Jean Varé (Maurice Louis Hayward)
Repères
Jean Varé est le pseudonyme de Maurice Louis Hayward (1892–1956), dessinateur, revuiste et poète d’humour. Issu d’un milieu où la cuisine comptait (son père étant professeur de cuisine), il exerce divers métiers, débute dans la presse suisse, puis vient à Paris en 1921. Il est sociétaire des Humoristes et membre de la Société des auteurs et compositeurs de musique.
Une naissance qui hésite entre deux rives
Son identité porte, dès l’origine, une petite “frontière mobile”. Plusieurs sources le donnent né à Croydon (Surrey, Angleterre), tandis que d’autres le situent né à Lausanne. L’hommage suisse insiste d’ailleurs sur cette double appartenance, en le disant d’ascendance anglaise par son père tout en le rattachant au “Vieux-Lausanne” et à la sociabilité vaudoise où il aurait tenu un rôle de premier plan. Autrement dit : même quand l’état civil se dispute la ligne de départ, Varé, lui, semble déjà vivre entre deux paysages.
Au Canard enchaîné (1921–1924)
Un “Canard” à sa mesure
Varé collabore au Canard enchaîné de 1921 à 1924 (et figure aussi à l’Almanach du Canard enchaîné en 1921). Les lecteurs d’alors retiennent ses dessins et ses poèmes, souvent pensés comme un seul mécanisme : le trait ouvre la porte, la légende fait entrer l’absurde en costume de ville.
Une mécanique du décalage
La réception la plus juste résume son efficacité sans l’alourdir : “La gratuité de l’humour de Varé se passe de commentaires; mieux que nous ne saurions le faire, il conduit le lecteur aux confins de l’absurde et gagne à tout coup son approbation.”
Là est sa signature : une épure qui n’explique pas, qui déplace.
Le “club Canard” en déplacement : l’épisode des Lettres françaises (1946)
Quand la Romandie reçoit… une délégation très “Canard”
Un article publié en 1946 dans Les Lettres françaises (rubrique depuis Lausanne) annonce l’arrivée en Suisse romande d’une douzaine d’humoristes français invités pour une tournée (Genève, Lausanne, Montreux, Sion, Fribourg). La liste donnée est éloquente et mérite d’être regardée comme un petit instantané de “famille” : Effel, Monier, Peynet, Soro, Ferjac, Grove, Pouey (présenté comme journaliste), et Poupette (secrétaire du groupe), avec en tête Pierre Bénard.
Ce “Pierre Bénard en tête” n’est pas un détail de protocole : il fait immédiatement apparaître le noyau dur d’un milieu où l’on retrouve, pour une large part, des noms familiers des lecteurs du Canard. En clair : la Romandie ne reçoit pas seulement des humoristes “français” au sens large, elle reçoit une délégation dont l’ADN est très proche des ateliers, des rubriques, des réseaux du Canard enchaîné, avec un chef de file qui n’est pas un simple figurant.
Et Varé dans tout ça ?
Le même texte cite Jean Varé au passage, ce qui place son nom dans cette circulation d’après-guerre où presse, salons, invitations et amitiés se tiennent par le col. Même si Varé n’est plus le “présent hebdomadaire” des années 1920, il reste une signature qui compte assez pour être inscrite dans ce paysage de retrouvailles.
Une signature qui circule : presse, scènes, commandes
Presse et revues
Varé ne se limite pas au Canard. Les notices le donnent présent dans de nombreux titres (dessins et/ou collaborations), notamment La Liberté, Le Journal amusant, La Presse, Le Petit Parisien, Le Rire, Dimanche-Illustré, Ric et Rac, Ridendo, Gringoire, Carrefour, Aux Écoutes, Ici Paris, Pan, Marius, et d’autres. Il est aussi signalé comme auteur de publicités pharmaceutiques.
Revue, chanson, radio : l’homme-orchestre
La même veine “revuiste” se prolonge hors de la page imprimée. Varé est décrit comme revuiste, poète, parfois chansonnier. Vers 1930, il “tâte du dessin animé”. Pendant la Seconde Guerre mondiale, de retour en Suisse, il travaille pour la radio et le théâtre, et ouvre une boîte de chansonniers, Le bonnet d’âne, dont il serait l’unique homme à tout faire. Il expose à Humour 41–42. Après la Libération, il reprend ses activités, mais son dessin disparaît de la presse au début des années 1950.
Derniers échos et mémoire
Mort et hommages
La presse suisse annonce la mort de Maurice Hayward, alias Jean Varé, à 63 ans, et souligne l’attachement local, la famille, et l’ancrage lausannois.
Le Canard enchaîné lui rend hommage en 1956, rappelant les “charmants dessins” publiés dans le journal et ses poèmes “pleins d’humour et de sensibilité”. Un autre texte, signé Henri Monier (1958), brosse un portrait vif : silhouette fluette, regard tantôt candide tantôt malicieux, et cette façon de rester “totalement étranger” au sens des affaires, tout en voyant très clair dans la comédie des grands gagneurs et des naïfs à panonceaux.
La gratuité de I ‘humour de Varé se passe de commentaires; mieux que nous ne saurions le faire, il conduit le lecteur aux confins de I ‘absurde et gagne à tout coup son approbation. (Frédéric Delanglade, 1947)
Un ami nous quitte – Varé qui, en même temps qu’un exquis poète, fut un dessinateur plein de verve et de fantaisie, vient de mourir. Nos lecteurs des années 1920 se rappelleront les charmants dessins qu’il publia dans le « Canard », et aussi les poèmes pleins d’humour et de sensibilité de ce charmant ami qui ne laisse que des regrets. – le Canard Enchainé du 11 avril 1956 –
Fluet le nez au vent, dans l’œil une flamme tour à tour candide et malicieuse, voilà Varé. Que de finesse chez ce descendant d’Anglais fixés en Helvétie ! Ce dessinateur, au trait si personnel, est aussi un poète. Ses croquis en vue plongeante adornant de cocasses loufoqueries en vers fort bien venus, ont fait, des années durant, la joie des lecteurs du « Canard ». Totalement étranger au sens des affaires, Varé, dessinateur, revuiste, poète ou chansonnier, se console aisément de cette lacune et se gaudit, narquois, à voir gros gagneurs et naïfs à panonceaux s’échiner à l’ouvrage. Henri Monier – le Canard Enchainé du 12 février 58 –








