchaîné (1974-1983): “rien que les faits”

Recruté au milieu des années 1970, Pierre Péan collabore au Canard sur la période 1974-1983. Il y suit notamment l’affaire des “Avions renifleurs” (dossier commencé en 1976) et, surtout, contribue à la révélation de l’affaire des diamants de Bokassa impliquant Valéry Giscard d’Estaing, révélée en octobre 1979. Le Canard soulignera qu’il était “assez logique” que ce scoop, “coup brillant”, surgisse chez lui: Péan revendiquait le goût du fait, “rien que les faits”, et préférait parler de journalisme “d’enquête” plutôt que de “journaliste d’investigation”, terme qu’il jugeait trop connoté “auxiliaire de justice”.

Dans l’hommage publié par le journal après sa mort, il est rappelé qu’en 1979, aux côtés de Claude Angeli, il participe à sortir l’affaire des diamants dans Le Canard, déclenchant un retentissement durable. Le même texte insiste sur la cohérence de sa trajectoire: après “les diamants”, d’autres enquêtes suivent sur la Françafrique, d’autres scoops aussi, avant qu’il n’emprunte d’autres chemins, notamment celui des livres. Le Canard note enfin, avec une malice douce-amère, que celui “qui disait se rêver en Tintin” aura laissé une œuvre considérable.

Une œuvre de livres: l’enquête au long cours

Après ses années Canard, Pierre Péan poursuit comme auteur et pigiste “extérieur” dans divers titres (dont Libération, Actuel et à nouveau Le Canard enchaîné selon les sujets). Il publie à un rythme très soutenu, environ un livre par an pendant de longues périodes. Son premier grand succès de librairie est Affaires africaines (1983), où il décrit et dénonce des réseaux attribués à Jacques Foccart, notamment au Gabon.

Son œuvre aborde:

  • les scandales politico-financiers et les circuits d’influence (diamants, réseaux africains, corruption, pétrole, secrets d’État);
  • les affaires “étouffées” et les dossiers sensibles (dont l’attentat contre l’avion d’UTA);
  • des enquêtes sur les médias, avec TF1, un pouvoir (1997, avec Christophe Nick) et La Face cachée du Monde (2003, avec Philippe Cohen);
  • des sujets historiques (Jean Moulin, Vichy, réseaux et zones grises de l’Occupation), avec un sommet éditorial en 1994: Une jeunesse française: François Mitterrand (1934-1947), révélant notamment la décoration de la Francisque.

Il explique sa méthode par le temps long: s’immerger, accumuler, vérifier, puis écrire. Cette posture lui vaut une réputation d’enquêteur “à l’ancienne”, parfois perçu comme un artisan, reprenant sans cesse son matériau. Elle nourrit aussi des débats: Péan assume la révélation des faits, tout en affirmant vouloir comprendre plus que juger, et refuser l’idée d’un journalisme aligné sur les rythmes judiciaires ou les emballements médiatiques.

Poleḿiques, controverses, procédures

La puissance de ses enquêtes s’accompagne d’épisodes conflictuels, parfois judiciaires ou médiatiques:

  • Sabra et Chatila: dans un article publié au Monde diplomatique (2002), il cite un texte attribué au journaliste israélien Amir Oren; une contestation ultérieure conduit le journal à publier une note (2008) précisant qu’une traduction complète ne permettait pas d’affirmer ce que la citation laissait entendre.
  • La Face cachée du Monde (2003): l’ouvrage déclenche une crise très dure; au terme d’une médiation, les auteurs acceptent de ne procéder à aucun retirage, en échange de l’abandon des actions.
  • Le Rwanda: Noires fureurs, blancs menteurs (2005) suscite de vives critiques; une plainte pour “provocation à la haine raciale” est engagée par des associations, Pierre Péan étant relaxé en première instance puis en appel, avant que la Cour de cassation ne déboute définitivement les associations.
  • Ali Bongo: en 2017, il est condamné pour diffamation dans un dossier gabonais, tout en soulignant que nombre de demandes adverses, notamment de publication du verdict, sont rejetées.

Ces épisodes ne résument pas son œuvre, mais ils éclairent la zone où il a souvent choisi d’écrire: là où l’information est inflammable, où les sources s’affrontent, et où la publication devient elle-même un événement politique.

Engagements locaux et dernières années

Installé depuis le début des années 1970 à Bouffémont (Val-d’Oise), il s’implique aussi localement. En 1989, s’opposant à un projet immobilier, il conduit une liste alternative rassemblant des militants écologistes et d’extrême gauche contre le maire socialiste sortant. Plus tard, il est conseiller municipal à Maumusson (Loire-Atlantique) entre 2008 et 2010, où il possède une propriété à partir de 2001.

Il meurt le 25 juillet 2019, à 81 ans, à l’hôpital d’Argenteuil, “des suites d’une maladie” selon sa famille. Il est enterré au cimetière de Bouffémont. Son dernier livre, Comme ils vivaient (Seuil), coécrit avec son fils Jean Grégor, porte sur un génocide moins connu: celui des juifs de Lituanie.

Place au Canard: une empreinte de scoop et de méthode

Dans les colonnes du Canard enchaîné, Pierre Péan reste associé à une signature: celle d’un homme qui ne voulait pas être “investigateur” par posture, mais enquêteur par travail, préférant la formule simple et rugueuse: les faits. Le journal salue, au moment de sa disparition, “l’un des siens” et présente à sa famille ses condoléances, comme on referme un dossier épais, avec respect, et le bruit feutré d’une page qu’on tourne.

 

Sources et références

Wikipédia
Pierre Péan, Édition du Canard enchaîné du 31 juillet 2019, p 8
La mort du journaliste Pierre Péan, par , publié le 27 juillet 2019, Le Monde
Mort de Pierre Péan, écrivain et journaliste d’investigation, Le Monde avec AFP, Publié le 26 juillet 2019