Pino Zac (Giuseppe Zaccaria)
Dessinateur d’humour et politique, graveur, auteur de BD et réalisateur de cinéma d’animation, Pino Zac fut, au Canard enchaîné, l’homme des éclats de rire au vitriol anticuré. Formé à l’architecture, anti-clérical revendiqué et grand hâbleur « adorable quand même », il maniait le trait comme une estocade: rapide, inventif, profondément satirique, et volontiers dirigé contre le Vatican, qu’il brocarda avec une constance devenue signature.
Repères
- 1930 : naissance en Italie, le 23 avril à Trapani
- 1959–1985 : collaboration au Canard enchaîné.
- 1976 : saisie du jeu Giscartes qu’il avait dessiné, au motif d’« utilisation commerciale de son image ».
- 1977 : réalisation du Jeu de la Ve (56 cartes à jouer dans un livre prédécoupé).
- 1978 : prix de la satire politique à Forte dei Marmi.
- 1983 : fondation en Italie de L’Anamórfico avec une équipe franco-italienne.
- 25 août 1985 : mort à Fontecchio (Abruzzes), d’un infarctus.
Un trait anarco-libertaire, une cible: la cure
Au Canard, Pino Zac entre par la grande porte de la caricature politique: dès son premier dessin, resté dans les mémoires, il met en scène une corrida où une camarilla de monsignori « tauréent » dans la poussière. Le sujet n’est pas un accident mais un axe: son inspiration, explicitement anarco-libertaire, s’en donne « à cœur joie » contre le Vatican et la cure, avec un sens du blasphème graphique qui préfère l’invention à la leçon, l’impertinence à la démonstration.
La matière première, il l’a sous les yeux: depuis son appartement romain, raconte-t-on, il n’aurait eu qu’à se pencher à la fenêtre pour trouver modèles et décors du côté de Saint-Pierre. Chez lui, la satire n’est pas une posture d’atelier: c’est une manière d’habiter le monde, de s’en moquer, d’y faire des trous de lumière noire.
Graveur, cinéaste, architecte de “riens chatoyants”
Pino Zac ne se laisse pas enfermer dans une case. Il est annoncé graveur à Bruxelles, cinéaste à Prague, touche-à-tout polyglotte, et même acteur, tournant sous la direction de Ferreri et de Monicelli. Dans l’animation, il passe pour un inventeur de procédés et de trucages, notamment autour de son Chevalier inexistant, œuvre associée à une recherche de techniques nouvelles et de traits fulgurants. Cette mobilité est sa méthode: la satire voyage mieux quand elle a plusieurs passeports.
En 1983, il fonde en Italie L’Anamórfico avec une équipe franco-italienne, prolongeant ce goût des anamorphoses, des détours et des images à double fond. La même énergie irrigue ses BD politiques et ses entreprises graphiques “ludiques”, comme ces jeux de cartes qui, chez lui, deviennent des machines à rire, à piquer et à désacraliser.
Livres, jeux, collaborations
Albums et ouvrages
- Le Rouge et le Noir (1958).
- Les cartes du Vatican (1973).
- Illustrations pour Roland Bacri.
Jeux et affaires “présidentielles”
- Giscartes : jeu saisi en 1976.
- Le jeu de la Ve : 56 cartes à jouer (1977).
Presse et autres terrains
Avant et pendant sa période “Canard”, on le retrouve dans divers titres, en Italie et ailleurs: Paese Sera (premiers dessins en Italie), Satirix, Pilote, L’Écho des Savanes, ainsi que Pourquoi Pas (Belgique), Il Male et Avanti (Italie).
Une présence: le rire tonitruant et la fraternité de table
Au-delà de l’œuvre, ceux qui l’ont côtoyé évoquent une vitalité de gourmet et de baladin: l’amour des pâtes, de la peinture, des “belles” et de la belle vie, des grands éclats de rire dont la rumeur reste accrochée aux murs. Sa disparition, en plein été, a pris ses amis de court: ils l’attendaient à Paris, il n’est pas venu. Il est parti “sans prévenir”, chez lui, à Fontecchio, dans une grande maison splendide et déglinguée. Et le Canard lui a salué un style de vie autant qu’un style de trait: l’équilibrisme, la liberté, le refus des bilans et des apitoiements, le panache sans grand discours.







