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N° 3015 du Canard Enchaîné – 9 Août 1978

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La cour du Roi « Veto »

En 1978, l’événement des concours vétérinaires a un parfum d’écurie : Jacinte Giscard d’Estaing est reçue, et Le Canard raconte aussitôt les nerfs du régime. Changement de jury, “erreurs” de correction, rattrapage pour des “pseudo-recalés”… et une promotion gonflée de 420 à 427 admis : quand l’institution tousse, elle s’élargit. Vázquez de Sola dessine Jacinte face à un jury de trois chevaux. Le concours se veut froid ; la “cour du roi veto”, elle, préfère le classement… et le standing.

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Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

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Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

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Plexi noir (35€) servant de fond, il met en valeur la teinte et le format du journal, s’harmonisant parfaitement avec les encres noires de la page.

Une petite fleur… et tout un bouquet d’arrangements

Dans ce papier du 9 août 1978, Le Canard fait ce qu’il sait faire de mieux : transformer un fait divers de concours en radiographie d’un régime. Le “grand événement” de l’année vétérinaire, nous dit-on, c’est la candidature puis le succès de Jacinte Giscard d’Estaing aux écoles nationales vétérinaires. Et immédiatement, le journal pose la question qui fâche, celle qui ne bêle pas, qui mord : à quoi sert la vertu du concours quand la rumeur de “coups de pouce” trotte déjà dans les couloirs comme un cheval échappé ?

Le titre est une miniature assassine : “La cour du roi ‘veto’”. “Veto” comme vétérinaire, bien sûr, mais aussi comme ce petit pouvoir de dire non… ou de faire dire oui aux autres. Une cour, donc, avec ses usages, ses préséances, ses domestiques invisibles et ses portes capitonnées. Le dessin de Vázquez de Sola résume la scène : Jacinte assise, et face à elle un jury composé de trois chevaux. Dans une République qui se rêve méritocratique, voilà que l’examen prend l’accent de l’écurie.

Le concours, ce totem… et ses ficelles

L’article insiste sur un point, presque à contrepied : Jacinte n’aurait pas eu besoin d’un passe-droit. Elle est “admise”, “sans difficulté particulière”, et sa réussite “n’a rien à voir avec les bavures de la correction”. C’est important : la satire vise moins la candidate que le système nerveux qui s’agite autour d’elle.

Car le sujet réel n’est pas “Jacinte a-t-elle le niveau ?”, mais : comment l’État gère-t-il l’idée même d’un échec possible de la Première famille ? Le Canard ironise sur l’obsession d’éviter “l’affront d’un échec, voire d’un classement médiocre”. Le régime giscardien, qui vend modernité et efficacité, apparaît soudain très ancien monde : l’angoisse du rang, le “standing” avant la note, la peur panique d’une place au-delà de la trentaine.

D’où la petite mécanique racontée : changement de président de jury (le professeur Jean-Claude Godfrain), arrivée d’un nouveau patron (le directeur de Maisons-Alfort Charles Pilet), incidents en cascade, “erreurs”, “recus-collés”, et, au bout du compte, une solution typiquement administrative : on élargit la porte. Au lieu de 420 admis “en principe réglementaire”, la promotion en comptera 427. Le concours ne se contredit pas, il s’étire. Il ne se déjuge pas, il absorbe.

C’est ça, le gag central : quand le concours menace de faire une victime symbolique, l’institution ne dit pas “on a triché”, elle dit “on a ajusté”. On ne corrige pas une injustice, on corrige une gêne.

Les “fausses notes” : l’erreur providentielle

Le Canard détaille une bourde savoureuse parce qu’elle est crédible : une épreuve notée sur 40 corrigée sur 20. Et voilà des candidats “recalés à tort” qui deviennent admissibles… sauf que la solution inventée, l’oral de rattrapage pour 38 “pseudo-recalés”, ressemble autant à un pansement qu’à une scène de vaudeville.

Le journal se régale de cette “joyeuse pagaille”, mais derrière la blague pointe un sujet sérieux : le concours comme religion nationale. En France, le concours est censé être la machine la plus froide du pays : on y entre par le mérite, on en sort classé, et la société peut dormir tranquille. Or ici, la machine tousse, et la toux devient politique, parce que le nom “Giscard d’Estaing” se trouve sur la feuille d’émargement.

Ce qui scandalise, ce n’est pas tant l’erreur que sa gestion : quand l’administration se trompe pour des anonymes, on leur dit “recours”. Quand elle se trompe sous les ors, elle invente une procédure qui sauve tout le monde… et surtout l’image de tout le monde. L’égalité des chances, oui, mais à condition que les chances soient photogéniques.

Le Canard rappelle aussi ses “coups fourrés” : l’air du temps

L’article renvoie à deux révélations antérieures du Canard : d’une part le “repêchage” ayant bénéficié au gendre de René Haby (et une instruction ouverte), d’autre part une tentative de “coup de pouce” au bac en faveur de la fille d’un “empereur africain”. Le Canard n’écrit pas : “Tout le monde triche.” Il écrit : “Les embrouilles, chez nous, ça commence à bien faire.” On n’est pas dans l’accusation généralisée, mais dans la dénonciation d’un climat : celui où l’on finit par croire qu’un concours n’est jamais tout à fait un concours quand des proches du pouvoir se présentent.

1978, c’est aussi la France de Barre, des discours de rigueur et de modernisation, mais avec des réflexes très IIIe République finissante : réseaux, coups de fil, petits arrangements pour “éviter un scandale”. Le Canard, lui, fait exactement l’inverse : il fabrique le scandale, au sens noble, en l’exposant. Il empêche l’histoire de se raconter comme un simple fait scolaire (“admission, point”) et la rebranche sur la question politique : qui est vraiment jugé, quand on juge ?

“HUE !” : l’équitation comme morale de l’histoire

Le petit encadré “HUE !” est la cerise sur le licol. On y apprend que l’école vétérinaire de Maisons-Alfort va être dotée d’un manège. Officiellement, ce n’est pas pour “étudier la physiologie du cheval”, mais pour permettre à certains d’entre eux de pratiquer leur sport favori : l’équitation. Et l’exemple “féminin”, évidemment, c’est Jacinte, cavalière, concours hippiques, cheval “Volta”, promesse d’un canasson de concours par papa.

Le trait est délicieux parce qu’il est double : d’un côté, il moque une république où l’on aménage l’institution pour les goûts des bien nés ; de l’autre, il souligne l’inconscient du pouvoir giscardien, très “cheval”, très posture, très “élégance” de vitrine. Dans le dessin des trois chevaux-jurés, tout est dit : ce n’est pas seulement l’Élysée qui fait cour, c’est l’administration entière qui apprend à hennir juste.

Au final, l’article ne “condamne” pas Jacinte. Il condamne le besoin permanent, chez les puissants, de ne jamais risquer la moindre note qui dépasse. Le concours devrait trancher ; la Cour, elle, préfère arrondir.