BiB (Georges Breitel, 1888-1967), le capteur de ressemblance
Georges Breitel, dit BiB, naît le 22 mai 1888 à Paris et y meurt le 26 septembre 1967. Caricaturiste autodidacte, il traverse la presse illustrée sur plus d’un demi-siècle, avec une constance de portraitiste: moins un fabricant d’effets qu’un artisan du “vrai” saisi par le trait, ce mélange de ressemblance et d’esprit qui fait qu’on reconnaît quelqu’un avant même d’avoir lu la légende.
Des chiffres au crayon: comptable, vendeur, puis dessinateur
BiB est d’abord un homme de métiers concrets. Comptable de formation, il exerce aussi dans le commerce, notamment comme vendeur de bois et de charbon. Le dessin, au départ, relève de l’amusement et du coup de main, avant de devenir une seconde peau. Il s’impose comme caricaturiste autodidacte, avec un style d’abord linéaire, renforcé par des hachures qu’il délaissera ensuite pour aller à l’essentiel.
Une école: Sem… et un ami, Rouveyre
BiB est un émule de Sem. Il ne recherche pas une virtuosité d’ornement, mais l’efficacité: une silhouette, une mâchoire, une inclinaison du regard, et l’affaire est faite. On dit de lui qu’il doit “d’exister” à son ami Rouveyre, et qu’il n’a pas de “talent particulier” sinon celui, considérable, de capter la ressemblance. C’est beaucoup, et c’est rare: attraper l’individu plutôt que son costume.
Les salons, la réputation… et l’ombrelle de Cécile Sorel
Dès ses 18 ans, il expose au Salon des Humoristes. Il y gagne une notoriété singulière en 1921 grâce à un épisode resté comme une scène de boulevard: Cécile Sorel, “au nom de la beauté”, détruit à coups d’ombrelle le verre recouvrant son portrait-charge exposé. L’affaire fait du bruit, notamment à la une du Canard du 20 avril 1921, et la caricature prouve ce qu’elle vaut quand elle touche juste: elle déclenche un geste, une colère, une scène, donc une publicité.
Une présence durable dans la presse
BiB travaille pour de nombreux journaux illustrés, et figure notamment dans des titres comme La Rampe, Les Annales, Gringoire, La Vie parisienne ou Le Charivari. Son terrain de jeu privilégié reste une presse souvent marquée à droite, mais sa spécialité demeure transversale: le portrait-charge, l’observation des milieux, le croquis qui “prend”.
Il s’interrompt pendant les années de guerre, puis reprend, fidèle à ce rythme long où l’on n’est pas seulement “un nom”, mais une habitude de lecteur.
Au Canard enchaîné (1955-1959)
BiB collabore au Canard enchaîné de 1955 à 1959. Dans ces années-là, sa manière, forgée par des décennies de caricature, apporte au journal une touche de portraitiste aguerri: une intelligence des physionomies, une façon d’attraper l’allure, et cette modestie de trait qui laisse la place au lecteur pour compléter la grimace.
Livres, recueils, illustrations
BiB signe plusieurs recueils, dont La Comédie Française (1931), ainsi que Le pur-sang et Les parodies artificielles (sur un texte de Jean de Letraz). Deux albums paraissent chez Le Merle Blanc, Eux, avec des textes de Henri Béraud. Il illustre également Simon-Mérop et Camille Le Senne, confirmant qu’il ne se limite pas à l’instantané de presse: il sait accompagner une voix, servir un texte, installer un ton.
Humoristes, parlementaires, peintre et décoré
Sociétaire des Humoristes et membre des dessinateurs parlementaires, BiB expose aussi au Satire et au Salon des indépendants. Aquarelliste, il pratique la peinture plus rarement, mais s’y consacre assez pour exposer à Paris en 1960. Il est fait chevalier de la Légion d’honneur en 1935. Sur le plan privé, il épouse Germaine Bertoletti en 1924.
Une “vue psychique” du portrait
Une remarque de Jeanne Oudot (1922) résume bien ce que BiB cherche dans la caricature: non l’enveloppe, mais le dedans. On le décrit comme un modeste, “caricaturiste de bonne foi”, dont la “vue psychique” est développée: il ne s’appliquerait pas à reproduire seulement la forme extérieure, mais à saisir ce “corps psychique” qu’on appelle aussi le double. Autrement dit: la caricature comme révélateur, pas comme grimace gratuite.








