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Les crayons du Canard

Jean Oberlé

1900 - 1961

Sa participation au Volatile : 1919 à 1920

Jean Oberlé à la pipe  

par Jules Pascin

1922

Jean Oberlé (1900-1961) : le trait vif, la voix de Londres, et un détour par le Canard

Identité et profil

Jean Oberlé naît à Brest le 12 janvier 1900 et meurt à Paris le 2 mars 1961. Fils d’un officier de marine, il fait ses études à Paris. Très tôt attiré par la presse, il se signale dès l’enfance en remportant, en 1911, un concours de dessin organisé par Excelsior. Il renonce ensuite à une trajectoire de fonctionnaire pour mener une vie d’images et de papier : dessinateur, peintre, aquarelliste, portraitiste, affichiste, mais aussi reporter et critique dramatique, sans oublier un passage par le décor de théâtre.

Un portrait revient souvent : une gaieté et une vitalité peu communes, une voix qui porte loin, et un goût assumé pour les sarcasmes bien tirés et les anecdotes qui font mouche. Dans le même mouvement, ceux qui l’observent insistent sur une tendresse réelle pour ses modèles, même quand le trait claque.

Une entrée au Canard (1919-1920) : le jeune Oberlé et la “vie de bidasse”

Oberlé collabore au Canard enchaîné sur une période brève mais significative, de 1919 à 1920. Cette première étape est décrite comme un exutoire : un lieu où il peut transformer les contrariétés et les petitesses du quotidien, notamment celles de la caserne, en dessins et notations qui respirent l’à-propos.

Au fond, l’époque lui va bien : l’après-guerre réinvente les formes (et les insolences), et le Canard, tout juste sorti de l’enfance, accueille des signatures qui savent piquer sans se prendre pour des procureurs. Oberlé, lui, n’est pas “cruel” au sens mécanique du terme : il peut être dur, rarement indulgent, mais l’acide est contrebalancé par une sorte de chaleur humaine qui affleure sous la bravoure.

Les années 1920 : Montparnasse, Tout-Paris et le métier à multiples casquettes

Dans les années 1920, Oberlé côtoie ce que Montparnasse compte de figures marquantes. Une amitié profonde le lie à Max Jacob, dont il peint plusieurs portraits. Il illustre une vingtaine d’ouvrages contemporains et travaille pour divers journaux et magazines parisiens, avec une présence notable au Crapouillot.

Il est également rattaché à ce “Tout-Paris” où les ateliers, les salles, les rédactions et les tables se touchent presque. À partir de 1925, il entame une carrière au Journal. En parallèle, il expose à l’Araignée et se constitue un solide répertoire d’écrivains illustrés : de Colette à Cendrars, d’Anatole France à Courteline, de Pierre Bourdan à Marcel Boulanger, sans oublier Galtier-Boissière ou Carco. Cette constellation n’est pas un décor : elle façonne un ton, une vitesse, une manière de raconter en quelques lignes ce que d’autres étirent sur une page.

Un style : entre le coup de fouet et la caresse

On a souvent résumé son dessin à une tension : d’un côté, un trait féroce, qui surgit “en coup de fouet”, surtout lorsque l’instinct prend le pas sur la réflexion ; de l’autre, une tendresse qui demeure, parfois dissimulée derrière des airs de cascadeur un peu vachard. Son portraitisme n’est pas toujours “exact” au sens photographique, mais il vise une vérité de caractère, quitte à bousculer le réalisme.

Cette dualité, chez lui, n’est pas une contradiction : c’est une méthode. Le trait coupe, oui, mais il ne coupe pas des gens, il coupe dans les postures.

1934 : reconnaissance et indépendance

Oberlé obtient le prix Blumenthal en 1934, signe d’une reconnaissance institutionnelle qui n’annule pas sa liberté de ton. Il continue d’illustrer, d’écrire, de fréquenter les milieux artistiques et journalistiques, tout en restant cet homme-orchestre graphique qui peut passer du croquis au décor, de l’affiche au récit.

1940-1945 : Radio Londres et la guerre des ondes

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Oberlé devient l’un des animateurs de la France libre à la BBC, à Londres. Il se trouve à Broadcasting House, avec Jean Marin et Paul Gordeaux, lorsque le général de Gaulle prononce l’appel du 18 juin. Il participe ensuite à cette guerre où l’on tire des phrases comme d’autres tirent des cartouches, et où l’on vise le moral, les nerfs, la peur, la propagande.

On lui attribue notamment le slogan resté proverbial : “Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand.” Son verbe incisif, déjà entraîné dans les rédactions, trouve là un terrain où l’esprit devient une arme simple, portable, réutilisable, et terriblement contagieuse.

L’après-guerre : retour, livres, Bref et distinctions

Après la Libération, Oberlé revient en France et reçoit des distinctions, dont la Légion d’honneur, ainsi que l’Ordre de la Couronne de Belgique. Il participe au comité de rédaction de l’hebdomadaire Bref, créé par l’équipe française de la BBC reconstituée : il y collabore comme illustrateur et comme journaliste, et figure dans les premières présentations de l’équipe.

Il publie plusieurs ouvrages, dont :

* Images anglaises, ou l’Angleterre occupée (1942)
* Jean Oberlé vous parle…, souvenirs de cinq années à Londres (1945)
* Jean Dorville (1946)
* Pages choisies de Pierre Bourdan (introduction, 1951)
* Utrillo Montmartre (1956)
* La vie d’artiste (1956)

À l’occasion de La vie d’artiste, un texte du Canard souligne la manière dont Oberlé “campe” les derniers reflets de la Belle Époque, puis la vie de caserne, et enfin le Londres sans fards, raconté sans “faciles cocoricos” et sans indulgence méprisante envers ceux passés “de l’autre côté”. Le livre est aussi présenté comme un hommage vibrant aux copains, aux peintres, et à la peinture, avec cette tendresse qui déborde dès qu’il baisse un peu la garde.

Vie privée, dernières années et sépulture

Oberlé est le compagnon de la parfumeuse Germaine Cellier, qui vit dans son appartement du 19 rue de Lille. Il meurt en 1961 et repose au cimetière de Vaucresson (Hauts-de-Seine).


A l’occasion de la sortie du livre de Jean Oberlé, LA VIE D’ARTISTE, Henri Monier déclare dans le Canard Enchainé du 18 avril 1956:

(…)
Né avec le siècle, Oberlé nous campe, de main de maitre, les derniers aspects de la belle époque, dont il fut le témoin ébloui. Puis, c’est la vie de caserne, grise et maussade, menée de front avec débuts prometteurs dans la carrière pleine d’aléas de dessinateur de journaux. Une de ses premières collaborations fut notre « Canard Enchaîné », où, pour la joie de nos vieux lecteurs, il trouve un exutoire aux petits ennuis de la vie de Bidasse. Sa bonne étoile lui vaut l’amitié et les conseils des maîtres les plus réputés du crayon et de la plume : l’inimitable Gus Bofa, Dignimont, Chas-Laborde, trop tôt disparu, Derain, Carco, Galtier-Boissière, surtout, qui lui ouvre avec les Colonnes et les truculents dîners du « Crapouillot », les portes de la renommée.
Sous ses airs cascadeurs, parfois un peu « vachards », Oberlé cache un immense fond de tendresse qui, à chaque page, éclate, dédié ses copains, aux peintres, qu’ils soient ou non notoires, à la peinture, surtout.
Est-il besoin de rappeler cette période de notre histoire où son verbe incisif clamait nos espoirs, balayant les tristes calembredaines des bourreurs de crânes de tout acabit de la radio allemande ou collabo ? Ce séjour à Londres, sans fards. il le retrace et l’un des moindres mérites du livre n’est pas le défaut de faciles « cocoricos », ni la méprisante indulgence dont il témoigne vis-à-vis de ceux qui s’étaient placés de l’autre côté de la barricade.

Sources et références

– Notice et éléments biographiques : Wikipédia (Jean Oberlé)
– Article du Canard enchaîné du 18 avril 1956 (Henri Monier, à propos de La vie d’artiste)
– Extrait “Dico Solo” de Catherine Saint-Martin (notice Oberlé)

Oberlé déguisé en petit cousin du marié 

vu par lui-même

Le Crapouillot, 1 août 1923

Oberlé  

vu par lui-même

Le Journal, 4 avril 1936

Oberlé 

par Siss

Dico Solo, Catherine Saint-Martin – Té.Arte