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N° 2900 du Canard Enchaîné – 26 Mai 1976

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La D.S.T. refuse de répondre au juge

Mai 1976 : dans un nouveau rebondissement de l’affaire des micros du Canard, le directeur de la Police nationale écrit au juge Pinseau pour lui annoncer que les agents de la D.S.T. ne répondront plus à ses convocations. Dans « La D.S.T. refuse de répondre au juge », Roger Fressoz démonte cette insulte à la justice, couverte par Poniatowski, bénie par Giscard et avalée par Lecanuet. Roland Dumas, avocat du journal, appelle le juge à passer outre : la police est l’auxiliaire de la justice, pas l’inverse. Sous la « société libérale », les barbouzes, elles, restent bien protégées.

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La police contre la loi

Avec « La D.S.T. refuse de répondre au juge », une du 26 mai 1976, Roger Fressoz raconte un épisode ahurissant – mais très pédagogique – de l’affaire des micros du Canard. Décembre 1973, on découvre que la D.S.T. a fait poser des écoutes dans les locaux du journal. Trois ans d’instruction plus tard, alors que le dossier piétine, la police politique décide purement et simplement… de ne plus obéir au juge. Sous Giscard, la « société libérale avancée » sait être très conservatrice dès qu’il s’agit de ses barbouzes.

La lettre de Pandraud

Tout part d’un courrier du 15 mars 1976. Robert Pandraud, directeur de la Police nationale, écrit au juge Hubert Pinseau, qui a repris le dossier après le trop discret Alain Bernard. Ton solennel, mais contenu clair : les « plombiers » de la D.S.T. ne se présenteront plus aux convocations du magistrat ni aux confrontations avec les témoins.

Autrement dit, un haut fonctionnaire annonce à la justice que des policiers, simples justiciables comme les autres, ne viendront plus répondre aux questions. Mieux : il explique que l’affaire a « déjà trop duré », que cela risque de désorganiser la D.S.T. et qu’il faut arrêter les frais. Invitation, précise Fressoz, qui ressemble furieusement à une injonction.

Le char de Thémis remplacé par le car de police

Le dessin de Escaro illustre la scène : le char de Thémis a disparu, remplacé par un car de police, un magistrat ligoté et bâillonné à l'intérieur. Tout est dit. En pratique, première conséquence de la lettre : le juge annule les convocations de la vingtaine de témoins qui devait défiler dans son cabinet.

C’est la première fois, souligne Fressoz, que deux des « plombiers » doivent être présentés à des témoins susceptibles de les reconnaître à leur carrure et leur allure. L’espoir était enfin de remonter la chaîne hiérarchique jusqu’aux donneurs d’ordre qui ont envoyé ces gens poser des micros au Canard. La D.S.T. a manifestement peur de ce moment-là.

Giscard, Ponia, Lecanuet : le trio protecteur

Derrière Pandraud, il y a bien sûr le « prince » Poniatowski, ministre de l’Intérieur, pour qui ce n’est « pas le moment d’entrer en conflit avec la D.S.T. ». En clair : on couvre. Mais Fressoz rappelle qu’en juillet 1975 déjà, la Chambre d’accusation avait validé l’ordonnance du juge obligeant les plombiers à comparaître, malgré les jérémiades sur le « secret de la défense nationale ».

C’est alors Giscard lui-même qui serait intervenu « personnellement » pour interdire au gouvernement d’appliquer la décision. « Cela a assez duré, il ne faut plus se ridiculiser », aurait-il déclaré, en parlant non pas des barbouzes, mais de la justice. Le libéralisme giscardien a ses priorités.

Enfin, en bout de chaîne, Fressoz éreinte le garde des Sceaux Lecanuet, déjà impliqué dans l’affaire Ceccaldi : « triste Lecanuet dans son rôle patibulaire de ministre hazebrouckant de la non-justice ». Pour lui, conclut-il, il est sûrement naturel que « les plombiers, comme les pétroliers, échappent au droit commun ».

La riposte du Canard : Dumas et la légalité

Face à cette rebuffade, Le Canard sort ses propres armes : son avocat, Roland Dumas. Celui-ci écrit au juge Pinsseau pour lui demander de passer outre. Le juge a le droit, et même le devoir, de contraindre les policiers à comparaître, y compris par mandat d’amener. « C’est la police qui est l’auxiliaire de la justice, pas le contraire », martèle Fressoz.

Il en profite pour rappeler un autre « escamotage » signé D.S.T. : la disparition organisée du couple Grosset, exfiltré aux Comores puis à Djibouti. Là encore, l’appareil d’État a été utilisé pour soustraire des témoins à la justice et protéger une opération illégale.

Une leçon de Ve République

L’article, derrière son ironie sèche, est un acte d’accusation politique. La lettre de Pandraud ne bafoue pas seulement un juge d’instruction et un arrêt de Chambre d’accusation ; elle piétine l’arbitrage supposé du président de la République et l’indépendance proclamée de la magistrature. On gouverne comme on siphonne : en faisant passer l’intérêt de la barbouzerie avant la loi commune.

En mai 1976, alors que Giscard prétend gagner les futures législatives « par tous les moyens », Fressoz montre que certains moyens consistent déjà à museler la justice pour sauver la D.S.T. et ses plombiers. Les micros dans les murs du Canard ont été démontés, mais ceux qui les ont posés continuent d’écouter à la porte du palais de justice.

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