Dominique Durand
Dominique Durand, alias Jeanne Lacane, naît le 30 décembre 1946 à Metz et meurt le 2 juillet 2006 en Italie. Journaliste de presse écrite, il passe par Combat, Le Quotidien du Médecin, puis rejoint Le Canard enchaîné en 1972, où il déploie une plume à la fois littéraire, joueuse et profondément singulière.
Du journalisme de terrain à la maison Canard
Avant le Canard, Dominique Durand fait ses armes à Combat puis au Quotidien du Médecin. Lorsqu’il arrive au Canard enchaîné en 1972, il s’inscrit dans une tradition maison qui conjugue information, humour et écriture au scalpel. Erik Emptaz rappelle ainsi qu’il venait de « Combat » et du « Quotidien », et qu’il était au Canard « depuis 1972 ».
Jeanne Lacane, “petite cousine” née de sa grosse tête
Au Canard, Dominique Durand tient diverses chroniques et adopte plusieurs voix, dont l’une des plus reconnaissables reste Jeanne Lacane. Le journal la présente, dans l’édition du 26 avril 1978, comme une créature de papier très “dans le vent” : « petite cousine de Valentine », « sortie de la grosse tête de Dominique Durand », « in », passée par « l’Université de Vincennes », et qui « sait causer comme Lacan ». Tout un programme, et une promesse d’allure : « Elle promet. »
Chroniques, livres, et duo de critiques
Durand ne se limitait pas à un seul registre : au Canard, il tient des chroniques et participe aussi aux critiques littéraires, notamment en tandem avec André Rollin. Emptaz évoque d’ailleurs « les échos aux chroniques littéraires et de Jeanne Lacane aux billets d’humeur » : deux manières de signer le monde, l’une par les livres, l’autre par le biais d’une voix de chronique qui s’amuse à décrypter les postures et les modes.
Un tempérament, une musique
L’article d’Erik Emptaz (5 juillet 2006) dessine moins une fiche de carrière qu’un portrait vivant. Durand, dit-il, avait « horreur des conférences de rédaction » et inventait « des stratagèmes » pour y échapper, tout en restant attaché aux gens et aux lieux : « au Canard, à Montmartre, en Ardèche ou en Italie », ce « chaleureux renfrogné » demeurait quelqu’un dont on avait besoin. Il aimait « le nonsens(e) anglais », la littérature américaine, des gadgets, la côte amalfitaine, « les valises à roulettes » et « le vin frais ». Il lisait la presse du matin avec une voracité égale à celle qu’il réservait aux plats du jour de ses estaminets favoris, et choisissait parfois ses invités « avec moins de soin » que ses lectures ou ses sujets de papier, détail qui dit à sa façon l’ordre de ses priorités : l’écriture, d’abord.
Une disparition à son image, racontée sans pose
Emptaz ouvre son texte par une chute digne d’un pied de nez : si Dominique Durand n’était pas à la réunion du lundi, c’est qu’il est mort « sans prévenir personne », le dimanche après-midi. Et le Canard lui rend hommage en respectant ce qu’il détestait : la grandiloquence. On y lit qu’il n’aimait pas les nécrologies, qu’il s’en moquait même volontiers, et qu’il aurait trouvé tout cela trop « longuet », trop « nécro de vieux con ». Alors l’article conclut simplement, presque à voix basse, que Durand avait 59 ans, qu’il a « échappé à la confe de lundi et à toutes celles des jours suivants », et qu’il « n’a pas fini de nous manquer ».







