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Les plumes du Canard

Gabriel Macé , dit Macé, Jean de La Futaille

1918 - 1990

Sa participation au Volatile : 1947 à 1990

Macé 

vu par Lap

Édition du 15 août 1956 du Canard Enchainé

Gabriel Macé (1918-1990), le rédacteur en chef qui donnait le ton

Au Canard enchaîné, il y a des plumes qu’on lit, et d’autres qui tiennent la maison debout. Gabriel Macé appartient à la seconde catégorie. Entré au journal en 1947, il y écrira jusqu’à sa mort en juin 1990, traversant plus de quatre décennies d’actualité, de crises politiques, de mœurs changeantes, de « grands scandales » et de petites absurdités quotidiennes. Pour ses confrères, il ne fut pas seulement un journaliste de plus : il fut l’esprit du Canard, une boussole de ton, un artisan de convivialité, un homme capable d’être implacable dans la critique sans jamais se départir d’un certain sourire.

Gabriel Macé est né en septembre 1918 à Auros (Gironde) et meurt en juin 1990, à l’hôpital, des suites d’un problème cardiaque.

Repères

  • 6 septembre 1918 : naissance à Auros (Gironde).
  • Études : lycée de Périgueux, études à Bordeaux, licence en lettres (et formation d’angliciste selon les sources), puis enseignement.
  • Avant 1944 : professeur d’anglais (notamment à Sarlat).
  • Résistance : engagement actif (région bordelaise).
  • Septembre 1944 : lancement à Périgueux de L’Essor, hebdomadaire satirique, avec Pierre Fanlac et Jean-Paul Lacroix.
  • 1947 : arrivée au Canard enchaîné (par l’entremise d’Ernest Reynaud, alias R. Tréno).
  • 1969 : nommé rédacteur en chef.
  • 23 juin 1990 : décès (selon Le Monde), nécrologie publiée le 26 juin 1990.
  • 27 juin 1990 : hommage de Roger Fressoz dans Le Canard enchaîné.

D’Auros à la classe, de la classe à la clandestinité

Le parcours de Macé commence loin des couloirs parisiens. Né à Auros, il passe par le lycée de Périgueux, puis étudie à Bordeaux. Licencié, il enseigne l’anglais, notamment à Sarlat. Ce détour par l’enseignement n’est pas un simple prélude : il donne à sa prose une clarté de pédagogue, une manière de viser juste sans jargon ni pose, ce que ses collègues souligneront plus tard comme l’un de ses grands atouts.

Vient ensuite le temps où l’on n’écrit plus seulement pour être lu, mais pour tenir. Macé prend une part active à la Résistance dans la région bordelaise. Selon Le Monde, il « n’aimait pas se souvenir de cette époque », signe d’une pudeur qui reviendra souvent dans son portrait : chez lui, les grands titres ne demandaient pas d’applaudissements.

L’Essor : une fabrique satirique de sortie d’Occupation

En septembre 1944, à Périgueux, Gabriel Macé participe au lancement de L’Essor, hebdomadaire satirique « conçu durant l’Occupation », né de sa rencontre avec Pierre Fanlac et Jean-Paul Lacroix. On y voit déjà une constante : Macé aime la satire comme forme de salubrité publique. Pas la blague pour la blague, mais la blague comme outil de respiration quand l’air manque, et comme scalpel quand l’hypocrisie s’épaissit.

1947 : l’entrée au Canard par la porte Tréno

En 1947, Ernest Reynaud, alias R. Tréno, l’introduit au Canard enchaîné. Le Monde précise que Macé a travaillé notamment à Franc-Tireur, où il rencontre Tréno. Dès lors, le Canard devient son pays, au sens plein : sa rédaction, sa manière de parler du monde, sa tribu de travail.

Il se spécialise dans la politique intérieure, sans s’y enfermer. Car Macé, au Canard, touche à tout, et c’est même l’un des traits qui le rendent irremplaçable : il peut passer d’une indignation civique à une fable, d’une chronique de théâtre à une pointe sur l’époque, sans changer de langue. Ses collaborations extérieures existent (Action, Franc-Tireur, Paris-Journal, Libération), mais le cœur bat au rythme du mercredi.

Un style : l’angle imprévu, la fantaisie comme méthode

Roger Fressoz, dans l’hommage du Canard (27 juin 1990), dit l’essentiel : Macé était « le plus authentiquement Canard » de l’équipe, celui qui savait « trouver l’angle d’attaque original, insolite » pour traiter un sujet et en extraire à la fois fantaisie et philosophie.

Ce « ton Macé » repose sur une conviction simple, qu’il professait comme une règle d’atelier : le Canard doit être sévère, féroce, implacable quand il le faut, mais la critique gagne en efficacité lorsqu’elle s’exerce dans la bonne humeur. Une manière de refuser le sermon. Chez Macé, l’ironie n’est pas une coquetterie : c’est une pédagogie.

Fressoz insiste aussi sur la langue. Macé écrit « simple » au sens noble : imagé, direct, allergique au charabia et à la prétention. À une époque où l’on confond parfois gravité et lourdeur, il préfère l’élan.

1969-1990 : rédacteur en chef, ou l’art de tenir la barre sans faire de bruit

En 1969, Gabriel Macé est nommé rédacteur en chef. Selon les sources, il assume particulièrement la partie « culturelle » du journal tandis que Jean Clémentin dirige la partie « politique » en tant que co-rédacteur en chef. Le Monde souligne qu’il signe chaque semaine, à la une, « un long article inspiré par son humeur ». L’humeur, chez lui, n’est pas un caprice : c’est une boussole, un instrument de navigation dans les absurdités du temps.

Au sein de la rédaction, il n’est pas seulement un décideur, mais un « liant ». Fressoz le décrit comme « le sage de la maison », celui qui apaise les conflits, calme le jeu, accueille les nouveaux, les « pitchouns », et rappelle, si besoin, quelques principes inaltérables. Autrement dit : Macé n’a pas seulement écrit le Canard, il l’a fabriqué humainement, semaine après semaine.

Le journaliste multiple : du billet à la fable, du théâtre à la télévision

Les hommages brossent un portrait d’une rare amplitude. Macé excelle « dans tous les genres » : billettiste, éditorialiste, conteur, poète, fabuliste, critique de théâtre et de télévision. Le Monde mentionne aussi qu’on lui confiait des « articles délicats », preuve de confiance interne : quand un sujet demandait doigté et solidité, on savait à qui le donner.

Et puis il y a cette formule splendide de Fressoz : Macé, reporter, avait « un art inimitable pour transformer ses voyages autour du monde en voyages autour de sa chambre ». On y entend une magie canardière : faire surgir l’univers entier dans un angle de bureau, sans perdre le réel de vue.

Un anarchiste de sensibilité, un humaniste de pratique

Macé se présentait comme anarchiste, mais les portraits concordent : il était « avant tout un humaniste et un libéral ». Dans son bureau à Colombes, il écrivait sous la surveillance amicale de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Le symbole est limpide : le scepticisme envers les pouvoirs n’empêche pas l’attachement aux principes. Au contraire, il le nourrit.

Et il y a l’homme. Fressoz le dit sans détour : chez Macé, « l’esprit avait toujours du cœur ». Ce n’est pas une formule décorative. C’est ce que la rédaction retient de lui : une exigence journalistique, oui, mais portée par une chaleur de camaraderie, une idée du journal comme lieu de travail et lieu d’amitié.

Clipperton : l’île comme obsession savante

Parmi ses singularités, une revient comme un clin d’œil sérieux : Gabriel Macé était spécialiste de l’île Clipperton. Cet atoll lointain, presque mythologique, dit quelque chose de lui : le goût des marges, des détails, des territoires improbables où l’Histoire se cache. Il y a dans cette passion une métaphore parfaite du Canard : aller chercher au bout de la carte ce que d’autres ne voient même pas.

Juin 1990 : la disparition d’un « monument »

Macé meurt en juin 1990, à l’hôpital, des suites d’un problème cardiaque. Le Monde (26 juin 1990) insiste sur l’unanimité de l’estime au sein de la rédaction et résume ce qu’il incarnait : la capacité « de s’indigner quand il le fallait », et surtout « de faire preuve d’humour », de « donner le ton ».

Le Canard du 27 juin 1990, sous la plume de Roger Fressoz, élargit la scène : Macé écrivait au journal depuis quarante-trois ans, ce qui en faisait un repère historique autant qu’un compagnon quotidien. Sa disparition touche « autant les plus jeunes que les plus anciens ». Quand un journal perd ce type de figure, il perd une voix, mais aussi un climat.

Ce que Macé laisse au Canard

  • Un ton : critique sans grimace, efficace sans lourdeur, sévère sans perdre le sourire.
  • Une méthode : l’angle imprévu, l’insolite au service de la vérité.
  • Une éthique interne : accueillir, transmettre, apaiser, rappeler les principes quand l’époque fatigue.
  • Une liberté de genres : politique intérieure, fables, théâtre, télévision, reportage, tout pouvait devenir matière canardière.

On dit parfois qu’un rédacteur en chef « tient la ligne ». Gabriel Macé, lui, tenait aussi la corde sensible : celle qui relie la satire à la fraternité, l’ironie à la décence, la férocité nécessaire à la joie de la faire ensemble. Un journal peut survivre à beaucoup de choses, mais il n’oublie jamais ceux qui lui ont appris à respirer.

Sources et références

J. Lap et Gabriel Macé vus par Henri Guilac

Édition du Canard enchaîné du 20 août 1952

Gabriel Macé 

vu par Kerleroux

Édition du 27 juin 1990