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N° 28 du Canard Enchaîné – 10 Janvier 1917

N° 28 du Canard Enchaîné – 10 Janvier 1917

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Encore une note !

En janvier 1917, Pierre Meudon invente la République de Balivernopolis, neutre en théorie, fournisseur de munitions en pratique, et soudain « affligée » par le sang qui coule. Sa grande idée pour décourager la guerre ? Augmenter le prix des armes, tout en envoyant, avec des vœux de paix, des catalogues d’armement majorés. Le président pleure sur les canons… en mouillant des mouchoirs, pas les obus. Une satire au scalpel : la diplomatie console, le commerce prospère.

La crue de la Seine, dessin de Bour Doux espoir, dessin de Depaquit

Couac ! propose ses canards de
3 façons au choix

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Canard au naturel
Canard en chemise

Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

Cette pochette cadeau assure aussi une conservation optimale du journal : un papier au PH neutre limitant la dégradation des vieux journaux sur la durée.

Décliné en 4 pochettes originales (Gratuite)
Pochette offerte pour toutes éditions d’un prix supérieur à 59€
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Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

Plexi transparent (30€) servant de fond, plus discret mais élégant il permet aussi la vision de la dernière page du journal.
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Encore une note, encore une grimace

10 janvier 1917 : voilà deux ans et demi que l’Europe s’entête à se massacrer avec l’application d’un comptable et l’imagination d’un pyromane. Et voici que, soudain, les diplomates « consentent à nous apporter leurs lumières ». Pierre Meudon ouvre le bal en feignant l’allégresse : quelle veine. Dans ce début, tout est déjà dit : la guerre tue, la paperasse console, et l’encre se donne des airs de baume.

Le procédé est simple et diaboliquement efficace : inventer un État neutre, la République de Balivernopolis (rien que le nom, on entend le rire grinçant du Canard), et lui faire adresser une « note » aux belligérants. On a déjà eu l’Amérique, la Suisse, la Suède… alors pourquoi pas cette nation fictive, dont la neutralité ressemble à une soutane pleine de poches : on bénit d’une main, on encaisse de l’autre.

La neutralité selon Balivernopolis : des munitions et des mouchoirs

Le cœur du texte, c’est la contradiction assumée, exhibée comme une médaille : Balivernopolis « est affligée de voir que le sang coule », mais elle a fourni des munitions aux combattants. Elle n’était pas affligée « il y a deux ans »… elle l’est « maintenant ». Autrement dit : la compassion vient quand la vitrine commence à se salir, pas quand la caisse sonne.

La morale officielle prend la forme d’un sermon enfantin : les belligérants auraient dû acheter ces armes… puis les enfermer à clé, ou jouer avec « sans se blesser et sans blesser leurs voisins ». La poudre ? À tirer sur les moineaux, ou pour « de belles illuminations » nocturnes. Les obus ? Dans le désert, ou en mer après avoir « écarté tous les navires » pour ne pas les atteindre. Le Canard fait mine de croire à l’usage pacifique de l’outil meurtrier, et l’absurdité éclaire tout : une arme n’est pas un jouet dangereux, c’est un outil fait pour réussir sa fonction. La naïveté affichée sert de loupe : elle grossit le mensonge jusqu’à l’aveu.

Et puis vient la scène la plus noire sous son chapeau blanc : le Président de Balivernopolis visite ses usines, voit sortir un gros canon, s’exclame que « peut-être des hommes braqueront cette pièce contre d’autres hommes », et pleure à grosses larmes. Résultat : une douzaine de mouchoirs mouillés par jour. On est chez les Tartuffes de l’armement : le commerce d’abord, la tristesse ensuite, soigneusement comptabilisée en linge humide.

La “note” diplomatique comme feuille de vigne… et comme catalogue

Ce qui rend la satire particulièrement mordante (et moderne), c’est la chute : pour « rendre plus difficile l’acquisition de ces joujoux dangereux », Balivernopolis décide d’en élever les prix. Le cynisme est parfait : on se donne une posture de vertu en transformant l’horreur en produit premium. Puis, à l’occasion de la nouvelle année, la République envoie aux belligérants, en même temps que ses vœux « très sincères » de paix prochaine, ses catalogues d’armements avec tarifs « sensiblement majorés ». L’hypocrisie n’est plus une faute : c’est une ligne de stratégie commerciale.

Et le bouquet final, délicatement posé comme un ruban sur une caisse de grenades : « Elle souhaite d’ailleurs la victoire à tous les belligérants. » Là, Meudon ne dénonce pas seulement l’incohérence : il pointe le mécanisme économique qui prospère sur l’indécision morale. Souhaiter la victoire à tout le monde, c’est souhaiter que la guerre dure assez pour que tout le monde continue d’acheter.

1917 : les « lumières » des chancelleries et l’ombre longue des marchands

En janvier 1917, la guerre n’est plus une surprise, c’est une habitude sanglante. Les « notes » circulent, les médiations s’esquissent, les neutres se drapent dans le rôle d’arbitres, et chacun parle de paix comme on parle du beau temps : pour avoir l’air civilisé. Le Canard, lui, pointe l’angle mort : la diplomatie, quand elle se contente de paroles, devient un théâtre où l’on joue à la prudence pendant que les usines tournent.

Et derrière la farce, il y a aussi la situation du journal : écrire en 1917, c’est écrire sous contrainte, avec la censure qui guette. La fiction (Balivernopolis, Nicodème Vafort) n’est pas seulement un gag : c’est un masque. Un masque qui permet de dire l’essentiel sans nommer tout le monde, et surtout sans se faire confisquer la plume avant la fin de la phrase.

Une leçon qui traverse le siècle

Ce billet de Meudon n’a rien perdu de sa fraîcheur acide : chaque époque invente ses Balivernopolis, ses “neutres” très concernés, ses indignations à calendrier flexible, ses catalogues qui arrivent « en même temps » que les vœux de paix. La trouvaille la plus cruelle, c’est peut-être celle-ci : la vertu n’est pas contredite par le profit, elle est parfois vendue avec, comme une garantie sur l’emballage.

Et la dernière question, faussement candide, referme le piège : « Qui sait… qui sait si cette courageuse intervention n’est pas susceptible d’amener promptement et prématurément la fin de la guerre ? » Voilà l’ironie dans son costume du dimanche : on feint d’y croire pour mieux montrer qu’on n’y croit pas. Les notes peuvent bien pleuvoir : tant que les obus sortent de la forge, la pluie n’éteint rien.