N° 232 du Canard Enchaîné – 8 Décembre 1920
79,00 €
En stock
« L’art d’utiliser les restes » – Georges de La Fouchardière, 8 décembre 1920
Georges de La Fouchardière signe ici une satire acerbe sur l’exploitation des morts de la Grande Guerre, alors que la nation s’approprie le culte du soldat inconnu pour satisfaire des intérêts politiques, économiques et symboliques. L’article déborde d’ironie mordante en décrivant une France où les restes des soldats sont utilisés comme outils patriotiques… mais aussi commerciaux.
L’auteur s’amuse à imaginer les 36 000 communes françaises réclamant leur part du « cadavre glorieux », transformant le transfert des dépouilles en une vaste entreprise nationale. À Purgerot, des veuves « glorieuses » et des orphelins patriotes seraient mis à contribution. Plus loin, La Fouchardière énumère avec une ironie cinglante les corps de métiers qui profiteraient de cette effervescence macabre : terrassiers, menuisiers, fleuristes, sculpteurs, et même imprimeurs pour les procès-verbaux.
La satire atteint son sommet lorsqu’il évoque les « 36 000 cérémonies renouvelées 36 000 fois » dans une France qui ferait tourner « la machine patriotique ». Le transfert des restes devient ainsi une grande mise en scène, où tout le monde, jusqu’aux lampions et aux feux d’artifice, aurait son rôle à jouer. La solennité de l’hommage est désossée pour laisser place à une critique d’un certain opportunisme national.
À travers son style mordant, l’auteur critique subtilement la récupération politique de la guerre et l’instrumentalisation de la mort pour des intérêts éloignés des véritables sacrifices des soldats. En filigrane, La Fouchardière invite à s’interroger sur la sincérité des hommages et sur le rôle de l’État dans leur orchestration. Une réflexion qui résonne encore dans une époque où la mémoire collective continue d’être mise au service des stratégies politiques.
Couac ! propose ses canards de 3 façons au choix
En stock