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N° 2941 du Canard Enchaîné – 9 Mars 1977

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En plein décibellicisme

9 mars 1977: New York temporise sur Concorde, et la France se met en “décibellicisme”, bellicisme à plein volume. André Ribaud raconte l’union sacrée, les “avertissements calmes” à Carter, les rodomontades gaulliennes et la fierté nationale collée à un “gadget de haut luxe”. Il se moque d’une République centralisée qui ne comprend pas qu’aux États-Unis la décision peut relever d’un État, pas du Président. Et il déroule les représailles absurdes: plus de Coca-Cola, moins de soja, plus de cognac… Se punir soi-même, mais en chantant “cocorico”.

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En plein décibellicisme

Concorde, cocorico et représailles en carton-pâte

(Le Canard enchaîné, 9 mars 1977, Une et suite p. 8. Article signé André Ribaud.)

En 1977, la France a trouvé un nouveau sport national: faire la guerre sans quitter le tarmac. André Ribaud baptise ça, d’un mot qui claque comme une portière de DS: le “décibellicisme”. Du bellicisme au volume maximal, avec cocorico en stéréo et drapeau en bandoulière. Sujet du jour: New York ajourne une décision sur la liaison du Concorde, et Paris se met en “union sacrée” comme si l’État de New York venait de nous reprendre Verdun, la Tour Eiffel et la recette de la béchamel.

Ribaud s’amuse (noir) de cette indignation “sacrée”, qui va “de L’Aurore à L’Humanité”. La France “vrombit d’ardeur et de fureur superbes” pour son supersonique; on a mis “la fleur au fusil” et “aux stylos et aux micros”. L’image est parfaite: la mobilisation n’a plus de baïonnettes, elle a des éditoriaux. Et quiconque manifeste un zèle tiède devient “mouton noir”, voire “traître à la patrie et à Concorde”. Dans ce pays, on peut douter de tout, sauf de la vitesse d’un avion et de la vertu de l’orgueil.

Giscard, Guiringaud, Jobert: la diplomatie au clairon

Le Président lance “un avertissement calme et solennel” à Carter. Louis de Guiringaud prévient les États-Unis, “sur un ton très saucisson sec”, que la réaction des Français serait “terrible” si New York coupe les ailes au Concorde. Et le “petit Jobert”, toujours “pèse-lourd”, invite carrément le gouvernement à faire sortir la France “majestueuse” de l’Alliance atlantique. Pourquoi pas. Après tout, ironise Ribaud, notre force de frappe est “en état d’alerte permanente”; nos sous-marins nucléaires croisent devant New York, “prêts à châtier cette cité impie”, et Giscard, même quand il sort la nuit, garde la clé du champ de tir atomique “attachée à son cou”. On est loin du réalisme diplomatique: on est dans la fanfare de la dissuasion, jouée par des majorettes.

Le plus beau, c’est la petite musique des confusions volontaires: ne pas confondre “la bataille de la Marne de Chirac-Joffre” avec celle de “Barre-Joffre”, ni la taille du Concorde avec la Marne. Ribaud se moque d’une France qui confond l’ego industriel avec la patrie en danger. On sort les grands mots pour un grand bruit.

Le Concorde, symbole d’émancipation… et panier percé

Ribaud rappelle au passage ce qu’on oublie quand on chante: Concorde, c’est aussi un “magnifique gadget de haute précision et de haut luxe” qui a coûté cher à construire, à vendre, à exploiter. Et il pose la question qui pique: comment les Français ne mettraient-ils pas “beaucoup de fierté” à défendre cet avion ruineux, eux qui ont mis tant d’argent pour le construire? La fierté devient ici un mécanisme de remboursement moral: quand la facture est trop lourde, on la transforme en grandeur nationale.

Et voilà la foucade gaullienne: Concorde, “symbole de l’émancipation”, comme on disait “nos ailes françaises”. Sauf que, pour faire voler ce symbole, on a stoppé net le développement de Caravelle et mis “presque tous ses œufs dans le même panier”, “hélas! trop percé”. Le rêve d’indépendance se termine en dépendance de la piste, des autorisations, des nuisances sonores, des décisions locales. Chant du coq? Ou “chant du cygne”? Le dessin de Escaro dit déjà la réponse en rouge: “COCO BANG! RICO BANG! COUAC!” Le patriotisme est un pétard: ça éclate, ça fume, et ça retombe.

New York, pas Washington: la rage française contre le fédéralisme

Dans la suite, Ribaud met le doigt sur une incompréhension française très durable: l’idée que la décision n’appartient pas à Carter, mais à l’État de New York. En Amérique, note-t-il, il existe des “prérogatives réelles”, des pouvoirs locaux qui ne sont pas des figurants. Chez nous, la centralisation, “l’exaltation de la raison d’État” et le dépérissement des pouvoirs locaux font partie du “mal français”. Quand Carter explique qu’il ne peut pas tout, la France rit au nez: quel président “ne dispose pas de pouvoir personnel”, à la Giscard? Qu’il change sa Constitution “pour faire prévaloir la raison d’État française”! Voilà Ribaud: l’ironie comme miroir cruel. Ce que nous reprochons aux autres, c’est souvent de ne pas être organisés comme nos réflexes.

Même Le Monde, ce “calme confrère”, s’étonne que Carter n’ait pas menacé New York de faillite pour “ses beaux yeux” et pour obliger la ville à ouvrir ses cieux. Menacer une ville de faillite pour un avion: on n’est plus dans la négociation, on est dans l’opéra.

Représailles: interdire Coca-Cola, boire du cognac, et traire moins

Ribaud s’en donne à cœur joie avec la liste des représailles possibles, cette diplomatie du petit levier brandi comme une épée: interdire aux avions américains d’atterrir (deux jours après, Air France interdit en Amérique, et “bonne affaire pour la Lufthansa”), ne plus acheter de soja (nos vaches “produiront moins de lait”, bon moyen de résorber les excédents de beurre), ne plus boire de Coca-Cola (“solution hygiénique hautement recommandable”), boire du cognac que les Américains n’achèteront pas, cesser tout commerce avec les États-Unis pour équilibrer une balance commerciale déficitaire… Bref: se punir soi-même en chantant victoire.

Et Ribaud ajoute la touche venimeuse du contexte: on a déjà “réglé” l’affaire Abou Daoud “au mépris” du cynisme des principes, “en tenant compte d’abord de nos intérêts pétroliers”. Mais quand on rappelle qu’à New York l’influence juive est “considérable” et que la commission qui doit trancher sur Concorde compterait “sept des douze membres” israélites, la France officielle s’indigne: “Comment ose-t-on mélanger des choses si différentes?” Là, Ribaud vise juste: nous mélangeons tout le temps, mais nous détestons qu’on le dise.

À la guerre comme à la guerre… surtout à la radio

Au fond, “En plein décibellicisme” est moins un papier sur l’avion qu’un papier sur le bruit. Sur cette manière française de gonfler un incident administratif en épopée, de transformer un blocage local en offense mondiale, et de répondre par des menaces qui ressemblent à des blagues tristes. “La guerre continue, totale”, écrit-il au début, mais c’est une guerre de micros, de déclarations, d’indignation en rafales. Une guerre où l’on se donne des airs de Napoléon… pour finir à compter les décibels.

Et c’est peut-être ça, le vrai chant du cygne: pas celui du Concorde, mais celui d’une certaine idée de la grandeur, qui a besoin de crier pour se convaincre qu’elle vole.


 

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