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N° 869 du Canard Enchaîné – 22 Février 1933

N° 869 du Canard Enchaîné – 22 Février 1933

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Tardieu ? Caillaux ?… Prospérité Santé

Le 22 février 1933, Le Canard enchaîné frappe fort : une une en lettres grasses répond à « Que veut donc le Canard ? » et une lettre d’Henri Jeanson ridiculise le préfet de police Jean Chiappe, idole des ligues et cauchemar des libertaires. Derrière l’humour, un cri : la République pourrit de l’intérieur, minée par les hypocrites qui prêchent l’ordre et pratiquent la trahison. À quelques mois du 6 février 1934, le Canard ne rit plus pour distraire, mais pour avertir.

A droite ! par DrégérinPour l’égalité fiscaleLe Palais-Bourbon ferme à son tourExcuses à Jean Chiappe, par Henri Jeanson Apothéose d’Ubunau-Varilla, par Georges Pioch – De Vercingétorix à Pierre Laval, les fouilles de Gergovie permettent de curieuses découvertes, par Pierre Bénard – Une touchante cérémonie, le contribuable est à son tour félicité pour son endurance, par R. Tréno

Couac ! propose ses canards de 3 façons au choix

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Canard au naturel
Canard en chemise

Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

Cette pochette cadeau assure aussi une conservation optimale du journal : un papier au PH neutre limitant la dégradation des vieux journaux sur la durée.

Décliné en 4 pochettes originales (Gratuite)
Pochette offerte pour toutes éditions d’un prix supérieur à 59€
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Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

Plexi transparent (30€) servant de fond, plus discret mais élégant il permet aussi la vision de la dernière page du journal.
Plexi noir (35€) servant de fond, il met en valeur la teinte et le format du journal, s’harmonisant parfaitement avec les encres noires de la page.

Le Canard tire à balles réelles : Jeanson règle son compte à Chiappe

Le Canard enchaîné du 22 février 1933 est une démonstration de force. Sa une entière, typographiée en gras comme rarement, annonce la couleur : « Mais enfin, que veulent Le Matin et Le Canard enchaîné ? » La question, faussement ingénue, répond à l’émoi provoqué par la campagne parallèle menée par deux journaux que tout oppose : le grand quotidien conservateur Le Matin et l’hebdomadaire satirique de la rue Louis-le-Grand. L’un défend les rentiers et les ligues patriotiques, l’autre raille les profiteurs et les faux moralistes. Mais, cette semaine-là, le Canard revendique hautement le droit de parler le même langage, sur un ton autrement corrosif : celui d’une colère citoyenne face à la décomposition morale et financière du pays.

L’éditorial : la charge contre les faux vertueux

L’éditorial anonyme — probablement collectif — aligne une série de « il veut que » au vitriol, parodiant les professions de foi de Le Matin. Ce que le Canard veut, écrit-il, c’est que « l’État réduise son train de vie comme le directeur du Matin a réduit le sien », allusion directe à Stéphane Sapène, qui avait dû renoncer à son hôtel particulier pour se replier sur sa villa de Saint-Jean-Cap-Ferrat — « qu’il quitte tout juste pour monter sur son yacht ». La formule claque : l’indignation bourgeoise sur les « gaspillages de l’État » devient ici simple hypocrisie d’un patron de presse richissime.

Puis le texte déroule un véritable inventaire à la Prévert de la morale patronale :

« Il veut que les veuves de guerre remariées n’aient qu’à divorcer si elles veulent continuer à toucher leur pension ;
Il veut qu’on discute les projets réclamés par les marchands de canons ;
Il veut que le gouvernement se montre impitoyable à l’égard des meneurs qui provoquent la grève des salariés… »

Sous couvert de répondre à une question de doctrine, l’éditorial énonce, sur un ton tranchant, la liste des absurdités qui fondent la pensée dominante en 1933 : stigmatisation des fonctionnaires, mépris des anciens combattants, méfiance envers les syndicats, connivence avec les financiers. Dans la France de la crise, où la misère s’étend et la colère gronde, le Canard pointe la duplicité des grands journaux : ils se disent patriotes mais défendent les capitaux évadés à la Banque de Bâle ; ils prétendent moraliser la République mais réclament des tribunaux d’exception pour les députés « qui ne sont pas de l’avis de M. Joseph Caillaux ».

Cette dénonciation sonne comme un avertissement. Trois mois avant les premières grandes manifestations des ligues, la satire du Canard sent la poudre. L’hebdo refuse la dérive autoritaire qui monte sous couvert d’« union nationale » et de croisade morale. Il raille même, en conclusion, ceux qui rêvent d’un homme fort : « Il tolérerait à la rigueur une dictature fasciste, mais pas plus. » Ce n’est plus du rire : c’est un diagnostic politique.

Jeanson et Chiappe : la vengeance par la plume

Juste en dessous, la signature d’Henri Jeanson parachève le tir de barrage. Sous le titre « Excuses à Jean Chiappe », le journaliste livre un texte d’une ironie sublime. Il s’adresse au puissant préfet de police de Paris, qu’il a pourfendu pendant des années, et feint de s’humilier devant lui : « Depuis plus de six ans, je m’obstine à vous traiter périodiquement de moins que rien… Je vous le dis tout net : j’ai eu tort. »

La lettre prend alors la forme d’une confession grotesque. Jeanson, faussement repenti, égrène la longue liste des crimes et scandales imputés à Chiappe : trahison des ministres Herriot et Chautemps, répression des pacifistes, connivence avec la pègre, protection des ligues et des royalistes, complaisance envers les fascistes italiens. À chaque ligne, l’ironie s’aiguise : « Vous avez couvert, indemnisé et décoré les policiers qui assommaient ces idiots de pacifistes, c’est vrai ; organisé des attaques nocturnes, c’est vrai ; protégé l’escroc Vincent, c’est vrai… » L’accumulation tourne au réquisitoire.

Puis vient la chute : Jeanson reconnaît sa « faute » — non pas d’avoir insulté Chiappe, mais d’avoir cru naïvement que ces turpitudes n’étaient pas « très régulières » dans la République des années 1930. C’est toute la mécanique du cynisme d’État qui est mise à nu. L’auteur feint d’admettre qu’en vérité, la corruption, le chantage et le clientélisme sont « dans la ligne du parti radical », tandis que Chiappe, finalement, n’a fait qu’appliquer les règles du jeu.

La dernière page vire au burlesque lugubre : « Je te tends loyalement la main, cher Jean… J’ai hâte de rire avec toi à l’ombre d’une bonne bouteille, de l’immense et génial abus de confiance du 11 mai… » Une scène d’absurde fraternisation où le préfet honni devient complice de beuverie. C’est l’ironie absolue : celle d’un monde où la honte s’achète, où la trahison se partage autour d’un bœuf en daube.

Le Canard au front de la République

En cette fin d’hiver 1933, Le Canard enchaîné atteint un sommet de virulence. Son rire n’est plus seulement moqueur : il est défensif, presque désespéré. Tandis que la droite nationaliste et les ligues d’anciens combattants mobilisent la rue, que la presse conservatrice souffle sur les braises, le journal de la rue Louis-le-Grand fait entendre une voix singulière : celle d’une satire politique qui refuse la compromission et le chantage au patriotisme.

L’édition du 22 février 1933 est un moment de bascule : le Canard devient, face au danger fasciste, non plus un simple observateur railleur, mais un contre-pouvoir. Et c’est par le rire — ce rire noir, acide, sans concession — qu’il dénonce le pire : la comédie du pouvoir et la lâcheté des consciences.