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N° 3014 du Canard Enchaîné – 2 Août 1978

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Ferraton, le fou, l’assassin

Un homme tue sa femme, puis un enfant de 12 ans. On pourrait refermer l’affaire au mot “monstre”. Bernard Thomas, lui, l’ouvre au scalpel: avant le crime, des années d’enfermement, d’internements, de “soins” qui ressemblent à une mise au pas. En 1978, Ferraton publie son autobiographie avant son procès: confession, dossier, acte d’accusation contre les institutions. Condamné à perpétuité en décembre 1978, libérable en 1989 mais jamais relâché, il meurt à Fresnes en 2021. Et, entre les lignes de l’article, Escaro fait entendre le cerveau au mixeur: RRRRR.

 

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Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

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Un “fou” fabriqué, un assassin jugé, un pays qui détourne les yeux

L’article de Bernard Thomas (2 août 1978) a cette manière bien “Canard” de tenir deux vérités à bout de bras sans les réconcilier à bon compte: d’un côté, un homme qui a commis l’irréparable; de l’autre, une machine sociale qui l’a longtemps trituré avant qu’il ne casse. Et pour éviter le piège du “pauvre victime”, Thomas choisit l’angle le plus vénéneux: les aveux. Pas ceux du box des assises, ceux d’un livre publié juste avant le procès, Ferraton, le fou, l’assassin (éditions Solin, 1978). Autobiographie comme pièce à conviction, confession comme bouteille jetée à la face des institutions.

Dans ce récit, la monstruosité n’entre pas en scène en cape noire. Elle arrive en blouse, en uniforme, en formulaire, en décision de placement “pour son bien”, en internement “sans savoir pourquoi”, en discipline “de fer”. Le crime, lui, vient plus tard. Et c’est précisément ce décalage qui dérange: l’horreur n’est pas un éclair, c’est une longue mise sous tension.

Le déroulé de l’affaire: de l’enfance sous clé au procès

Pour que le lecteur mesure ce que Thomas met en lumière, il faut replacer le texte dans la chronologie du drame, telle qu’on la connaît aujourd’hui.

1945: Serge Ferraton naît dans le Nord, dans un milieu très pauvre. Enfance cabossée, père violent, humiliations, petits vols.

Décembre 1955 (il a 10 ans): un gros vol déclenche la décision judiciaire qui va structurer tout le reste. Placement dans un institut médico-pédagogique (IMP) à Armentières, où il côtoie des enfants “à problèmes” et subit une discipline brutale. Là, l’étiquette colle à la peau: on ne corrige pas un gamin, on le classe.

1959-1965: à 14 ans, sa famille refuse de le reprendre. Direction l’hôpital psychiatrique “voisin”. Il y restera des années, avec fugues, isolement, violence. Sortie, puis nouvel internement en 1965, cette fois dans un établissement de sûreté (Sarreguemines), sur dénonciation, sans qu’il comprenne ce qui lui tombe dessus. Retour à Armentières encore pour plusieurs années.

Mars 1971: il sort enfin. Il tente une “vie normale”: travail, mariage (1972), deux enfants (1972 et 1974). Mais la normalité, quand on n’a connu que la relégation, a la fragilité d’un verre posé au bord d’une table.

9-10 août 1974: dispute conjugale. Il étrangle son épouse, puis dissimule le corps (coulé dans une dalle de béton, dans une cave). Pendant plusieurs semaines, il ment au voisinage.

13 septembre 1974: deuxième crime. Il enlève deux garçons, viole et tue l’un d’eux (12 ans). L’autre survit et le dénonce. Arrestation, aveux.

À partir de là, l’affaire bascule dans ce que Thomas vise au scalpel: non pas “a-t-il fait?”, mais “qu’a-t-on fait de lui avant qu’il fasse?” La question centrale devient celle de la responsabilité pénale, donc de la psychiatrie, donc du risque d’un retour à l’asile. Et Ferraton, paradoxalement, réclame d’être tenu pour responsable, parce qu’il redoute l’internement plus que la prison: quand on a connu l’asile comme un trou sans horloge, la perpétuité peut ressembler à un calendrier.

1978: l’été où l’autobiographie arrive avant la guillotine

Le livre paraît en janvier 1978. Thomas s’en empare en août, quelques mois avant le procès de décembre. C’est une configuration rare: l’accusé met lui-même son dossier en circulation. Il ne cherche pas à se blanchir, il cherche à expliquer le mécanisme. Et l’effet est explosif, parce que le texte fait remonter à la surface ce que la société préfère laisser au sous-sol: une psychiatrie de l’époque qui ressemble moins à une médecine qu’à une police des comportements.

Le Canard, via Thomas, ne dit pas “donc il fallait le plaindre”. Il dit: regardez ce que vous fabriquez quand vous confondez soin et mise au pas. Et là, l’humour noir intervient comme une lampe torche: pas pour faire rire, pour éviter de détourner les yeux. Dans l’article, “Ferraton n’est qu’un voyou… ordinaire”, et la phrase est une gifle: ordinaire, donc possible; ordinaire, donc reproductible.

Procès, peine, épilogue: la très longue fin d’une vie enfermée

Décembre 1978 (Douai, assises du Nord): procès. L’avocat général requiert la peine de mort, mais la cour condamne Ferraton à la réclusion criminelle à perpétuité (sans préméditation retenue, avec circonstances atténuantes). Il devient l’un de ces condamnés dont la peine est aussi une solution sociale: on l’écarte, on respire, on passe à autre chose.

Puis vient l’épilogue, qui n’a rien d’un dénouement, plutôt une extinction lente.

Selon les éléments connus ensuite:

  • Ferraton devient libérable (théoriquement) à partir de septembre 1989.
  • Ses demandes de libération sont rejetées; la crainte d’une récidive sert de verrou.
  • Il meurt le 18 février 2021, au centre pénitentiaire de Fresnes, à 75 ans, après une vie passée majoritairement enfermée (prison + psychiatrie + institutions).

C’est là que l’article de 1978 prend un relief sinistre: Thomas écrit au moment où l’on se demande encore “que va décider le jury?”. Nous, lecteurs d’aujourd’hui, savons la suite: non seulement la perpétuité, mais le temps total comme seconde condamnation, la vie réduite à une succession de portes, de verrous, de couloirs.

Le mixeur de Escaro: la métaphore qui hurle sans mots

Le dessin d’Escaro: une tête ouverte à hauteur du cerveau, un mixeur planté dedans, “RRRRR”. C’est une trouvaille de cruauté exacte: la société ne veut pas comprendre, elle veut lisser. Elle ne veut pas écouter un récit, elle veut obtenir une pâte homogène, un individu “tenable”. Le mixeur, c’est l’institution quand elle ne sait plus quoi faire: elle remplace la pensée par la procédure, le soin par la technique, le trouble par la réduction.

Et Thomas, lui, fait l’inverse: il redonne du récit là où l’on voudrait du silence. C’est peut-être ça, le centre moral de son papier: ne pas acquitter, ne pas absoudre, mais refuser l’amnésie. Dire qu’un assassin peut être coupable, et que la société peut être impliquée. Deux responsabilités, deux horreurs, une seule histoire.