N° 3043 du Canard Enchaîné – 21 Février 1979
N° 3043 du Canard Enchaîné – 21 Février 1979
19,00 €
En stock
Iran : les turbans mènent la danse
Le 21 février 1979, Claude Angeli raconte un Iran où « les turbans mènent la danse »… et où la musique est parfois jouée au peloton. Après les premières exécutions de Téhéran, l’armée du Chah se délite: indiscipline, panique, règlements de comptes, morale brandie comme une matraque. Puis cap sur Rasht, au bord de la Caspienne: un mollah-gouverneur gouverne depuis sa chambre, tranche sur tout, des poubelles à la justice. Même Air France et le Quai d’Orsay entrent dans la chorégraphie. Une révolution qui administre d’abord par la peur.
Couac ! propose ses canards de
3 façons au choix
En stock
21 février 1979 (Claude Angeli) : l’Iran, version turban-cravate
Une armée au tapis, un peloton en coulisses
Dans ce « Iran : les turbans mènent la danse », Claude Angeli attrape l’actualité au col et la secoue: à Téhéran, le 15 février au soir, les premières exécutions tombent et « provoquent quelques remous au gouvernement, au Conseil de la révolution et dans certains cercles religieux ». Personne ne conteste la culpabilité des quatre généraux fusillés, mais l’article glisse là où ça fait mal: moins le verdict que le décor, la vitesse, l’odeur de justice expéditive. Khomeiny, note Angeli, ne se contente pas de tenir le micro: « La justice, c’est aussi de la politique », et l’ayatollah « n’a de comptes à rendre qu’à Dieu ». Dans le dessin de Kerleroux, il s’ auto-congratule: « Un quarteron de généraux… Dieu merci! » Le gag fait ressortir l’idée: la Révolution recycle les vieilles formules françaises et les colle à son propre tableau de chasse.
Puis vient l’autre trou béant: l’armée du Chah, censée être une machine, ressemble à une casse. Angeli parle d’« indiscipline nationale », de débandade, de désertions, d’ordres qui se contredisent, d’unités qu’on déplace dans l’urgence. Le chiffre claque: près de 490 000 hommes et 20 000 conseillers américains, et pourtant la panique grimpe plus vite que le grade. La Révolution a besoin d’un ennemi, mais elle hérite aussi d’un appareil militaire qui se délite, avec ses réflexes de police politique, ses rivalités et ses humiliations accumulées. Même quand l’article sourit, c’est un sourire froid: sous la grandiloquence révolutionnaire, on devine la logistique qui patine.
Du beurre sous les étoiles, et la morale en bandoulière
Angeli ajoute des touches qui font grincer: les plaintes d’officiers, la rancœur contre les « conseillers », les généraux corrompus, le “beurre” qu’on fabrique avec les canons “made in USA”. Et, en contrepoint, la petite musique idéologique: Khomeiny qui promet la compassion chrétienne pour mieux annoncer qu’il « guérira les communistes ». L’article ne moralise pas à votre place: il montre comment la morale sert de carburant, et comment la violence s’installe dans les procédures.
À Rasht, la justice au lit et l’État dans la chambre
La seconde partie, « Au bord de la mer Caspienne: Un mollah sur son lit de justice », ressemble à un reportage sur une administration devenue domestique: une chambre, un lit, et l’État qui tient dans la pièce. Angeli décrit un mollah-gouverneur et son équipe qui ont « une religion sur tout »: poubelles, armée, justice, tout passe par la même porte. Le mollah distribue des ordres, convoque, sermonne, tranche. Le pouvoir n’est plus un bâtiment, c’est un personnage.
Le ton devient noir quand Angeli égrène les châtiments “exemplaires” et leur logique de vitrine: on fouette “selon la loi”, puis on rassure, on corrige, on proclame que tout va bien, que « la vache, elle, se porte bien ». La Révolution se fabrique une police des gestes et une justice de scène, avec un public obligé.
Air-pingre et État sous surveillance
Même l’aviation et la diplomatie se retrouvent prises dans cette chorégraphie: discussion sur la reprise des vols Air France, sur l’argent à verser, sur les précautions à prendre. Et, au bout, l’“État sous surveillance”: méfiance envers l’« ouverture », priorité à l’ordre, à la morale, à l’encadrement. Angeli ne force pas le trait: il constate la même chose, à deux étages. En haut, Téhéran purge et improvise; plus loin, sur la Caspienne, un gouverneur-mollah fait tenir l’administration dans un lit. Une révolution qui promettait un monde neuf, et qui commence par réorganiser les serrures.





