Expédition de votre Canard enchainé

EXPEDITION SOUS 24H

Envoi soigné de votre Canard enchainé

ENVOI SOIGNÉ

Paiement sécurisé pour l'achat de votre Canard enchainé

PAIEMENTS SÉCURISÉS

Livraison offerte de votre Canard enchainé à partir de 15€ de commande

LIVRAISON OFFERTE DÈS 25€ D’ACHAT

Paiement sécurisé pour l'achat de votre Canard enchainé

PAIEMENTS SÉCURISÉS

Les plumes du Canard

Jean Clémentin , dit J.-R. Clémentin, Jean Manan, Tintin, Yves Chesnel, L'ami Bidasse

1924 - 2023

Sa participation au Volatile : 1956 à 1989

Jean Manan 

vu par Vazquez de Sola

Dictionnaire du canard 1972

Jean Clémentin, dit « Tintin », dit Jean Manan (1924-2023)

Une grande plume du Canard, moteur du virage vers l’investigation, rattrapée tardivement par une affaire d’espionnage

Dans la ménagerie du Canard enchaîné, Jean Clémentin avait plusieurs noms, comme on a plusieurs clés pour une même porte : « Tintin » dans la maison, Jean Manan à la signature, et une réputation de pilier pendant les années 1970-1980. Le Canard lui attribue une impulsion décisive : celle d’un hebdomadaire satirique apprenant à muscler ses ailes avec l’enquête, sans renoncer à sa plume d’humeur.

Son histoire, pourtant, ne tient pas dans une seule colonne. Elle a la forme d’un itinéraire heurté, traversé par les guerres coloniales, les bascules idéologiques, le journalisme de terrain, la fabrique de “notes” et, bien plus tard, un retour brutal dans l’actualité : en 2022, une enquête de L’Obs l’accuse d’avoir travaillé pour les services secrets tchécoslovaques durant la guerre froide. Le Monde et le Canard rapportent que sa santé ne lui a pas permis de répondre vraiment. Fin de partie, écrira Michel Gaillard, avec un dernier mot de rédacteur : « Tchèques et mat ! »

Repères

  • 21 mai 1924 : naissance à Douvres-la-Délivrande (Calvados).
  • Après-guerre : séjour en Allemagne comme volontaire, premiers engagements politiques situés à l’extrême droite
  • Indochine : soldat puis journaliste, notamment pour Associated Press, expérience qui le fait évoluer politiquement
  • 1956 : entrée au Canard enchaîné
  • Guerre d’Algérie : rubriques et enquêtes, dont les Carnets de route de l’ami Bidasse
  • Années 1970 : rôle central dans l’organisation de l’information au Canard, corédaction en chef, impulsion “investigation”
  • 1976 : abandon de la corédaction en chef, puis bascule vers la critique littéraire au début des années 1980
  • 1989 : retraite de journaliste et départ du Canard pour se consacrer à l’écriture
  • 5 janvier 2023 : décès à 98 ans

Du Calvados à l’Indochine : formation, langues, et premières fractures

Fils d’agriculteur, Jean Clémentin suit l’enseignement des jésuites puis des études commerciales. Il se distingue aussi par une curiosité linguistique rare : il apprend l’allemand, le tchèque, le polonais et le hongrois. Ces langues, plus tard, deviendront un détail lourd de sens dans le récit qu’on fera de lui.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, il part travailler en Allemagne comme volontaire et se situe alors plutôt à l’extrême droite. Puis vient l’Indochine française : d’abord comme soldat, rapidement affecté à l’information, ensuite comme journaliste, notamment pour Associated Press pendant la guerre d’Indochine. Selon les récits, cette expérience agit comme un acide : la découverte des méthodes de la guerre coloniale le rapproche du monde communiste et de titres situés à gauche.

Avant le Canard : AP, Combat, Les Temps modernes, Libération

Les trois sources s’accordent sur un parcours de presse dense avant son installation au Canard : Associated Press, puis des collaborations ou passages par Combat, Les Temps modernes et Libération (celui d’Emmanuel d’Astier de La Vigerie). Wikipédia ajoute d’autres titres de la galaxie intellectuelle et militante de l’époque (Les Cahiers internationaux, Regards), dessinant une trajectoire où l’actualité internationale et l’engagement politique s’entremêlent.

Entrée au Canard : l’homme des “contacts” et des terrains brûlants

1956 : Clémentin arrive à un moment où l’hebdomadaire doit tenir ensemble deux ambitions, la satire et l’information, et où les guerres coloniales fournissent, hélas, un carburant constant aux “exclus”.

Grâce à ses contacts dans les milieux militaires, il s’illustre pendant la guerre d’Algérie. Il reprend et relance une rubrique créée en 1939-1940 par André Guérin : les Carnets de route de l’ami Bidasse. Le dispositif est typiquement “canardier” : raconter l’armée sans la saluer, prendre le terrain au sérieux tout en désacralisant la hiérarchie, et faire surgir l’information au milieu du récit.

Années 1970 : du ricanement à la révélation, sans perdre le rire

Le Canard le présente comme l’un des piliers des années 70-80 et insiste sur son rôle dans le tournant vers l’investigation. Dans les années 1970, l’information du Canard s’organise autour de lui, dont il est le rédacteur en chef. L’objectif affiché est clair : multiplier les informations exclusives et “sensationnelles” au sens journalistique, celles qui obligent le pouvoir à transpirer.

Il défend aussi, une ligne singulière dans une maison qui se méfie des chapelles : faire du Canard un journal sans exclusive politique, composé de plumes de droite et de gauche, pour couvrir tout l’échiquier, et éviter le réflexe du “camp”. Cette ambition le mène à encourager des profils variés, y compris des enquêteurs étiquetés très différemment.

1976-1989 : retrait de la direction, retour à la littérature

Il abandonne la corédaction en chef en 1976, puis quitte progressivement l’information au début des années 1980 pour prendre en charge la critique littéraire. Le Canard résume ce mouvement : retraite de journaliste en 1989 et bascule vers sa “seconde passion”, la littérature.

Parmi les ouvrages cités figurent L’Affaire Fomasi, Les Poupées de Kirchenbronn et Quasi. Le portrait qui en découle est celui d’un homme qui ne quitte pas l’écriture, mais change de pièce : de la salle de rédaction à la page de roman, du papier brûlant de l’actualité au papier plus lent de la fiction.

Le retour du boomerang : l’enquête de 2022 et l’accusation d’espionnage

En février 2022, à la surprise du Canard lui-même, Jean Clémentin redevient un sujet d’actualité. Le Monde (18 janvier 2023) rapporte qu’une enquête de L’Obs l’accuse d’avoir été, de 1957 à 1969, un agent des services secrets tchécoslovaques (StB), sous le nom de code « Pipa ». L’article évoque un dossier exhumé par un historien, des centaines de notes, des rencontres répétées, et même la participation à des opérations de désinformation via des articles publiés dans le Canard.

Le Canard, par la plume de Michel Gaillard, rappelle qu’il n’a pas pu répondre à ses détracteurs, sa santé étant déjà très fragile. Wikipédia, de son côté, intègre cette révélation au portrait global, en soulignant la tension que cela introduit dans l’héritage : l’homme qui voulait renforcer l’investigation aurait aussi relayé, à certaines périodes, des matériaux venus d’un autre théâtre, celui des services.

Cette affaire n’efface pas le parcours, mais elle le rend plus difficile à tenir d’une main sûre. Elle oblige à regarder en même temps l’ouvrier de l’enquête et l’ombre portée de la guerre froide, comme deux encres sur la même page.

Mort et postérité : un pilier, une énigme, un style

Jean Clémentin meurt début janvier 2023 à 98 ans. Les sources divergent d’un jour sur la date exacte, mais s’accordent sur le fait que la fin fut discrète, et que l’homme avait déjà quitté la scène médiatique. Michel Gaillard conclut avec un sens de la formule qui claque comme un titre : « Tchèques et mat ! » Une épitaphe de salle de rédaction, à la fois drôle et sombre, qui dit le goût du mot et la gêne du dossier.

Pour Couac!, Jean Manan reste une figure charnière : un artisan du moment où le Canard apprend à révéler autant qu’à se moquer, à documenter autant qu’à piquer. Et, en même temps, un rappel que l’histoire d’une rédaction n’est pas toujours un récit bien aligné. Parfois, elle a des marges. Parfois, elle a des zones grises. Parfois, elle a deux signatures sur le même papier.

 

Sources et références

  • Le Canard enchaîné, 18 janvier 2023, brève nécrologique signée M. G. (Michel Gaillard), « Tintin »
  • Le Monde avec AFP, 18 janvier 2023, « Jean Clémentin, ancienne plume du “Canard enchaîné”, est mort »
  • Wikipédia, notice « Jean Clémentin / Jean Manan »

 

Le plombier-agent secret déguisé en Manan, 

vu par Lap

Édition du Canard enchaîné du 16 janvier 1974

Professeur Jean Clémentin 

vu par Vazquez de Sola

Édition du Canard enchaîné du 2 juillet 1975