René Virard (1900-1975) — plume et crayon, côté Butte
Repères
- Naissance : 5 octobre 1900, Paris (14e).
- Mort : 15 juillet 1975, Grasse (Alpes-Maritimes).
- Autre identité : René Le figurant.
- Le Canard enchaîné : collaboration de 1923 à 1929.
- Prix Scarron : l’un des fondateurs de ce prix distinguant des œuvres « drôles, humoristiques, bon enfant ».
Un début “parrainé”, revendiqué comme une dette
Dans un portrait que Paul Reboux lui consacre, René Virard se place à rebours d’une posture d’artiste “auto-fait”. Là où Roland Dorgelès affirmait, dans Les Histoires Montmartroises, n’avoir reçu l’aide d’aucun aîné, Virard, lui, se dit explicitement redevable : il cite Edmond Rocher et Rodolphe Bringer comme ceux qui lui « ont tendu fraternellement la main » pour faciliter ses débuts.
Et il ajoute un troisième nom, venu d’un autre monde que celui des zincs : Eugène Godin, conservateur à la Bibliothèque nationale, qui, séduit par l’originalité d’un manuscrit de Virard « — le premier ! — », en aurait fait tirer un petit tirage sans que l’auteur eût à payer.
Reboux y voit un « trop rare exemple de solidarité littéraire ».
Journaliste “alimentaire”, écrivain par insomnie
Le même portrait déroule un Virard journaliste : on le dit passé par La Mode, puis par Le Petit Journal illustré, avant de travailler pour « un grand journal de la région ». Il aurait aussi été secrétaire de théâtres de quartier.
Mais ces besognes, précise Reboux, ne le détournent pas des « Lettres avec un L majuscule ». Entre deux obligations, et surtout la nuit, Virard réunit et classe sonnets et dizaines, publiés dès 1922 sous le titre Voyage en Spider-Car.
Humoriste, mais à l’ancienne
Pour Reboux, Virard est d’abord un humoriste : on retrouve « la même originalité de pensée », « le même souci de raffinement et de cocasserie », et « le même attendrissement mêlé de sourire » dans ses contes. Il cite notamment :
- La Figurante (recueil de contes),
- Psycathémie ou le Peintre raté,
- La Douche écossaise, composée avec Raymond Plom (alors « aujourd’hui à Bangkok », Paris-Soir, 28 décembre 1925).
Et Reboux, fidèle à son art de l’éloge qui cligne de l’œil, glisse que le mot « humoriste » ne vaudrait pour Virard que s’il est jugé digne d’être attribué à Jules Renard et François Coppée.
Virard, en tout cas, ne ressemble pas à la mode du moment : quand « les humoristes sont glabres et vêtus à l’américaine », lui garde « le chapeau large et les vêtements des artistes de la Butte Montmartre ». Et pour cause : Reboux insiste, Virard est aussi peintre.
Un homme qui dessine comme on respire
Le portrait le montre carnet de croquis en poche. Chez lui, dessiner est à la fois « accessoire » et « art de prédilection » (Paris-Soir, 28 décembre 1925). Reboux résume d’un raccourci volontairement téméraire : Virard, “Monsieur Ingres” revisité, « joue du violon en traçant des figurines ».
Au Canard (1923-1929) : la présence qui fait parler… même quand on l’oublie
La collaboration de René Virard au Canard enchaîné se situe entre 1923 à 1929. Et l’on dispose, aussi, d’un clin d’œil révélateur sur cette présence.
Le 30 décembre 1925, Le Canard enchaîné signale qu’un Paris-Soir récent a publié « une charmante chronique et un excellent portrait de René Virard », puis ajoute, avec un sourire en coin : Paul Reboux a réussi le tour de force d’énumérer ses collaborations « sans faire mention du “Canard” ». Conclusion : « Paul Reboux joue la difficulté… avec succès. »
Le jeu rebondit aussitôt : Paris-Soir reproduit la pointe du Canard et prolonge la plaisanterie dans un entrefilet daté du 1er janvier 1926. Virard devient alors, à son corps défendant, le personnage d’un petit théâtre de presse où l’on s’amuse autant de sa personne que de la mécanique des “mentions” et des “oublis”.
À ce portrait public répond, en coulisse, une autre étiquette donnée (et promise) par la maison : Henri Monier parlera des « drolatiques contes maigres » de Virard. Une formule qui va bien à cet écrivain-diseur de peu, si l’on en croit Reboux : précision, économie, et une drôlerie qui tient dans la poche, comme son carnet.
Le fil rouge
René Virard apparaît ainsi comme une figure de l’entre-deux : journaliste par métier, écrivain par nécessité intérieure, dessinateur-peintre par nature. Un homme de Butte et de pages imprimées, capable d’être “figurant” par pseudonyme, mais jamais figurant dans son travail.






